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Rassembler les Américains, l’énorme défi de Biden

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Joe Biden proposait le 20 janvier de rassembler ses concitoyens et d’être le président de tous, nous constatons maintenant qu’il est confronté à deux écueils majeurs : le legs de Donald Trump et l’histoire de son pays.

Le 29 janvier dernier, le Pew Research Center, centre de recherche indépendant, publiait une enquête et une analyse dans lesquelles on soulignait à quel point le président Trump a changé les États-Unis.

Non seulement le profil du 45e président est unique dans l’histoire, mais il ne s’est jamais soucié de parler au nom de tous. Au contraire, ses 26 000 gazouillis ont exploité ou révélé toutes les fissures de la société américaine.

Polarisation extrême

Le nouveau président hérite donc d’une polarisation exacerbée. Il lui sera difficile de trouver un équilibre quand il proposera des politiques pour l’environnement, la taxation, l’immigration, la politique à l’égard de la Chine, les partenariats internationaux ou même la lutte pour freiner la pandémie.

Un exemple parmi tant d’autres de l’influence du style et de la manière Trump ? Ça vous fera peut-être sourire, mais 71 % des démocrates célibataires affirment qu’ils refuseraient d’envisager une relation avec quelqu’un qui a voté pour Donald Trump. En 2017, on ne retrouvait que 41 % des républicains qui affirmaient la même chose au sujet d’une personne qui avait préféré Hillary Clinton.

Le président Trump laisse donc un pays particulièrement divisé et les positions républicaines et démocrates sont diamétralement opposées, au point où un programme qui ne reposerait que sur des compromis serait mort-né.

Rarement unis les États

La notion de compromis résume pourtant à elle seule ce que sont les États-Unis. Joe Biden n’est pas sans savoir que le qualificatif « Unis » n’a bien souvent référé qu’au nom du pays et moins à la relation entre les États ou les citoyens. Dès 1776, on ne peut comprendre l’histoire américaine que si on considère les efforts consentis pour parvenir au compromis. Chacune des 13 colonies craignait de concéder trop de pouvoir au nouveau gouvernement central, une réalité qui explique la complexité du partage et de l’équilibre des pouvoirs de la Constitution.

Vous savez déjà que les compromis effectués au moment de la création du pays ne furent pas suffisants et qu’on se livrera à une guerre fratricide qu’il faut éviter de limiter à la question de l’esclavage, tant les tensions politiques et économiques étaient importantes.

Depuis la fin de la guerre de Sécession, peu d’hommes politiques ou de projets de société ont été vraiment rassembleurs. Avant qu’on en fasse des héros ou des mythes, les Franklin Delano Roosevelt, John F. Kennedy ou Ronald Regan ont tous affronté une résistance farouche.

Joe Biden peut-il unir ses concitoyens ? Il faudrait plutôt se demander s’il sera en mesure de trouver, dans son camp et chez ses adversaires, des politiciens prêts à envisager des compromis. Y parvenir constituerait déjà un exploit.

« E pluribus unum » (de plusieurs, un) proposait Benjamin Franklin avant l’indépendance. Je me demande parfois si nos voisins peuvent encore y parvenir...