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Un amour à sens unique

Benoit Roy
Photo courtoisie Le président du Rassemblement pour un pays souverain, Benoît Roy, déplore le manque de considération du Tricolore pour les francophones du Québec.

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Le Canadien est tout près du sommet dans la Ligue nationale. Pour la première fois en cinq ou six ans, l’équipe ne fait pas honte à ses fans. Et surtout ses fefans.

Donc, tout va bien puisque pourvu qu’on gaaaagne, le CH pourrait faire jouer 20 Chinois et ce serait parfait. 

Remarquez que si la KHL réussit à convaincre les Chinois de se mettre au hockey, ça se peut qu’on se retrouve avec 20 représentants de ce pays dans 20 ans.

Donc, avant la pandémie, le club perdait, mais tout allait bien puisque le cash rentrait par dizaines de millions et que Marc Bergevin refilait sept ou huit millions de plus dans les coffres de Geoff Molson et de ses associés.

Est arrivée la pandémie. Et les signatures réussies par Bergevin. Les dizaines de millions ne rentrent plus, mais le club gaaaaagne. Donc, les millions vont revenir.

UNE IMMENSE PEINE D’AMOUR

Le cash rentre, mais qu’en est-il du reste ? Qu’en est-il du lien sacré entre la nation québécoise et le Canadien, fondé pour être l’équipe des francophones ?

Personnellement, j’avais presque abandonné. Je me disais que les jeunes s’en sacraient de leur langue et de leur culture, et que le CH anglophone et méprisant de leur langue convenait parfaitement à leurs goûts.

C’est la lettre d’Annick Brousseau, publiée hier dans les pages d’opinions du Journal, qui m’a frappé de plein fouet. 

Annick Brousseau complète une maîtrise en sciences politiques et est entrepreneure. C’est une jeune femme. Selon mes préjugés, comme jeune, elle devrait s’en sacrer de la langue et de l’attitude colonisatrice du CH.

Le début de son texte m’a touché. Un texte de fan. Un texte de jeune : « Les ailes de poulet étaient épicées, les patates étaient frites et la bière était tirée ! Chez nous, tout était prêt pour le retour à domicile de notre équipe, nos Canadiens, nos amours. Faut dire qu’en ces temps difficiles, un bon match de hockey donne une impression de normalité salvatrice », d’écrire Mme Brousseau.

Puis, le malaise. Présentation des joueurs. Carey Price, 14 ans à Montréal, pas un mot de français. Le capitaine Shea Weber, cinq ans à Montréal, pas un mot. Et ça s’est poursuivi, ad nauseam.

J’ai lu et relu le texte de Mme Brousseau. 

Le matin, j’avais discuté avec Benoît Roy, président du Rassemblement pour un pays souverain, un groupe de pression regroupant environ 1000 membres. Le RPS aimerait décerner un trophée Louis-Cyr à un athlète francophone méritant et on avait jasé de la candidature possible de Patrice Bergeron.

Je l’ai rappelé pour lui demander s’il avait eu le temps de lire le texte de Mme Brousseau.

« J’ai été très impressionné. Et elle a parfaitement raison de souligner ce bilinguisme minimal et primaire. Nous, les partisans, avons été traités de façon pitoyable. Je ne comprends pas qu’une aussi grande organisation renie l’apport colossal des francophones du Québec à l’enrichissement de l’entreprise », de réagir M. Roy.

L’ÉRADICATION DU FRANÇAIS

M. Roy, qui fut déjà un très grand partisan du Canadien et qui rappelle les noms de Maurice Richard, de Jean Béliveau, de Guy Lafleur, de Mario Tremblay, de Carbo et de plusieurs autres grands de l’histoire glorieuse de l’équipe des « Canadiens français », comme l’avait voulu le fondateur du Canadien, comprend mal la façon d’agir de Geoff Molson et des propriétaires.

« Ils ne souhaitent pas avoir plus de joueurs francophones, ils ne veulent pas avoir plus de français dans l’équipe. C’est évident. Et ne pas le reconnaître confine au déni de la réalité. Le lien avec les francophones du Québec est une grande illusion, un mirage. Mme Brousseau, une jeune femme brillante, l’a très bien saisi », dit-il.

En ajoutant : « Elle a raison dans son analyse. Le Canadien, c’est comme un amour à sens unique. Les francophones les aiment, ils n’aiment pas les francophones », dit-il.

Lui-même, grand partisan il y a quelques années, n’a plus d’amour pour cette organisation qui renie ses fans.

« Nous n’existons pas pour eux à part d’être des acheteurs de billets et de produits dérivés. En plus, non seulement le Canadien méprise le fait français au Québec, mais il est devenu une vraie machine politique en faveur du rouge “canadian”. Une simple visite au Centre Bell nous convainc de cette évidence », de dire M. Roy.

BRISER LA FIERTÉ NATIONALE

Je complète avec la lettre de Mme Brousseau. Elle va droit au cœur : « Après 14 ans dans le but des Canadiens, est-ce trop demander à Carey Price d’adresser quelques mots en français à ses propres supporters ?

« Je me souviens d’une époque pas si lointaine où il était impensable que le capitaine et le gardien de but des Canadiens ne s’expriment pas un minimum en français. Si la famille Molson voulait briser toute fierté nationale, elle ne s’y prendrait pas autrement. Et comme il est trop difficile de nous faire avaler tout le salami d’un coup, il suffit de le couper en tranches pour nous le faire avaler morceau par morceau. Quel sera le prochain morceau de ce salami désagréablement amer ? L’entraîneur-chef peut-être ?

« Chez nous, le malaise s’est transformé en colère et la colère en tristesse, car les Habs sont toujours un symbole de l’identité culturelle québécoise, de la manière dont les Québécois se perçoivent. Et pourtant, ils sont représentés dans la Ligue nationale par une seule équipe, qui elle ne désire plus les représenter. Nous sommes comme ces orphelins qui ont tant d’amour à donner, mais personne pour le recevoir », de conclure Mme Brousseau.

Il va sans dire que de nombreux fefans vont rétorquer que « pourvu qu’on gaaaagne, on s’en kalisse-tu ! »

Les fefans ont raison. Au septième étage du Centre Bell, y s’en kalissent complètement...