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Affaire Camara: orgueil et émotions?

Affaire Camara: orgueil et émotions?
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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A-t-on tenu pour acquis que c’était lui? L’émotion a-t-elle fait disparaître la rigueur? Est-ce que les policiers ont été émotifs parce qu’un de leurs frères a été attaqué et que ça prenait un coupable à tout prix? Pourquoi ne pas le déclarer innocent à la minute où on se rend compte de l’erreur? L’orgueil de ne pas vouloir reconnaître qu’on s’est planté? Une chose est sûre, c’est que l’orgueil et les émotions sont des fléaux dans notre système.

Le problème dans ce dossier, ce n’est pas d’avoir arrêté et suspecté Mamadi III Fara Camara, mais de l’avoir détenu six jours sans se rendre compte de l’erreur et de ne pas l’avoir déclaré innocent immédiatement après s’être rendu compte de ladite erreur.

Se rend-on encore compte de l’importance de la liberté en 2021?

Pourquoi a-t-on a pris six jours pour le libérer? Certes, il y avait beaucoup de preuves circonstancielles au début qui pouvaient laisser croire qu’il était le coupable:  

  • Le policier qui a été attaqué pense certainement que c’est lui;  
  • C’est la dernière personne qu’il a vue;  
  • C’est à lui qu’il a donné une contravention et il ne semblait pas content;  
  • C’est à lui qu’il a tourné le dos.  
  • Il est sur les lieux, il peut facilement être pris pour suspect.   

Pour ces raisons, on peut comprendre pourquoi il a été arrêté et détenu en premier lieu, mais on aurait dû vérifier plus en profondeur les éléments de preuve et ne jamais le détenir plus d'une journée ou deux... 

Pourtant! En s’efforçant de regarder la preuve vidéo plus attentivement et rapidement (elle était disponible dès le début), on avait en main les éléments pour le disculper beaucoup plus rapidement:  

  • Il appelle le 911; 
  • Il est resté sur les lieux. On tire sur un policier et on reste là? 
  • Il aurait pris l’arme du policier. On ne retrouve pas l’arme dans le périmètre, il n’a certainement pas le temps d’aller la porter à une demi-heure des lieux du crime s’il est sur place lorsque les renforts arrivent; 
  • Il aurait fait feu sur le policier. Il n’a pas de poudre sur ses mains ou ses vêtements. Quand on tire avec ce genre d’arme de poing, il y a des résidus de poudre; 
  • Il y a trois personnes sur la vidéo; 
  • Il clame son innocence dès le début.  

Orgueil

Selon Me Jean-Pierre Rancourt, en entrevue à Avocats à la barre à QUB radio, l’orgueil et l’émotion ont certainement teinté le jugement des autorités autant du côté des policiers que de la Couronne: 

«Ce que je déplore le plus, c’est que le procureur de la Couronne en chef adjoint est venu dire, quand il a été libéré: “On n’a pas suffisamment de preuves pour soutenir notre dossier jusqu'à la fin.” Ce n’est pas ça qu’elle aurait dû dire! Elle aurait dû dire: “On s’est trompé! C’est pas lui, il est blanc comme neige, on ne laisse pas planer dans la population que peut-être on va continuer l’enquête et qu’il pourrait être accusé à nouveau. Si on l’a libéré, ça arrive rarement, j’ai jamais vu ça, on le libère directement du palais de justice après six jours en lui disant: «On vous laisse aller parce qu’on a plus de preuves”. C’est parce que ce gars-là, ce n’est pas lui qu’il l’a fait! On aurait dû le dire immédiatement. La Couronne aurait dû dire: “On vient de s’apercevoir, avec la vidéo qu’on vient de regarder comme il faut, qu’on aurait dû regarder mieux avant, qu’on vient de s’apercevoir que ce n’est pas lui qui a commis le crime, et on le libère en disant qu’il est innocent”».

«Quand on laisse aller après six jours un individu accusé de tentative de meurtre, on lui enlève les menottes dans la boîte et on dit: “Va t'en chez vous, c’est réglé”, c’est parce qu’il est clair [selon] la preuve que ce n’est pas lui qui a commis le crime. On aurait dû l’innocenter carrément. On ne libère pas quelqu’un accusé de crimes aussi graves comme ça.»

Émotion

«Les policiers, quand on attaque un des leurs, ils sont émotionnels, on comprend ça, on ne peut pas les blâmer, mais il faut qu’ils mènent l’enquête d’une manière encore plus rigoureuse et ne pas accuser quelqu’un pour trouver le coupable d’un policier qui a été attaqué.»

Toute cette histoire nous rappelle l’importance de la présomption d’innocence et l’importance d’un système rigoureux qui, oui, permet à l’occasion d’échapper des criminels. Mais cela nous rappelle l’importance de notre liberté, qu’on prend souvent pour acquis en 2021, et le drame humain qu’un individu soit accusé à tort. Imaginez-vous quelques secondes s’il n’y avait pas eu de caméras ou de témoins. Un père de famille aurait pu passer des années derrière les barreaux en se retrouvant au mauvais endroit, au mauvais moment... 

  • Vous pouvez écouter l’entrevue de Me Jean-Pierre Rancourt à Avocats à la barre à QUB radio ci-dessous: