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Troisième album: la révolution paisible de Dominique Fils-Aimé

Troisième album: la révolution paisible de Dominique Fils-Aimé
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca, Illustration Johanna Reynaud

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Dans une Amérique divisée comme jamais par des enjeux sanitaires, sociaux et raciaux, le troisième album de Dominique Fils-Aimé arrive comme un baume sur nos plaies collectives. Three Little Words est un vibrant plaidoyer musical en faveur d’une révolution que l’artiste montréalaise souhaite paisible et guidée par l’amour.

D’abord, un récapitulatif. Remarquée à La Voix en 2015, Dominique Fils-Aimé a fait paraître un premier album teinté de blues, Nameless, en 2018.

Il s’agissait du premier volet d’une trilogie remontant les traces de la musique afro-américaine. Il a été suivi, en 2019, par Stay Tuned !, qui explorait les racines du jazz.

C’est la grande éclosion. Sacré album jazz vocal de l’année à la remise des prix Juno et album jazz de l’année à l’ADISQ, Stay Tuned ! se taille une place dans la courte liste du prix Polaris.

Être le changement

Propulsée par cette vague d’amour, voilà l’artiste de 36 ans de retour avec Three Little Words, cette fois en mode funk et soul, alors que les braises du mouvement Black Lives Matter sont encore chaudes et que les Américains viennent de rejeter Donald Trump dans un climat explosif alimenté par la violence des suprémacistes blancs.

Même si la chanteuse à la sublime voix soul assure que « tout était écrit avant », les chansons de Three Little Words font directement écho à la révolte des Afro-américains. « Le temps est venu de faire les choses correctement », suggère-t-elle sur Grow Mama Grow, qui ouvre l’album.

Sur une mélodie lumineuse et enjouée repêchée du courant doo-wop, While We Wait enfonce le clou. « Nous pouvons être le changement. Nous devons être le changement », implore Dominique Fils-Aimé.

De la beauté partout

Elle choisit les mots avec soin, consciente qu’elle est de leur portée. « Je me suis toujours senti le besoin de partager de l’amour et du bien-être, expose Dominique Fils-Aimé. Comme si ma mission pour me sentir bien dans la vie était de créer des choses qui ont du sens par rapport à mes croyances. »

Ses croyances ? « J’aime les gens, j’aime les humains, je trouve de la beauté partout quand je rencontre quelqu’un. »

Pour exposer l’importance qu’elle accorde au rôle que peut jouer la musique, Dominique Fils-Aimé se souvient des moments où, adolescente, elle se cherchait, un peu déprimée. « La musique est venue me parler, me dire que je n’étais pas seule. Quand tu écoutes une chanson qui dit exactement comment tu te sens, c’est magique. Quelqu’un, quelque part, a fait cette chanson, il ne sait même pas que je suis en train de l’écouter, mais il est en train de me parler directement comme s’il était dans ma tête. »

L’amour

Avec pour arme sa musique, elle veut contribuer à « une révolution paisible ».

« Je veux qu’on évolue, explique-t-elle, mais pas en se battant. En s’écoutant, en se donnant une chance de s’unir et voir ce qui nous connecte en tant qu’humains pour générer plus d’empathie, pour pouvoir mieux se comprendre et ne pas se sentir autant en conflit. »

Ce n’est pas un hasard si la toute première chanson de Three Little Words qui a été présentée au public est Love Take Over. Le titre le dit, c’est l’amour qui nous sauvera. Elle en est persuadée.

« C’est la chanson qui l’exprimait de la manière la plus claire et la plus directe. Il est arrivé qu’on me dise que je suis un peu naïve, il y a un côté hippie là-dedans, mais je pense que, socialement, on a décrédibilisé ça. Je veux remettre ce sujet sur la table. C’est par là que va passer un changement productif et complet. »

Le cycle de la vie

Avec Dominique Fils-Aimé, tout peut être une métaphore. Ainsi, quand on écoute ses trois albums, Nameless, Stay Tuned ! et Three Little Words, l’un derrière l’autre, on découvre que les dernières notes de la dernière chanson d’un album se fusionnent aux premières de la chanson qui ouvre le suivant.

Comme les trois chapitres d’un même livre, dit la chanteuse, qui dévoile ainsi le côté cyclique de la vie.

« On revient toujours au même point, mais chaque fois on avance un petit peu. Nous ne sommes pas figés dans le temps. De la même manière, si quelqu’un écoute la trilogie et repart du début, quand il va recommencer, ce sera avec une nouvelle perspective, avec plus d’informations que lors de la première écoute. »

Il n’y a pas à dire, Dominique Fils-Aimé croit dur comme fer au pouvoir de la musique.

« En tant qu’artiste, j’essaye de créer un lien, un espace, où tout le monde se sent accueilli, où on a plus de chances de se parler de sujets difficiles sans être dans la violence. La musique est un outil magique secret que les gens sous-estiment parce que ça semble tout banal et tout gentil, mais c’est beaucoup plus puissant que ce qu’on croit. »


  • Three Little Words sera sur le marché le 12 février.  
  • Un spectacle-lancement payant (12,75 $) sera diffusé sur le site de Bandcamp, le 13 février, à 15 h.    

Le désir de laisser une trace      

Troisième album: la révolution paisible de Dominique Fils-Aimé
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca, Illustration Johanna Reynaud

Malgré les prix remportés aux Juno et à l’ADISQ ainsi que les tournées en Europe et aux États-Unis qui l’attendent, Dominique Fils-Aimé affirme qu’elle ne rêve pas de gloire internationale.

« Mon but a toujours été et restera toujours le même : de me dire que, que je sois là ou pas, si la musique peut être mise à la disposition de n’importe quelle personne qui en a besoin, c’est parfait. Peu importe le chiffre que ça représente. [...] Plusieurs artistes n’ont pas été connus de leur vivant, mais plus tard ils ont résonné avec les gens. Ce qui compte, c’est ce qu’on laisse derrière nous », soutient l’artiste de Montréal.

Pour y arriver, Dominique Fils-Aimé peut compter sur l’appui inconditionnel de son gérant, Kevin Annocque. Il a construit sur mesure pour elle l’étiquette Ensoul Records et accepté qu’elle lance sa carrière en enregistrant une série d’albums thématiques.

« C’était un gros pari à prendre, mais il l’a fait et je n’en reviens toujours pas », dit celle qui se dit influencée aussi bien par Billie Holiday et BB King que par Harmonium, Francis Cabrel et Mozart.

Parcours atypique

Dominique Fils-Aimé n’est pas arrivée par la grande porte dans le milieu musical ni à un très jeune âge d’ailleurs, comme c’est la mode par les temps qui courent. 

Son parcours est, disons, atypique. Durant la vingtaine, elle a exercé divers métiers, notamment celui d’intervenante en aide psychologique en milieu de travail. Par la suite, c’est en visitant des studios d’enregistrement pour trouver l’inspiration pour peindre que l’opportunité de chanter s’est pointée.

« Quand je regarde derrière, je me rends compte que chacun des chemins que j’ai pris m’a donné les outils qui me permettent de faire ce que je fais aujourd’hui, mais en connaissance de cause, en sachant ce que je veux dire, ce que j’aime et ce que je n’aime pas, en sachant c’est quoi la réalité de quelqu’un qui travaille de 9 à 5. »

Affronter sa peur

Son passage à La Voix, où elle a atteint les demi-finales, en 2015, a été crucial. Elle y a affronté sa plus grande peur, confie celle qui avait plié l’échine face à Matt Holubowski. 

« Avant La Voix, la scène n’était pas mon amie. Le fait d’y être allée et de confronter cette peur, et la peur de ce que les gens vont penser m’a détachée de tout ça. Une scène, petite ou grosse, c’est une opportunité de partager. Que les gens aiment ou pas, ça leur appartient. Ce qui compte, c’est d’avoir fait ce que j’aime et d’avoir partagé de mon mieux, de manière authentique, ce que je ressens. » 

Instrumentation vocale     

La plupart des chansons de Dominique Fils-Aimé ont en commun d’avoir comme principal instrument... les cordes vocales de la chanteuse.

While We Wait, You Left Me, Could It Be, Being The Same, Tall Lion Down, We Are Light, tous issus du plus récent Three Little Words, et plusieurs autres titres de ses albums précédents sont construits autour d’une mélodie rythmée par les inflexions vocales de la chanteuse.

C’est sa façon, précise-t-elle, de faire jeu égal avec ses musiciens.

« Je me sentais intimidée par tous mes musiciens, parce qu’ils avaient les connaissances académiques que je n’avais pas, et quand ils me demandaient si je joue d’un instrument, je répondais souvent : non, malheureusement, mais je chante. Quelqu’un m’avait dit : non, pas malheureusement, tu chantes, donc oui, tu joues d’un instrument. »

Ses poum-pi-dou-poum-dou-ya et ses tam-ta-la-tam ont aussi pour fonction de donner ses directives. « Ma voix, c’est le point de départ de tout. »

Trois mots

Son nouvel album a ceci de particulier que tous les titres des chansons sont composés de trois mots, pas un de plus ni de moins. Comme son titre le laisse entendre.

« J’ai une affection particulière pour les chiffres, explique-t-elle, et quand il y a une cohérence pour appuyer le concept. C’était une manière de me donner une balise pour que tout soit symétrique visuellement et au niveau phonétique. »

Même sa reprise d’un classique qui termine l’album, Stand By Me, respecte le concept.

« J’ai été chanceuse. Si ça n’avait pas été le cas, je l’aurais changée », rigole la chanteuse.

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