/finance
Navigation

Réinventer son emploi: une ex-cuisinière de 59 ans à l’usine

Maryse Rhéaume
Photo Pierre-Paul Poulin Avant d’aller travailler à l’usine Bonduelle, Maryse Rhéaume a été cuisinière dans un Couche-Tard, où son travail la passionnait. « J’avais tout le temps trois ou quatre affaires en marche, et ça roulait », dit-elle avec enthousiasme.

Coup d'oeil sur cet article

Une ex-cuisinière de Couche-Tard qui a perdu son emploi de rêve dans un dépanneur a réussi à décrocher un contrat mieux payé, en pleine pandémie, à l’usine du géant français Bonduelle à Saint-Césaire, en Montérégie.

« J’ai 59 ans. C’est sûr qu’à un moment donné, tu es plus limitée. Les employeurs veulent des jeunes. Il y a un stress. Qu’est-ce que je vais être capable de trouver par après ? », confie Maryse Rhéaume, préposée à la prise de température à l’usine de Bonduelle, à Saint-Césaire, depuis fin avril.

Ces dernières années, la diplômée en pâtisserie préparait les pâtés chinois, les lasagnes et les sauces à spaghetti au Couche-Tard de son quartier de Saint-Césaire. Un emploi de rêve pour l’amoureuse de la cuisine.

« J’avais une boss qui me laissait carte blanche. Je gérais toute la cuisine, les inventaires, les commandes. S’il y avait un menu qui ne marchait pas, je trouvais de nouvelles recettes. Je calculais le prix de revient. J’ai toujours pris ça comme si c’était à moi », se souvient-elle.

Mais, après trois ans là-bas, Couche-Tard a choisi d’uniformiser les repas et son poste a été aboli, poursuit-elle, ce qui l’a forcée à réorienter sa vie en quatrième vitesse.

Après Couche-Tard, Maryse Rhéaume a décroché un poste d’aide-cuisinière dans une résidence pour personnes âgées, mais le boulot n’était pas à la hauteur de ses attentes. Elle est ensuite allée travailler dans un autre dépanneur, mais le nombre d’heures n’était pas assez élevé.

Emploi mieux payé

Après avoir tenté le coup dans un autre dépanneur, Maryse a pu enfin se trouver un contrat à cinq minutes de chez elle pour joindre les deux bouts.

Aujourd’hui, elle travaille à l’usine de transformation de légumes Bonduelle, à Saint-Césaire. Six heures par jour : trois heures le matin et trois heures l’après-midi. 

Elle accueille les travailleurs en prenant leur température.

Même si son nouveau poste n’a rien à voir avec ses anciennes amours, l’emploi est mieux rémunéré et Maryse adore ses nouveaux collègues, qui le lui rendent bien.

« J’ai commencé à travailler la journée où le masque a été imposé, alors les employés m’haïssaient au début. “C’est qui, elle ?”, se demandaient-ils. Mais, aujourd’hui, ça va super bien, et j’ai du fun avec eux », lance-t-elle en riant.

À l’aube de ses 60 ans, la travailleuse fatiguée par la pandémie qui s’est virée de bord toute sa vie n’aurait pas été incapable de rester chez elle à se tourner les pouces.

« C’est bien beau. J’aurais pu être sur la Prestation canadienne d’urgence (PCU), sauf que plus ça va, plus les gens perdent leur job, et dans trois ou six mois, tu vas faire quoi ? », laisse-t-elle tomber.

Quand on lui demande où elle se voit ces prochaines années, Maryse Rhéaume dit qu’elle préfère ne pas y penser, vu la situation actuelle de l’emploi au Québec, qui la rend nerveuse.

« J’espère que Bonduelle aura quelque chose pour moi par après, mais j’y vais une journée à la fois parce qu’à moment donné le stress embarque. Est-ce que je vais retourner dans une cuisine ? Si je n’ai rien là, oui, je vais essayer », conclut celle qui prépare à l’occasion de petites douceurs à ses collègues.