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Antony Auclair au Super Bowl: un exemple de persévérance et de travail acharné

Le Québécois a tout le mérite pour le travail qui l’a amené au match ultime, selon ses anciens entraîneurs

Antony Auclair
Photo courtoisie Comme quart-arrière des Dragons de la Beauce-Etchemin, celui qui est aujourd’hui ailier rapproché s’est fait remarquer comme un excellent athlète doté d’un bon gabarit.

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Dans la vitrine où les dépisteurs de la NFL font leurs emplettes, Antony Auclair n’a jamais été le plus exposé. C’est plutôt à force de persévérance et de travail acharné qu’il s’apprête à devenir le sixième joueur natif du Québec à prendre part au Super Bowl et le troisième seulement au sein d’un alignement régulier. C’est un exploit remarquable pour l’ailier rapproché des Buccaneers, qui est l’artisan de son succès, aux yeux de ses anciens entraîneurs à différents niveaux dans le football québécois.

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Auclair imite le garde Laurent Duvernay-Tardif (2019), le bloqueur David Foucault (2015), le receveur Samuel Giguère (2009), le spécialiste des longues remises Jean-Philippe Darche (2006) et l’ailier rapproché Daetan Dubuc (2003), qui avaient aussi pris part au grand événement. 

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Du lot, seuls Duvernay-Tardif et Darche figuraient dans l’alignement régulier de leur équipe. À cette liste pourrait se greffer l’ancien garde des Rams Tom Nütten, né aux États-Unis, mais qui a joué son football scolaire au Québec avant de prendre part à deux reprises au grand rendez-vous, en 1999 et 2001. Le Beauceron se retrouve dans un club sélect et son dernier entraîneur-chef avec le Rouge et Or de l’Université Laval, Glen Constantin, avait mentionné dans nos pages la semaine dernière que ce moment était « au-delà de ses rêves ». 

Le changement de position a servi la cause d'Auclair, sous la supervision de Jean-François Joncas à Lennoxville, au sein des Cougars.
Photo courtoisie
Le changement de position a servi la cause d'Auclair, sous la supervision de Jean-François Joncas à Lennoxville, au sein des Cougars.

Son prédécesseur, Jean-François Joncas, qui l’a dirigé avec les Cougars du Cégep Champlain-Lennoxville de 2010 à 2012, estime que le football québécois au grand complet savoure ce moment unique.

« Comme plusieurs autres, je ressens beaucoup de joie, de fierté. Ce qui se passe avec Antony, c’est un exemple pour les plus jeunes. Il a su persévérer malgré les embûches pour atteindre le plus gros événement de son sport. C’est un exploit qui rejaillit sur le travail qui se fait au football à travers tout le Québec », se réjouit-il.

« Je suis un fan de football en général plus qu’un fan d’une équipe en particulier. Mais là, je peux dire que je vais être à fond pour les Buccaneers. Je vais prendre ça personnel ! », ajoute-t-il.

Débuts en Beauce

C'est avec les Tigres de Notre-Dame-de-la-Trinité que la grande aventure a débuté pour Antony Auclair.
Photo courtoisie
C'est avec les Tigres de Notre-Dame-de-la-Trinité que la grande aventure a débuté pour Antony Auclair.

C’est en Beauce que le rêve a pris forme pour Auclair, d’abord avec les Tigres de Notre-Dame-de-la-Trinité et ensuite avec les Dragons de la Beauce-Etchemin.

En 2008, comme quart-arrière suppléant, il avait goûté à la conquête du championnat de la Ligue midget AAA.     

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À son année suivante, dans le rôle de quart partant, il avait épaté, même si l’équipe n’était plus de calibre pour un championnat.

« Il était de loin le meilleur joueur offensif de notre équipe, mais on avait connu une moins bonne année et je le sentais frustré. Antony avait le sang chaud. Quand ça n’allait pas bien, le caractère sortait. Il a toujours eu le feu en lui », témoigne son entraîneur-chef de l’époque, Yannick Lacroix. 

Le mérite lui revient

Évidemment, lors de son passage avec les Dragons, il était impossible de prédire qu’Antony Auclair aboutirait un jour à la plus grande scène qui soit au football. Déjà, cependant, les traits de caractère du joueur qu’il est devenu aujourd’hui ressortaient.

Entre les blessures, des épisodes où il a admis plus tard avoir été victime d’intimidation, un changement de position et le fait d’avoir été ignoré au repêchage de la NFL, Auclair a toujours attaqué les défis en fonçant tête première.

« On voyait à l’époque qu’il était un bon athlète. Il était plus grand que tout le monde. Déjà, il développait un caractère fort face à l’adversité. Rien ne lui a été donné.

« Il est aujourd’hui notre premier Beauceron dans la NFL et au Super Bowl. On peut dire que c’est grâce aux Tigres, aux Dragons, aux Cougars ou au Rouge et Or, mais en réalité, c’est grâce à lui. Aucune organisation ne l’a placé sur un piédestal et tous ses accomplissements lui reviennent entièrement », souligne Yannick Lacroix.

Le championnat de la Ligue midget AAA, deux coupes Vanier et le trophée Vince-Lombardi ? C’est maintenant beaucoup plus qu’un rêve lointain. 

Un changement de position salutaire       

Passer de quart-arrière à ailier rapproché, ce n’est pas forcément un parcours commun pour atteindre la NFL. C’est pourtant l’avenue qu’a dû emprunter Antony Auclair, un choix qu’il ne regrette certainement pas aujourd’hui.

À ses deux premières saisons sur la scène collégiale, c’est derrière le centre qu’Auclair s’alignait pour ensuite lancer le ballon. Après tout, c’est à cette position qu’il avait été jusqu’à faire sa place au sein de l’équipe du Québec.

Avant sa dernière saison en 2012, il a toutefois été invité à l’Université de Buffalo pour un camp NCAA, où l’idée de changer de position a commencé à germer.

Puis, de retour à Lennoxville, une blessure à la main droite a accéléré le processus. Antony Auclair, ailier rapproché, est devenu rapidement sa nouvelle réalité.

« Antony voulait contribuer et il a appris sa nouvelle position très rapidement. Ça s’est fait du jour au lendemain et il progressait très vite. Physiquement, il était déjà plus fort que les autres. Ça prenait une belle maturité pour accepter ce changement vers une position où il était moins remarqué. Pour lui, c’était l’équipe avant tout », se souvient son pilote de l’époque, Jean-François Joncas.

Vers le Rouge et Or

Avant même ce déclic, Glen Constantin et le Rouge et Or lui avaient déjà démontré de l’intérêt. C’est justement comme ailier rapproché qu’ils le voyaient dans leur soupe.

« Je me rappelle de ma première rencontre avec Antony et ça avait commencé un peu bizarrement. C’était avant qu’il change de position. Je lui avais dit qu’il serait une priorité pour nous, mais comme ailier rapproché plutôt que comme quart-arrière. C’était comme si je venais de lui lancer un seau d’eau en pleine face ! », rigole Constantin, qui lui a ensuite fait une promesse.

« Ça avait pris un moment avant qu’on se reparle et je lui avais dit : “Tu es à 220 livres et tu vas sortir d’ici dans quatre ans à 260, puis tu ne le regretteras pas.” À ce stade-là, il avait compris. »

Le projet de Mathieu Bertrand

Mathieu Bertrand a tissé des liens solides avec son protégé, à qui il a enseigné bien des rudiments du métier.
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Mathieu Bertrand a tissé des liens solides avec son protégé, à qui il a enseigné bien des rudiments du métier.

C’est ensuite l’ancien quart-arrière du Rouge et Or Mathieu Bertrand qui l’a pris sous son aile. Après neuf saisons comme centre-arrière avec les Eskimos d’Edmonton dans la LCF, Bertrand est revenu au bercail comme entraîneur des centres-arrières et a ajouté depuis le rôle de coordonnateur des unités spéciales à son arc.

« Antony a été mon premier gros projet, j’arrivais en même temps que lui. Il voulait toujours apprendre et je lui ai transmis tout ce que je savais. Il a fait de moi un meilleur coach », encense-t-il.

Dès le début de l’expérience, Bertrand a réalisé qu’Auclair n’entendait pas à rire.

« Lui, c’était la NFL et pas la LCF. Il savait exactement ce qu’il voulait. J’ai passé du temps à la base pour observer les fronts et comprendre comment mieux anticiper les défensives. Mentalement, c’était ma force à Edmonton tandis que sur le plan technique, Antony était une vraie éponge, une force de la nature. Disons qu’à la fin, j’avais pas mal moins de plaisir à tenir les sacs contre lui en pratique ! », lance Bertrand, qui a toujours soutenu son poulain dans son rêve.

« La NFL, c’est une ligue de bibittes physiques. Je ne voulais pas qu’il s’impose trop de pression avec ce rêve-là, mais je voyais bien que le projet était réalisable. Malgré ses objectifs personnels, il a toujours eu à cœur la cause du Rouge et Or en premier lieu. Aujourd’hui, je suis super content pour lui, c’est tellement mérité ! Je lui souhaite juste de vivre chaque moment au Super Bowl. » 

Un grand travaillant        

Quand l’agent Sasha Ghavami a rencontré Antony Auclair pour lui proposer ses services en 2016, il a vite compris à quel genre d’individu il avait affaire. « On a échangé nos visions sur la suite de sa carrière et je lui ai demandé de réfléchir pour voir si on allait travailler ensemble. Il était prêt tout de suite et on a signé les documents sur ma valise d’auto ».

Ghavami, qui représentait déjà à l’époque Laurent Duvernay-Tardif, raconte cette anecdote d’un ton amusé. N’empêche que la décision d’attaquer la NFL ensemble n’avait rien d’un geste précipité, malgré les apparences.

« J’ai tout de suite vu un gars hyper dédié à l’atteinte de ses objectifs. Il n’était pas question d’attendre. Il m’a dit : ‘‘Go, on signe !’’ J’ai vraiment apprécié sa confiance », poursuit celui qui a depuis négocié ses deux premiers contrats dans la NFL avec les Buccaneers.

Selon Ghavami, ce sont les racines familiales d’Auclair qui ont fait de lui le joueur qui revendique aujourd’hui 40 matchs d’expérience dans le grand circuit.

« Il est l’une des personnes les plus travaillantes que j’ai vues dans ma vie, assure-t-il d’un ton admiratif. On sent que ça vient des valeurs
de sa famille, des gens qui ont toujours compris que c’est à force de travail qu’on vient à bout des embûches. »

Pleine confiance

Sasha Ghavami affirme avoir toujours eu pleinement confiance qu’Auclair atteigne son objectif, même s’il s’est pointé dans la NFL en 2017, une année où la profondeur regorgeait à sa position.

« Depuis, il ne faut pas oublier qu’à Tampa, il a montré sa valeur à deux personnels d’entraîneurs. Il faut le faire parce qu’il y a souvent un ménage quand un nouvel entraîneur arrive », rappelle-t-il.

Ghavami se retrouve ainsi pour la deuxième année de suite avec l’un de ses poulains au Super Bowl.

« C’est fou ! Mais ce n’est pas moi qui joue les games. Le mérite revient à Antony. L’an passé, Laurent a vécu son moment et là, c’est au tour d’Antony. Il le mérite et les gens devraient le soutenir », avance son partenaire.

La prolongation de contrat qu’Auclair a paraphée il y a un an vient à échéance au terme de la saison, mais Ghavami ne s’inquiète pas le moins du monde pour l’avenir de l’ailier rapproché dans la NFL.

« Il n’y a aucun doute qu’un joueur comme lui va continuer de faire sa place dans la NFL. Je suis 100 000 % confiant de ça », lance-t-il.