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La Caisse de dépôt et CGI encore plus intimement liés

Le bas de laine des Québécois et la multinationale ne cessent de se rapprocher

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Photos d'archives Le cofondateur de CGI Serge Godin est, depuis peu, un des représentants de la Caisse de dépôt au sein du CA de la multinationale Alstom.

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Déjà très liée à CGI, la Caisse de dépôt et placement du Québec vient de se rapprocher encore plus de la multinationale québécoise en choisissant Serge Godin pour la représenter chez Alstom, son plus gros investissement.

Il y a quelques jours, le cofondateur de CGI a fait son entrée au conseil d’administration du constructeur français de matériel roulant, où il représente la Caisse aux côtés de Kim Thomassin, membre du comité de direction de l’institution. 

Dans le cadre de l’achat de Bombardier Transport par Alstom, la Caisse est devenue le plus important actionnaire du géant français. Sa participation de 17,5 % dans l’entreprise, qui lui a coûté pas moins de 4 milliards $, est le plus important placement de son portefeuille.

« Voix forte pour le Québec »

Pourquoi avoir choisi Serge Godin pour siéger au conseil d’Alstom ?

« Alstom, c’est une entreprise qui marche par contrats. M. Godin a cette expérience-là. Il a aussi fait également énormément d’acquisitions chez CGI, donc il a une expérience hors pair à intégrer les acquisitions, ce qui va être un élément très important pour Alstom avec Bombardier », a déclaré au Journal le PDG de la Caisse, Charles Émond, lors d’une entrevue réalisée en novembre.

M. Émond a également souligné qu’Alstom a pris des « engagements financiers importants » à l’endroit du Québec, notamment le déménagement de son siège nord-américain de New York à Montréal.

« On va avoir quelqu’un qui va pouvoir être une voix forte pour le Québec, a-t-il soutenu. M. Godin amène beaucoup de crédibilité. »

Même si la Caisse a réduit ses intérêts dans CGI au cours des dernières années, elle demeure la plus importante actionnaire de l’entreprise avec une participation de plus de 12 %.

En outre, CGI est, depuis plusieurs années, le plus important fournisseur de la Caisse dans le domaine des technologies de l’information. En 2019, l’entreprise a reçu pour plus de 27 millions $ en contrats de la Caisse, soit 34 % des dépenses totales de l’institution dans ce secteur. Le fournisseur qui est arrivé en deuxième place est FX Innovation, une autre entreprise dont la Caisse est actionnaire.

Fait intéressant, la Caisse a aussi fait appel à trois anciennes vice-présidentes de CGI pour la représenter auprès d’entreprises dans lesquelles elle a investi. 

Loyauté à géométrie variable

À quel point les administrateurs choisis par la Caisse doivent-ils rendre des comptes à l’institution ? Juridiquement, les membres du conseil d’une entreprise sont d’abord et avant tout responsables de la pérennité de celle-ci.

L’expert en gouvernance Michel Nadeau, qui est un ancien haut dirigeant de la Caisse, se souvient d’un administrateur externe nommé par l’institution qui hésitait à lui communiquer des renseignements sur l’entreprise où il siégeait.

« Là, évidemment, c’est un peu frustrant parce que tu dis : “je t’ai envoyé là et tu ne veux pas me dire un mot...” », a-t-il noté.

Mais, dans le cas de Serge Godin, M. Nadeau n’entrevoit pas de problème particulier.

« Il sait très bien que s’il veut faire plaisir à M. Émond, il faudrait qu’il trouve des jobs aux gens de La Pocatière [où se trouve une usine d’Alstom]. T’as pas besoin de parler beaucoup », a-t-il estimé.

L’institution assure que ses administrateurs désignés sont choisis dans le cadre d’un « processus rigoureux » et que leur « performance » est évaluée périodiquement.

« Ce que nous allons chercher avec des administrateurs de l’externe, ce sont des expertises complémentaires [...], permettant ainsi aux entreprises de notre portefeuille de bénéficier des connaissances et du riche parcours de ceux-ci », a précisé un porte-parole de la Caisse, Serge Vallières.

CGI n’a pas répondu à notre demande d’entrevue avec M. Godin.  

Ils se sont mis au service de la Caisse  

Denis Coderre

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  • Ex-maire de Montréal
  • Administrateur d’Eurostar (train sous la Manche) 

Sylvain Toutant

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  • Ex-PDG de la SAQ et de Réno-Dépôt
  • Administrateur de Gelpac (emballage) 

Patrick Pichette

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  • Ex-chef des finances de Google
  • Administrateur de Hopper (techno) 

Anne Darche

  • Ancienne publicitaire
  • Administratrice de KDC (cosmétiques)

Stéphane Gonthier

  • Haut dirigeant de GardaWorld
  • Administrateur de Save A Lot (détaillant américain)

Un recours de plus en plus fréquent à des gros noms 

La Caisse de dépôt recourt de plus en plus à des vedettes du monde des affaires pour la représenter au sein de conseils d’administration d’entreprises dans lesquelles elle investit.

Des quelque 160 personnes qui siègent à des conseils d’entreprises au nom de la Caisse, la moitié sont des salariés de l’institution et l’autre moitié, des gens d’affaires de l’extérieur.

Paul Tellier, ancien PDG du Canadien National et de Bombardier, est devenu un « administrateur désigné » de la Caisse en 2017. Il représente l’institution chez Harnois Énergies, qui exploite plus de 400 stations-service au Québec.

Un jour, Serge Harnois est allé au chalet de M. Tellier dans Lanaudière et lui a demandé s’il accepterait de se joindre au conseil de l’entreprise familiale. La Caisse et le Fonds FTQ venaient d’y investir 43 millions $. Il a dit oui.

Avant et après chaque réunion du conseil de Harnois, Paul Tellier discute avec le responsable du dossier à la Caisse.

« S’il a un message particulier à passer, s’il a une inquiétude, il me dit : “qu’est-ce que tu en penses, es-tu prêt à endosser ça ?” Et ainsi de suite. C’est une relation très forte et très agréable », explique M. Tellier.

« Je ne suis pas télécommandé »

« Je ne suis pas télécommandé [par la Caisse]. Je fais de mon mieux et j’exprime mon opinion. Je pense que c’est ça que la Caisse veut : avoir des gens qui contribuent à la lumière de leur expérience plutôt que de se faire dire quoi faire par la Caisse. »

Michel Séguin, professeur au département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM, voit d’un bon œil le recours à des administrateurs externes par la Caisse. « Si elle ne le faisait pas, on l’accuserait de ne pas suivre adéquatement ses placements ! », lance-t-il.

Le spécialiste rappelle toutefois que la pratique doit être bien balisée.

« La Caisse a tout intérêt à s’assurer de choisir les personnes non pas en fonction d’amitiés ou quoi que ce soit d’autre, mais en fonction des compétences et d’une cohérence de ces compétences-là avec les besoins des entreprises. »