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Le privilège religieux

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Horacio Arruda

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Automne 2020, les relations entre Québec et les religions sont orageuses.

Le 21 septembre, dans un communiqué rageur, la Table interreligieuse de concertation du Québec réagissait au début du reconfinement annoncé alors par Québec. À cette table, on retrouve des représentants catholiques, anglicans, évangéliques, «de différentes traditions juives», «de différentes mosquées». Un rapprochement louable. Ceux-ci se disaient insultés que la santé publique, dans ce resserrement des règles, ait classé les lieux de culte dans la même catégorie que les bars. «Cet amalgame est injustifié et faux», s’indignaient-ils. La religion s’apparente davantage aux cinémas et salles de spectacle, plaidaient-ils.

La Table exigeait «un canal de communication franc et ouvert» avec les autorités gouvernementales. «Nous ne demandons pas un privilège», tonnait-elle.

Le 22 septembre 2020, devant les médias, le directeur national de santé publique (DNSP), Horacio Arruda, reste de marbre. 

Religion et science

S’appuyant sur la littérature scientifique, il affirme que «les cérémonies religieuses sont des génératrices de cas, beaucoup plus que les théâtres». Elles donnent lieu à «des rapprochements, des communions» et à des contacts après les cérémonies. Voilà qui est «très différent» d’aller au spectacle, où «l’on s’installe», on enlève notre masque, «on est à deux mètres de distance», «on regarde» et «on ressort». Et en marge d’un spectacle, «pas de rassemblement ou de fête».

Foi d’Arruda

Malgré ces explications, les religions obtiendront le droit, en zone rouge, à des cérémonies de 25 personnes, et de 250 en zone orange. Lors d’une rencontre avec la Table, le 1er octobre, révélait Radio-Canada samedi, M. Arruda «parle de sa foi» et assure les leaders présents qu’il a «les intérêts des croyants à cœur»!

N’est-ce pas surprenant? Que vient faire la foi du DNSP dans cette discussion­­­?

D’autant plus que début 2021, on s’en souvient, Québec nous replongeait – avec raison – en confinement strict avec couvre-feu en prime.

Les religions feraient leur part en fermant les lieux de culte. Or, après un lobbying auprès du Dr Arruda, ils obtiennent le droit d’être 10 dans une salle de prière. Peu importe que le reste du Québec soit soumis à un «électrochoc»! Peu importe que pour tous les autres – agnostiques et athées surtout – il ait été interdit de se réunir à 10. On veut bien que «pour les croyants, assister à une cérémonie religieuse soit une source de réconfort», comme le font valoir les religieux. Mais la liberté de religion ne l’emporte pas sur les règles sanitaires.

La juge de la Cour supérieure, Chantal Massé, le rappelle éloquemment dans son jugement de vendredi sur les juifs hassidiques : «Dans notre société de droit, le respect des obligations religieuses est toujours un choix, et, même s’il peut être subjectivement vu comme une obligation absolue [...], d’autres obligations peuvent entrer en jeu et forcer un choix difficile ou un sacrifice important­­­.»

Pourquoi donc les lieux de culte ont-ils eu un privilège? Privilège que les hassidiques ont trouvé insuffisant et ont contesté avec un certain succès, par ailleurs.

Parce que, dans la chaîne de décision, des croyants ont voulu expier leur péché, soit celui d’avoir serré la vis aux religions en septembre?

C’est à se demander.