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Une autre sale histoire de maltraitance

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C’est une sale histoire de maltraitance entêtée. Une énième histoire d’horreur qui, sans les médias, serait restée cachée dans les coulisses muettes des méga CISSS et CIUSSS. 

Pendant cinq ans, sous le CISSS de Chaudière-Appalaches, des aînés très fragiles et des adultes déficients intellectuels vivant en ressource intermédiaire (RI) ou en résidence privée pour aînés (RPA), dont le Manoir Liverpool, furent traités en sous-humains.

On le sait parce qu’au printemps 2020, des reportages cinglants de Radio-Canada ont forcé le CISSS à déclencher une « enquête administrative ». À la demande de la ministre des Aînés, Marguerite Blais, le rapport fut rendu public la semaine dernière. Elle a qualifié ses constats d’« inacceptables ». On y trouve, en effet, le récit de conditions de vie dignes d’une usine à chiots. Soins d’hygiène non donnés. Croûtes blanches dans la bouche de résidents. Ongles et cheveux longs et sales. Couches, lits et planchers souillés d’urine et de selles. Nourriture rationnée. Sonnettes ignorées. Médication non surveillée. Etc. 

Déconnexion du terrain

Le tout s’est passé sous la direction du CISSS et de son PDG, Daniel Paré. Lequel, en décembre, fut aussi nommé patron de la vaccination au Québec. M. Paré plaide n’avoir rien su de la maltraitance, seulement de « lacunes ». 

De 2016 à 2020, le CISSS multipliait pourtant les plans d’accompagnement auprès des propriétaires. La maltraitance, elle, perdurait. En entrevue hier à Tout un matin et à Puisqu’il faut se lever, Daniel Paré disait que, comme PDG, ce n’était pas à lui de se rendre « sur le terrain » pour voir ce qui se passait, mais à ses « experts cliniques ». 

Or, devant des abus d’une telle ampleur, et répétitifs sur autant d’années, ou bien il savait, et c’est très grave, ou bien il ne savait pas, et c’est également très grave. 

Il arguait aussi que ces résidences, de toute manière, sont privées. Elles sont certes des propriétés privées, mais elles sont pleinement subventionnées par les fonds publics et liées par contrat aux CISSS et CIUSSS. 

Le rapport d’enquête souligne d’ailleurs la « tolérance du CISSS de Chaudière-Appalaches à l’égard des soins et des services déficients et récurrents du Manoir Liverpool ». Ses « multiples démarches », note-t-il, prouvent que la situation était connue des gestionnaires du CISSS. 

Visites bidon

Les visites du CISSS dans les RI sont aussi souvent annoncées à l’avance. Bref, ce sont des visites de complaisance. En réaction aux dires de Daniel Paré, l’animateur Paul Arcand n’a pas mâché ses mots : « les inspections, c’est de l’osti de bullshit ».

À travers tout le Québec, dans le milieu de la déficience intellectuelle, c’est d’ailleurs un secret de Polichinelle depuis longtemps.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a promis de rendre les hauts gestionnaires enfin « imputables ». Le cas de Daniel Paré lui en donne l’occasion. Passer l’éponge enverrait le message contraire.  

Dans toutes les régions, on trouve des RI et RPA de qualité, mais il y en a aussi qui, pour leurs propriétaires-entrepreneurs, sont de lucratives machines à faire de l’argent. Point. Ceux-là rognent sur la nourriture, les soins, etc. 

Parce que l’omerta persiste dans le réseau, comme pour la DPJ, il faut une commission d’enquête sur les « milieux de vie » où résident de nombreux Québécois sans défense. 

Les milieux de vie bienveillants en ressortiraient mieux reconnus. L’urgence est d’exposer ceux qui maltraitent ou négligent leurs résidents pour amener le ministère de la Santé à y faire le grand ménage.