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La frustration (compréhensible) des partis d’opposition

Aussi compréhensible soit la frustration des partis d’opposition quant à leur invisibilité relative dans cette crise, mieux vaut tout de même rester sur le terrain moins glissant des faits.
Photo tirée de Twitter Aussi compréhensible soit la frustration des partis d’opposition quant à leur invisibilité relative dans cette crise, mieux vaut tout de même rester sur le terrain moins glissant des faits.

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Sur le plan politique, la pandémie est très dure pour les partis d’opposition. À l’Assemblée nationale comme dans la plupart des Parlements.

Déjà qu’en temps de crise majeure, sauf exception, les populations, du moins pour leur majorité, ont tendance à se reposer sur leurs dirigeants du jour. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.

En pandémie mondiale, laquelle s’étire même depuis presque un an, cette tendance n’en devient que plus lourde encore.

Populaires bien avant la crise sanitaire, le premier ministre François Legault et son gouvernement, malgré que le Québec ait le pire bilan au Canada face à la COVID-19, font d’autant moins exception à cette règle.

Pour les partis d’opposition, cette éclipse politique est difficile à vivre. Très difficile. 

Primo, parce qu’il y aura bien une élection générale en 2022, ce manque énorme de visibilité risque de leur faire mal dans l’isoloir.

Deuzio, parce que les élus des trois partis d’opposition et leurs chefs font également leurs propres analyses rigoureuses de la crise, auxquelles peu d’attention est portée, par la force des choses.

Tertio – et je crois que cette raison-ci est plus importante encore pour eux –, parce qu’ils ont eux aussi des propositions et des idées pertinentes à soumettre dans cette lutte complexe et longue contre la COVID-19. 

Des contributions souvent pertinentes

Or, le gouvernement occupant l’entièreté de la glace politique et médiatique, là aussi par la force des choses, pour les partis d’opposition, leur frustration se vit également sur le plan crucial de la santé publique et de celle des Québécois.

Depuis le début de la crise, les exemples ne manquent pas. Que ce soit au PLQ, au PQ ou chez Québec solidaire, les chefs et leurs critiques attitrés ont sonné l’alarme sur plusieurs sujets importants, dont ceux-ci:  

  • La nécessité d’imposer le port du masque dans les lieux publics clos.   
  • La ventilation défaillante dans les écoles et les CHSLD.   
  • La trop grande mobilité du personnel qui, dans les «milieux de vie» des personnes les plus vulnérables à la COVID-19, en a fait de dangereux vecteurs involontaires du virus.   
  • L’urgence de mieux «livrer» l’enseignement à distance.   
  • La nécessité d’ordonner une commission d’enquête vraiment indépendante sur la gestion de la pandémie elle-même.   
  • Soustraire les personnes itinérantes à l’application du couvre-feu par la police.   
  • L’opacité entourant les décisions de la Santé publique du Québec et de son patron, Horacio Arruda.   

De l’autre côté de la médaille, cette frustration compréhensible des partis d’opposition face à leur manque de visibilité dans ce même combat contre la COVID-19 peut avoir des effets, disons, moins heureux.

Cette quête normale d’attention aurait-elle, en effet, provoqué cette sortie maladroite de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), chef du Parti québécois?

Leçon de politique 101

Ce matin, il suggérait que le premier ministre François Legault n’aurait pas respecté les consignes de santé publique dans sa propre vie familiale.

Le Journal rapporte que:

«Le leader souverainiste a accusé le gouvernement caquiste de se préoccuper davantage des relations publiques et de l’enrobage du message livré à la population que de la gestion de la pandémie. 

«Appelé à donner un exemple, PSPP a évoqué la publication, sur les réseaux sociaux, d’une récente photographie de François Legault en train de faire de la planche à neige dans sa cour arrière pour inciter les Québécois à rester actifs.  

«Le chef du Parti québécois a ajouté que le premier ministre était alors en présence de ses enfants, “ce qui serait une violation des règles de la santé publique, puisqu’ils ne demeurent pas dans la même maison”, a-t-il dit en point de presse à l’Assemblée nationale.»

Or l’allégation de PSPP est niée par Geneviève Guilbault, vice-première ministre: «ses deux fils vivent avec lui». Voilà qui est clair.

Une petite tempête dans un trop grand verre d’eau? Peut-être bien.

Une déclaration mal avisée du chef péquiste? Jusqu’à preuve du contraire, il le semble aussi.

Mais surtout, une manière peu réfléchie de tenter de braquer les projecteurs sur son parti. 

Ne pas négliger l’apport des partis d'opposition

Aussi compréhensible que soit la frustration des partis d’opposition quant à leur invisibilité relative dans cette crise, mieux vaut tout de même rester sur le terrain moins glissant des faits.

Rien, toutefois, de dramatique ici. Juste une bonne leçon de politique 101 d’apprise.

À preuve, dès le début de l’après-midi, PSPP publiait sa rétractation sur son fil Twitter: «Pour revenir sur mon affirmation de ce matin en fin de point de presse, nous disposions d’autres infos nous indiquant que les deux fils du PM n’habitaient pas chez lui. M. Legault confirme que ses enfants vivent à son domicile, je crois sa parole et retire mes propos.»

Il n’empêche que cet épisode, sur le fond des choses, est avant tout l’énième indice montrant qu’en démocratie, cette même invisibilité des partis d'opposition n’a rien de très sain en période de crise. 

Les partis d’opposition devraient en effet pouvoir contribuer nettement plus à l’«effort de guerre» contre la COVID-19. Le gouvernement décide, certes. Il en a toute la légitimité. C’est à lui qu’une part suffisante de l’électorat a donné le pouvoir. Et c’est lui qui, en 2022, en sera imputable devant la population. 

Il n’empêche qu’en temps de crise, laquelle s’allonge même continuellement, l’apport des partis d'opposition ne saurait être négligé non plus.