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Frémont ou l’art de s’enfoncer tout seul

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Capture d'écran, uottawa.ca Jacques Frémont

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Dans nos universités, des étudiants radicalisés s’imaginent faire reculer le racisme en traquant un mot ou une phrase, peu importe son contexte historique ou l’intention du professeur.

L’affaire Lieutenant-Duval à l’Université d’Ottawa, loin d’être la seule, a accéléré la prise de conscience du problème.

L’excellente journaliste de La Presse Isabelle Hachey vient de produire une remarquable série de quatre articles sur le sujet.

Elle avait gardé le meilleur pour la fin : une entrevue avec le recteur Frémont, qui a pris fait et cause pour les étudiants radicalisés et contre l’enseignante suspendue. 

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

N’importe quoi

On se pince en lisant.

Jacques Frémont revient sur sa phrase qui choqua tant : « Les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider de ce qui constitue une microagression. »

La phrase était « trop technique », dit-il, tout en s’empressant d’ajouter : « Cela appartient à chacun d’être blessé ou non. »

Fait-il semblant de ne pas comprendre ?

La vraie question n’est pas de savoir si chacun est libre ou pas d’être blessé par un mot. 

C’est de savoir si une émotion subjective peut fonder une nouvelle règle – le bannissement d’un mot – et une mesure punitive à l’encontre de la personne qui l’utilise. 

Ça s’arrêterait où ?

Voulant se protéger, des profs s’autocensurent.

Écoutons notre suave recteur : « Je le déplore. Il n’y a rien qui est off-limits en milieu universitaire. [...] L’autocensure est à éviter à tout prix. »

Mais pourquoi les profs s’autocensurent-ils ? Parce qu’ils ont vu leur recteur ne pas les défendre et préférer hurler avec les loups. 

Ne faut-il pas, demande Mme Hachey, rappeler aux étudiants qu’apprendre suppose d’accepter de sortir de sa zone de confort ? 

Réponse du recteur : il ne veut pas jouer à « la grosse police ».

Pardon ? Dire aux étudiants qu’ils viennent pour apprendre et qu’ils n’ont pas à statuer sur des contenus qu’ils ne connaissent pas, c’est policier ?

Et le fanatisme de certains étudiants ? Frémont répond : « Cela fait partie des joies et charmes de la vie universitaire. »

Non, monsieur Frémont, il n’y a rien de charmant dans ces chasses aux sorcières menées par des esprits totalitaires au nom d’un prétendu antiracisme qui a perdu les pédales.

Sept profs de droit d’Ottawa y ont plutôt vu « un climat toxique d’intimidation qui fait que l’on peut harceler, intimider et ostraciser des collègues qui n’ont fait que porter une parole raisonnée et raisonnable dans la Cité ».

Critiqué pour avoir laissé à eux-mêmes les 34 profs pris à partie pour avoir défendu leur collègue, Frémont dit aujourd’hui qu’il « n’est pas là pour faire de la répression ».

Répression ?! Défendre les enseignants, c’est trop demander ? Lâche et pathétique.

Échec

Le choix est clair, monsieur le recteur : la rectitude ignorante et fanatique ou la quête respectueuse de la vérité. 

Il n’y a pas d’entre-deux.

S’il fallait une autre preuve que cet homme a totalement failli dans sa mission la plus fondamentale, il vient de la fournir.

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