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10 149 bonnes raisons de tenir une vraie enquête

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Les partis d’opposition demandent la création d’une commission d’enquête publique et indépendante sur la gestion de la pandémie. Le premier ministre François Legault s’y refuse. 

Selon lui, l’enquête qu’il a commandée à la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, suffirait. Malgré la bonne foi, les compétences et les pouvoirs d’enquête de Mme Castonguay, son rapport, portant sur les soins aux aînés et attendu pour septembre, risque toutefois d’être incomplet. 

En entrevue hier chez Paul Arcand, Mme Castonguay avouait qu’elle n’avait « pas beaucoup » de ressources pour son enquête. À son bureau, on compte une douzaine d’employés, plus une quinzaine de collaborateurs externes. 

Pour une enquête aussi complexe, c’est en effet peu. Elle disait également qu’elle n’était « pas en train d’aller rencontrer les personnes qui ont subi les problèmes », mais des personnes « en poste » au ministère et dans le système de santé. 

Si tel est le cas, tout « système » ne tend-il pas tout d’abord à se protéger lui-même ? C’est pourquoi la meilleure avenue apte à faire pleinement la lumière sur la gestion de la pandémie serait une commission d’enquête publique disposant de ressources importantes. 

Hécatombe

Et ce, pour au moins 10 149 raisons. Soit le nombre de femmes et d’hommes qui, en date d’hier, sont décédés ici de la Covid-19. Souvent seuls et, pour la première vague, dans des conditions inhumaines. 

Au Canada, le Québec compte pour moins de 23 % de la population, mais pour la moitié des morts de la Covid-19. Cette hécatombe devrait suffire à la création d’une commission d’enquête élargie.

Il nous faut connaître l’entièreté de la vérité. Savoir pourquoi et comment, au fil des gouvernements depuis les années 1990, de nombreuses personnes vulnérables – aînés fragiles, handicapés de tous âges – ont été délaissées par le réseau de santé. 

Pourquoi autant de morts de la Covid-19 ? Pourquoi un tel manque de personnel et de ressources ? Pourquoi tous ces « milieux de vie » vétustes qui, durant la première vague, sont devenus des « milieux de mort » ? 

Chirurgical et lucide

Selon une enquête de La Presse publiée hier, tout au long de la première vague meurtrière de la Covid-19, un établissement de santé sur cinq, dont plusieurs CHSLD et ressources intermédiaires, ne respectait même pas les règles sanitaires. C’est très grave.

Des employés symptomatiques ont été obligés de travailler. Du personnel se promenait de zones froides en zones chaudes. Le manque d’équipement de protection était dramatique. Des patients contagieux étaient placés avec les autres. Etc. 

En amont, il nous faut savoir d’où vient ce choix odieux des gouvernements passés qui, au fil du temps, ont parqué les Québécois les plus fragiles dans des ghettos en béton. D’où vient aussi leur décision de délester tout plein de services publics au profit du privé ?

Et quels dommages sont attribuables aux « réformes » Barrette ? Lesquelles, en centralisant à l’extrême un réseau de santé déjà affamé par 25 ans de compressions, accouchaient d’un système dangereusement déconnecté des « usagers » et du personnel. 

Comme société et pour les élus, ceux d’aujourd’hui et de demain, il nous faut un diagnostic chirurgical, lucide et ultra documenté. Il le faut pour en tirer les meilleures leçons possible. Ayons le courage d’aller vraiment au fond des choses.