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Des nouvelles de Cuba

La Havane le 21 janvier 2021.
AFP La Havane le 21 janvier 2021.

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Je vais bientôt compléter une année de résidence temporaire à Cuba. J’y suis arrivé le 6 mars 2020, alors que je rédigeais une chronique hebdomadaire dans le Journal de Montréal, intitulée « Lettre de Cuba ». Cette chronique s’est arrêtée brusquement avec le déclenchement de la pandémie et la fin du tourisme « sol y mar ». Je suis demeuré sur place, pensant que cet arrêt ne durerait que quelques semaines, puis quelques mois... Entre-temps, il y a bien eu deux ou trois « vols humanitaires » à trois mille dollars, avec une nuit d’hôtel obligatoire au Mexique, mais je n’en avais pas les moyens. Puis les autorités cubaines ont tenté de relancer le tourisme vers les stations balnéaires, Varadero et Cayo Coco surtout, mais avec toutes les nouvelles restrictions imposées à bon droit aux vacanciers, aussi bien au Québec qu’ici à Cuba, je ne sais plus où nous en sommes à ce chapitre.

Quoi qu’il en soit, cette remontée des nouveaux cas de covid-19 depuis quelques semaines — on est passé d’une cinquantaine de cas à huit cents et plus par jour — est liée étroitement à l’arrivée de voyageurs venus de l’étranger, entre autres des Cubanos-Américains en visite dans leurs familles. De sorte que La Havane est de nouveau sous un régime de couvre-feu strict, les écoles sont fermées et les enfants confinés à la maison. Le rêve d’un prochain retour à la « nueva normalidad » s’est éclipsé, les longues files d’attente devant les commerces et autres points de vente en témoignent.

On attend toujours les premières mesures d’apaisement entre la nouvelle administration étatsunienne et les autorités cubaines. « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Au contraire, pourrait-on croire. On assiste actuellement à une recrudescence des provocations d’organisations cubaines soi-disant indépendantes mais financées, en réalité, par des agences et organismes liés au gouvernement étatsunien. Des millions de $ sont ainsi versés par la USAID ou la NED à des mercenaires cubains (définition de ce mot : personnes qui, en échange d’argent, combattent pour une puissance étrangère) pour les encourager à susciter des actes de provocation un peu partout sur l’île et à les publiciser au maximum, de façon à faire croire à l’opinion publique internationale que le gouvernement cubain n’arrive plus à satisfaire les besoins de la population et qu’il a perdu le contrôle de la situation, certes difficile en raison non seulement du blocus criminel, ce fossoyeur des plus nobles rêves, mais aussi de la pandémie. On a dénombré pas moins de 54 organisations subversives, qui sont payées à l’acte ou qui reçoivent des fonds sur une base annuelle.

Malgré cette recrudescence de actions belliqueuses et des provocations de toutes sortes, le gouvernement s’est lancé dans une réforme en profondeur de son économie. Depuis le 1er janvier, une seule monnaie, le peso cubain, circule. Les salaires ont augmenté significativement, dans une nette volonté de valoriser le travail. Les prix ont aussi augmenté, aussi bien des services publics que des produits de consommation. Finie la farniente. Désormais, pour bien vivre, il faut travailler.

Les autorités sanitaires du pays continuent de lutter d’arrache-pied contre la covid-19. Plus de deux millions de test PCR ont été réalisés de façon gratuite jusqu’à maintenant à travers l’île. C’est beaucoup pour un petit pays du tiers-monde acculé au pied du mur par un blocus criminel qui dure depuis soixante ans. Malgré tout, quatre vaccins sont actuellement dans leur phase expérimentale finale. Cette armée de sarraus blancs — médecins, personnel infirmier, chercheurs et biologistes — mérite tout notre respect. Bientôt, en mars, commencera la vaccination massive gratuite et je compte bien être du nombre. Ainsi, quand je rentrerai chez moi au Québec, dès la reprise des vols commerciaux, je serai immunisé et ne représenterai pas un risque pour mes proches.

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