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Langues officielles: les deux solitudes

Le tandem LeBel/Jolin-Barrette affrontera Mélanie Joly dans le dossier linguistique.
Photos d’archives Le tandem LeBel/Jolin-Barrette affrontera Mélanie Joly dans le dossier linguistique.

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Sans doute que quelque chose dans mes racines franco-irlandaises m’a prédestiné à jouer, plus souvent qu’à mon tour, le rôle d’interprète et de « pont » entre les « deux solitudes ».

J’ai travaillé comme avocat au Conseil de la langue française et chez Alliance Québec. 

J’ai aussi été commissaire à la Commission d’appel sur la langue d’enseignement, et responsable de la préparation de la version française des lois du Manitoba. 

Disons que le dossier linguistique au Québec et au Canada, je connais ça. 

C’est pour cette raison que j’ai bien hâte de voir ce que va contenir le « livre blanc » sur la législation linguistique que la ministre Mélanie Joly dévoilera lundi. 

DROITS DES TRAVAILLEURS 

Lorsque j’étais député fédéral, j’étais à même de constater jusqu’à quel point l’égalité des « deux langues officielles » était tristement théorique. 

En fait, il y avait deux langues à Ottawa : l’anglais et le français-traduit-en-anglais. Depuis que j’ai quitté, j’ai eu à assister à plusieurs présentations d’organismes fédéraux en « français ». Si ce n’était pas si cruel, j’en mettrais en ligne pour que les gens comprennent... qu’il n’y a rien à comprendre ! 

À Ottawa, j’avais présenté un projet de loi privé, qui aurait donné aux travailleurs dans les domaines de compétence fédérale (aéroports, chemins de fer, ports, etc.) les mêmes droits qu’aux autres travailleurs du Québec. 

Joly proposera à son tour d’étendre ce droit à ceux qui relèvent du Code canadien du travail. Ça sera un changement bienvenu.

Reste à voir si les lignes aériennes comme Porter et WestJet vont enfin être obligées d’offrir leurs services en français, comme Air Canada. 

VIEUX PRÉJUGÉS

Pendant mon travail dans ce domaine, j’ai eu à rencontrer et à travailler avec des géants intellectuels comme Claude Ryan et Camille Laurin. 

Ils ne pouvaient pas être plus différents sur le plan constitutionnel, mais ils avaient plusieurs choses en commun, notamment leur connaissance détaillée de leurs dossiers et leur rigueur intellectuelle hors pair. 

C’est obligatoire dans un domaine qui touche les gens de si près. 

La ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, a récemment fait part de sa vision. 

Il y aura sans doute du soulagement dans les communautés francophones à travers le Canada quand le Québec cessera de s’opposer à leurs droits comme il l’a fait par le passé. Ça peut paraître étonnant, mais le Québec craignait que les droits reconnus à la minorité francophone limitent sa juridiction s’ils étaient accordés aux Anglo-Québécois. 

Un exemple concret : le Québec s’est fait barrer le chemin par les tribunaux dans sa tentative d’interférer dans le droit reconnu à sa minorité linguistique de contrôler et gérer ses commissions scolaires.

Si le document de Sonia LeBel était nuancé, l’autre moitié du duo linguistique de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, a démontré, notamment dans le dossier des étudiants étrangers, que pour lui la loi peut servir d’objet contondant. C’est dommage. 

Et les francophones hors Québec, et la communauté québécoise d’expression anglaise méritent des interlocuteurs sérieux qui ne cherchent pas à utiliser la langue comme prétexte pour diviser. 

Vaut mieux être armé de faits que de vieux préjugés, de part et d’autre.