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Fondation de la CAQ: dix années qui ont changé la politique québécoise

Le 21 février 2011, l’ex-ministre péquiste François Legault lançait un groupe de réflexion qui allait mener à la fondation de la Coalition avenir Québec

Coalition avenir, Francois Legault
Photo d'archives, Stevens LeBlanc François Legault et Charles Sirois ont dévoilé le manifeste fondateur de la Coalition pour l’avenir du Québec, le 21 février 2011, à Québec.

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Il y a 10 ans ce mois-ci, François Legault et l’homme d’affaires Charles Sirois dévoilaient le manifeste qui allait mener à la fondation d’un nouveau parti. Depuis, l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec a redéfini le visage de la politique québécoise.

Au moment de fonder la CAQ, François Legault « avait le sentiment que le projet souverainiste était dans une impasse et qu’il fallait chercher d’autres manières de faire avancer le Québec », raconte Pascal Mailhot.

Avec Martin Koskinen et Pierre-Yves Boivin, il fait partie d’un petit groupe de fidèles conseillers que le futur chef caquiste a réuni dans le « grenier » de sa maison d’Outremont à l’hiver 2010.   

Six mois après avoir quitté la politique, celui qui a cofondé Air Transat à 29 ans avant de diriger d’importants ministères sous Lucien Bouchard et Bernard Landry sent le besoin de replonger dans l’action.

Le « déclin tranquille » du Québec, qu’il avait évoqué lors de sa démission, continue de le préoccuper. 

Dans les semaines qui suivent, François Legault multiplie les rencontres avec des personnalités de divers horizons afin d’échanger sur l’avenir du Québec.

Même le très fédéraliste Philippe Couillard, alors en retrait de la politique, acceptera de venir débattre en privé avec son ancien adversaire souverainiste. Quelques années plus tard, les deux hommes croiseront à nouveau le fer au Salon bleu. 

Le « conseil des ministres » d’Outremont

Dès sa création, la CAQ avale l’ADQ. L’ex-chef adéquiste, Gérard Deltell, quittera la formation trois ans plus tard pour siéger à Ottawa.
Photo d'archives, Stevens LeBlanc
Dès sa création, la CAQ avale l’ADQ. L’ex-chef adéquiste, Gérard Deltell, quittera la formation trois ans plus tard pour siéger à Ottawa.

Cette série de rencontres mènera à un souper, le 11 septembre 2010, à la chic maison d’Outremont où 17 personnalités bien en vue viendront jeter les bases de la future formation.

Outre Charles Sirois, la coprésidente de Germain Hôtels, Christiane Germain, et le promoteur du Grand Prix du Canada, Normand Legault, représentaient le milieu des affaires. Joseph Facal, Guy Laforest et d’autres intellectuels étaient également parmi les invités, de même que Bruno-Marie Béchard Marinier et Chantal Longpré, issus du milieu de l’éducation. 

Autour des petits canapés, l’entourage de François Legault se met à rêver au « futur conseil des ministres », dans l’éventualité où le groupe de réflexion deviendrait un parti. À l’époque, divers noms, dont « Force Québec » et « Coalition nationale », sont d’abord envisagés, puis écartés.

Finalement, aucune des grosses pointures présentes ce soir-là ne portera les couleurs de la CAQ en 2012, mais plusieurs signeront son manifeste fondateur.

Chacun avait ses raisons pour passer son tour. « Je reconnaissais que la souveraineté était en panne, mais je n’étais pas prêt à renoncer pour toujours à cet espoir-là », explique notamment Joseph Facal.

Un « think tank »

Pour d’autres, comme l’actuel ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, le groupe de réflexion fut un premier contact avec la politique. « Ce qui m’a accroché, c’est son désir de rehausser l’éducation », raconte celui qui est voisin et ami de François Legault.

Les rencontres qui ont mené à la rédaction du manifeste prenaient l’allure d’un « think tank » avec des leaders de divers milieux de la société québécoise, raconte M. Carmant.

Ce spécialiste en neurologie pédiatrique a choisi de passer son tour aux élections de 2012. Mais, en 2018, Legault l’a convaincu de faire le saut pour mettre en place un programme de dépistage des retards de développement chez les enfants. « Il m’a dit : si on veut changer les choses, il faut s’impliquer », dit Lionel Carmant. 

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Fin du clivage « oui-non » ?  

L’élection du gouvernement caquiste a mis un terme au « clivage oui-non » autour de la souveraineté qui caractérisait la politique québécoise depuis plus de 40 ans, estime Éric Montigny, professeur en science politique à l’Université Laval.

« Il y a un réalignement qui s’est produit en 2018. C’est majeur, comme changement », dit-il.

Dans ce contexte, le PQ et le PLQ sont forcés de se réinventer, observe cet ancien conseiller de Mario Dumont et membre fondateur de l’Action démocratique du Québec.

Une lecture partagée par Frédéric Boily, professeur à l’Université de l’Alberta et auteur d’un essai sur la CAQ*.

« Pour le moment, c’est un pari réussi pour François Legault », dit-il. L’autonomisme, autrefois considéré comme une troisième voie, « devient presque une voie dominante », estime ce spécialiste de la politique canadienne et québécoise.

De plus, le parti est resté largement fidèle à ses objectifs de départ, note M. Boily.

« Le point faible de la CAQ, révélé par la pandémie, c’est en matière de santé », dit-il, soulignant que la réforme reste à faire. 

Courant nationaliste

L’ex-ministre péquiste et sociologue Joseph Facal affirme lui aussi que l’arrivée de la CAQ a changé le paysage politique québécois, « mais moins qu’on le pense », nuance-t-il. Après tout, le courant nationaliste est présent depuis longtemps, tant chez les péquistes que dans une certaine frange du PLQ.

« La CAQ a réussi à fédérer des gens qui étaient jusque-là répartis dans d’autres formations et, en ce sens, elle a brisé une espèce de blocage et ce qui commençait à être une espèce de pourrissement de notre vie collective », reconnaît celui qui est désormais professeur titulaire à HEC Montréal.

Mais cette « bouffée d’oxygène » risque de se heurter, tôt ou tard, à la question constitutionnelle, toujours en suspens.

« La place objective du Québec dans le système canadien est un problème qui reste entier et qui va même en s’aggravant, au fur et à mesure que la démographie fait reculer le français à Montréal, au Québec et au Canada », fait remarquer M. Facal.

L’après-Legault

Cette coalition de fédéralistes et de souverainistes peut-elle survivre au départ éventuel de François Legault ? Éric Montigny est optimiste, malgré le « défi » que cela représente. Le parti s’est structuré, notamment via son aile jeunesse, en plus de parler à « l’électeur médian ». 

Joseph Facal, lui, croit que la cohésion du parti repose largement sur la crédibilité de son fondateur. « La CAQ reste une sorte de coalition contre nature. Je ne suis pas sûr, en tout respect, de voir dans l’entourage de M. Legault quelqu’un capable de faire le grand écart pour rallier ensemble des gens qui, au fond, sont des adversaires et qui restent ensemble par pragmatisme. »

*La Coalition avenir Québec : une idéologie à la recherche du pouvoir 

Naissance d’un parti   

Dur constat

Au moment de quitter la politique en 2009, François Legault se dit « inquiet pour l’avenir du Québec, inquiet parce [qu’il sent] que le Québec s’est engagé dans un déclin tranquille, et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l’indifférence ».

Coalition pour l’avenir du Québec

Moins de deux ans plus tard, le 21 février 2011, il lance, avec l’homme d’affaires Charles Sirois, le groupe de réflexion Coalition pour l’avenir du Québec. Appuyé par 12 signataires, son manifeste déplore de voir le Québec faire « du sur-place ». 

« On verra » 

Le 14 novembre suivant, la CAQ devient officiellement un parti politique. Les nombreux « on verra » lancés ce jour-là par son chef sont perçus par ses opposants comme un manque de préparation, notamment par le premier ministre Jean Charest. 

Fusion avec l’ADQ

Trois mois après son lancement, la CAQ avale l’ADQ, en perte de vitesse. En plus d’éliminer un adversaire politique, la manœuvre permet d’aller chercher une base militante et quatre députés adéquistes, dont l’actuel ministre des Transports, François Bonnardel. Éric Caire, qui siège alors comme indépendant, se joint lui aussi au nouveau parti. 

Défaite dans Chauveau 

En 2015, écarté du poste de leader parlementaire, l’ex-chef adéquiste Gérard Deltell quitte le parti pour se présenter sous la bannière des conservateurs à Ottawa. Lors de l’élection partielle qui suit, la CAQ perd cet important siège dans la région de Québec, malgré la candidature-vedette de Jocelyne Cazin. 

Virage nationaliste

La défaite dans Chauveau amène une profonde remise en question sur la proposition de mettre la question nationale en veilleuse pendant 10 ans. À l’automne 2015, le parti prend donc un important virage nationaliste et mise sur une plus grande autonomie du Québec. Du même coup, le logo multicolore devient bleu pâle.

Surprise dans Louis-Hébert 

Coalition avenir, Francois Legault
Photo d'archives

Quand Sam Hamad démissionne en 2017, rien ne laisse présager que l’élection de Geneviève Guilbault dans ce château fort libéral amorcera une vague caquiste. À un an des élections générales, la victoire permettra de recruter des candidats de qualité pour ce parti qui semble avoir le vent dans les voiles. 

Campagne de 2018 

Après avoir martelé la nécessité d’un « changement » après « 15 années de gouvernement libéral », la CAQ fait campagne notamment sur la laïcité et l’immigration. Exit le dégraissage de l’État, le parti mise plutôt sur des mesures sociales importantes, comme les maternelles 4 ans et la création de « maisons des aînés ». 

Quelques priorités de la CAQ à sa fondation    

  • Faire du français « la pierre d’assise sur laquelle se bâtit notre identité commune et un élément central de notre vie collective ».   
  • Rehausser le salaire des enseignants, leur accorder plus d’autonomie et les évaluer.   
  • Décentraliser la prise de décision dans le réseau de la santé et offrir plus d’autonomie aux médecins.   
  • Réduire l’écart de prospérité « qui persiste entre le Québec et ses principaux concurrents ».   
  • Assainir les finances publiques et réduire la dette de l’État québécois.