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Hanté par les absents

Vincent Brault
Photo Chantal Poirier Vincent Brault

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La pénible disparition d’un être cher, des voyages formateurs, beaucoup de lectures, puis l’écriture d’un long journal de vie : voilà ce qui a construit Vincent Brault, l’auteur. Et c’est un peu tout cela que l’on retrouve dans son troisième et plus personnel roman Le fantôme de Suzuko. 

À 42 ans, Vincent Brault a tenu ce pari qu’il s’était donné – un peu par défi, un peu par esprit de contradiction – de prouver à sa famille qu’il était possible de vivre de son art au Québec. 

« Mon grand-père était peintre et était très pauvre, raconte-t-il. Alors, même si les arts étaient valorisés, il y a toujours eu dans ma famille cette idée que ce n’était pas une profession avec laquelle on pouvait gagner notre vie. Cela a retardé, je crois, ma façon d’y croire moi-même, à la profession de l’écriture. »

Voilà pourquoi l’écrivain, danseur contemporain et artiste visuel a d’abord opté pour des études en graphisme. Puis en philosophie, au retour d’un voyage initiatique en Écosse. 

« Là-bas, j’ai commencé à écrire un journal quotidiennement, que j’ai tenu pendant dix ans, explique celui qui venait alors, à 19 ans, de perdre sa mère. Cela fait une cinquantaine de cahiers dans ma bibliothèque. Je pense que c’est à ce moment que je me suis dit : OK, j’écris dans la vie. »

La mort de sa mère a assurément teinté son parcours, son identité et sa pratique littéraire. « Comme si l’écriture, pour moi, a commencé ou a trouvé l’une de ses sources par la mort de ma mère », dit-il. 

Présence fantomatique 

« Le fantôme de Suzuko, c’est une histoire d’amour, de deuil et de fantôme, lance l’auteur. Je pense que ce sont trois facettes d’un même aspect. Ça se passe à Tokyo, une ville incroyable. C’est aussi une histoire d’exil, celle d’un Québécois qui semble vouloir s’installer au Japon et c’est un livre sur la scène d’art contemporain à Tokyo. » 

Aussi indéfinissable et mystérieuse que la mort, cette histoire versant doucement dans le réalisme magique use de confusion. Celle entre la réalité et la fiction, entre des personnages et des lieux bien réels et des situations fantastiques qui parviennent, contre toutes attentes, à avoir du sens. 

« Cette idée de l’étranger ou de l’ailleurs m’a toujours intéressé, explique l’auteur qui a habité à Tokyo pendant quelques mois. »

Il faut dire que tout est né d’un premier voyage avec une amoureuse qui connaissait bien Tokyo et qui lui a parlé des yokai, ces fantômes japonais auxquels il s’est mis à s’intéresser vivement. Assez pour en faire le sujet de recherches d’une résidence d’artiste qui le ramènerait à Tokyo en 2018. 

Invité par une galerie tokyoïte, c’est avec cette même flamme qu’il devait s’y rendre à nouveau, mais le couple se dissout un peu avant le départ. « Je faisais donc une espèce de quête, de recherche sur les fantômes au Japon, et il m’a semblé que le fantôme le plus présent, quand j’étais à Tokyo, était celui de cette femme qui devait venir m’y rejoindre. » 

C’est en juxtaposant la présence fantomatique de cette femme (Su, à qui est d’ailleurs dédié le roman) et ses recherches sur les fantômes que s’est imposée cette œuvre très personnelle. Une mystérieuse fiction ancrée dans le réel mettant en scène un « Vincent fantasmé », narrateur écrivain. 

Et un roman géographique parvenant à faire de Tokyo un personnage aussi fort que ceux du roman.

Le fantôme de Suzuko<br/>
Vincent Brault<br/>
Héliotrope, 200 pages<br/>
date de sortie : 17 février
Photo courtoisie
Le fantôme de Suzuko
Vincent Brault
Héliotrope, 200 pages
date de sortie : 17 février