/sports/fighting
Navigation

Le défi asiatique d’Ariane Fortin-Brochu

L’ancienne boxeuse entraîne la sélection de la Corée du Sud en prévision des Jeux de Tokyo

TOPSHOT-BOXING-OLY-2016-RIO
Photo AFP Athlète lors des Jeux de Rio en 2016, la Québécoise Ariane Fortin-Brochu (droite) sera présente aux Jeux de Tokyo en 2021, mais dans un nouveau rôle, celui d’entraîneuse.

Coup d'oeil sur cet article

Près de cinq ans après sa participation aux Jeux de Rio, en 2016, l’ancienne boxeuse Ariane Fortin-Brochu se prépare à vivre de nouveau l’aventure olympique. Mais c’est dans un rôle complètement différent qu’elle retournera sous les anneaux l’été prochain à Tokyo. 

Depuis le mois de janvier, l’ex-championne du monde dirige la sélection féminine en boxe de la Corée du Sud qui participera au rendez-vous tant attendu qui a été repoussé d’un an en raison de la pandémie. 

Initialement, l’actuelle présidente de la Fédération québécoise de boxe olympique (FQBO) aurait dû mettre le cap vers la péninsule au printemps passé, mais la crise sanitaire a repoussé son début d’association avec le programme sud-coréen jusqu’au début de 2021. 

La voilà aujourd’hui à pied d’œuvre pour guider les deux représentantes de son pays d’adoption (Oh Yeonji et Im Aeiji) vers leur première participation aux Olympiques – si Jeux il y a, bien sûr –, une occasion de carrière inespérée qu’elle se félicite d’avoir choisie malgré le contexte particulier. Son contrat prendra fin après l’événement, en août. 

«J’ai un billet de retour le 16 août, lance-t-elle en entrevue au Journal depuis Séoul où elle se trouve présentement en congé en raison des célébrations du Nouvel An coréen. Je ne crois pas que j’aurais accordé autant de place au coaching dans ma vie si je n’avais pas eu cette opportunité-là.

«[...] Je suis toujours restée dans le monde de la boxe après ma retraite, mais là, je le vois comme une opportunité d’apprendre plein de choses. J’ai le sentiment que je me sens sur mon X dans l’univers et je le dis souvent à mes proches depuis que je suis arrivée ici.» 

Mesures strictes

L’offre s’est présentée à la suite d’un camp de l’équipe canadienne en Corée où Fortin-Brochu avait fait bonne figure comme entraîneuse juste avant que la pandémie ne chamboule la planète entière en mars 2020. 

Tests rapides, prises de température quotidiennes, localisation, les Sud-Coréens ne lésinent pas pour contrer des flambées de cas à la COVID-19. Le pays enregistre l’un des plus faibles taux de nouveaux cas quotidiens par million d’habitants à travers le monde depuis un mois (7,5) selon les données de l’Université Johns Hopkins en date du 12 février. 

La native de Lévis a dû se soumettre à une quarantaine de deux semaines «stricte» à son arrivée dans le pays dans l’un des bâtiments prévus à cet effet pour les visiteurs étrangers. Jusqu’à maintenant, l’entraîneuse a vécu trois semaines intenses d’entraînement et se prépare à amorcer une nouvelle séquence du genre à la suite du congé. 

«Normalement, on serait allés au centre national d’entraînement de Jincheon, mais il était fermé en raison d’une hausse des cas, a expliqué Fortin-Brochu. Nos trois premières semaines ont été en province de Chungju où on était logés à l’hôtel. Il y a aussi un couvre-feu à 21 h. On ne sent pas trop [les mesures], on se fait tester avant les camps et on ne sort pas trop ensuite. On sera ensuite au centre national où on devrait rester si tout va bien.»

Des interrogations

Si la femme de 36 ans se demandait comment les choses allaient se passer avant le début du projet, ses doutes se sont vite estompés une fois dans le gym. 

«J’appréhendais ça un peu, mais je me sens vraiment respectée. J’amène des façons de faire différentes. Quand j’amène des changements, ça prend un moment d’adaptation pour tout le monde, mais je sens vraiment une belle ouverture, autant chez les athlètes que chez les entraîneurs», souligne celle qui travaille en compagnie de deux médaillés olympiques, dont Soon-Chul Han, qui a obtenu l’argent à Londres en 2012 devant l’Ukrainien Vasyl Lomachenko, qui allait éventuellement devenir champion du monde chez les professionnels.

La barrière de la langue n’est pas non plus un frein au quotidien même si les deux boxeuses qu’elle supervise parlent très peu l’anglais. 

«La physiothérapeute parle un anglais correct et elle m’aide à enseigner, a avoué la Québécoise, qui a suivi des cours de coréen l’été dernier. Sinon, je dois parfois mimer, mais on se comprend. Ça fait partie du défi, mais c’est un beau défi.»

Préparation coûte que coûte

Malgré l’incertitude entourant la présentation des Jeux, Fortin-Brochu n’aborde pas trop le sujet avec ses protégées. La coach constate qu’elles doivent déjà vivre avec la pression de représenter leur pays pour la première fois en boxe féminine, pas besoin d’en ajouter une couche. 

«Je ne trouve pas ça plus dur à gérer. Je les prépare en vue d’aller là-bas. De toute façon, elles vivent cette pression et ce stress au quotidien, et la seule chose qu’on peut faire, c’est de se préparer comme si ça aura lieu comme prévu.»