/opinion/columnists
Navigation

Les Québécois aiment de plus en plus le bœuf

Coup d'oeil sur cet article

La pandémie a touché tout le monde sur la planète d’une manière ou d’une autre, ce qui rend si unique l’ère dans laquelle nous vivons.

Tout dans notre relation avec les aliments a changé au cours des 11 derniers mois ; la façon de les consommer et de les acheter, ainsi que l’endroit où nous les achetons et les consommons. Les protéines jouent évidemment un rôle important dans nos vies, COVID-19 ou non.

Certains ont affirmé au début de la pandémie que les Canadiens reviendraient à l’essentiel et se familiariseraient avec les viandes comme autrefois. Les plus récentes données de NielsenIQ démontrent que les Canadiens n’ont pas oublié leurs racines d’omnivores.

Ventes exceptionnelles

À l’échelle nationale, les données de NielsenIQ révèlent que le porc a connu 12 mois de ventes exceptionnelles, du 1er février 2020 au 31 janvier 2021. 

En termes de volume, les ventes ont augmenté de 12 %, plus que le poulet ou le bœuf. En dollars, les ventes ont augmenté de 17 % pour le porc, 16 % pour le bœuf et 12 % pour le poulet, et ce, malgré les fermetures d’usines et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. 

L’Ontario a vraiment démontré son amour pour le porc avec un volume de ventes en hausse de 17 %. L’Ouest a également manifesté de l’intérêt pour le porc, le volume de ventes ayant aussi augmenté de 14 %.

Le Québec est la seule province où les ventes de bœuf ont dépassé celles des viandes porcine et avicole, à 12 %. 

La campagne à succès de Bœuf Québec qui incite les Québécois à renouveler leur amour pour la viande bovine produite dans la province semble porter ses fruits. Tout un revirement de situation. Il y a de cela quelques années, peu de gens y croyaient.

Compte tenu des difficultés en restauration, beaucoup s’attendaient à des chiffres plus élevés, mais les résultats de ventes impressionnent tout de même. Malgré les rappels et les perturbations causés par des éclosions de COVID-19 dans d’innombrables usines de transformation de viande à travers le pays, l’enthousiasme des consommateurs au comptoir des viandes reste toujours palpable.

L’année 2020 a donné aux consommateurs canadiens de nombreuses raisons d’aller ailleurs et de consommer moins de viande. 

Depuis des mois maintenant, au moins 16 usines ont dû être fermées en raison de la COVID-19 et de nombreuses autres ont dû composer avec des éclosions affectant leurs employés. Mais les Canadiens demeurent néanmoins attachés aux protéines animales.

Le virus n’a jamais posé de problème de salubrité des aliments, du moins, pas pour les Canadiens. Des rumeurs circulaient au sujet du virus contaminant nos approvisionnements alimentaires, mais les consommateurs canadiens ne semblaient jamais découragés. Pour le secteur, ce constat réconfortant fait du bien.

L’inflation alimentaire

Notre amour pour la viande a cependant un prix. Les viandes coûtent de plus en plus cher. Les prix des trois composants du tiercé des viandes ont augmenté en 2020, ce qui est très rare. L’inflation alimentaire a stimulé les ventes en dollars au comptoir de la viande, en particulier pour le bœuf.

À l’échelle nationale, alors que les ventes unitaires de bœuf augmentaient de 8 %, les ventes en dollars augmentaient de 16 %, le double. La même histoire se répète pour le porc et le poulet. La dernière fois que les ventes en dollars du bœuf ont doublé les ventes unitaires, c’était en 2014, lorsque de nombreux consommateurs décidaient de bouder le comptoir des viandes et de rechercher d’autres sources de protéines.

À l’époque, de nombreuses boucheries à travers le pays ont fermé. Peu à peu, les protéines végétales ont commencé à apparaître à différents endroits, avant l’invasion de 2018 par des entreprises comme Beyond Meat. Ces avancements rendent les protéines plus démocratiques et plus accessibles. La demande alimentaire, plus fragmentée que jamais, permet à quiconque ayant des goûts différents de s’y retrouver. 

Les chiffres de ventes de la viande montrent que les Canadiens restent fidèles aux protéines animales tout en recherchant plus de variété. Les ventes de produits à base de protéines végétales ont augmenté de 31 % en 2020, faut-il le rappeler. Les consommateurs canadiens y gagneront, mais l’industrie aussi y gagnera avec le temps.

Nous voyons ces derniers temps, près des comptoirs de viande, des protéines végétales non transformées, vendues en sachets. Pois chiches, lentilles, etc., le tout proposé à des prix abordables comme il se doit. Tout indique que nous voyons l’émergence d’une catégorie de protéines à l’épicerie.


Dr Sylvain Charlebois, Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie