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Procès de Trump: les jeux sont faits

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Difficile de prêter la moindre crédibilité aux défenseurs de Donald Trump. Alors que les démocrates ont présenté pendant 16 heures une argumentation serrée, logique et bien illustrée, les républicains ont insisté pendant 3 heures sur des points de détail ou ont soulevé des thèses constitutionnelles invraisemblables.  

Plus de 70 % des Américains disent suivre avec intérêt le procès de Trump au Sénat. Mais les deux partis se sont entendus pour que les caméras ne montrent pas les sièges des sénateurs. Parce que ces sièges sont vides. Pourquoi les sénateurs ne suivent-ils pas les présentations de chaque parti avec diligence ? Parce que les jeux sont faits. La plupart des sénateurs ne changeront d’avis que si leurs électeurs changent d’avis. Et ils ne le feront probablement pas dans les jours qui viennent. 

1. Quels sont les arguments des républicains ?

La postérité jugera durement les sénateurs qui refuseront de sanctionner Trump. Les arguments en faveur d’un acquittement de Trump sont très faibles. Par exemple, les défenseurs de Trump en sont réduits à invoquer des erreurs de dates sur des images... Que les procureurs démocrates ont choisi de ne pas montrer, justement parce qu’ils contenaient des erreurs de date. Les défenseurs ont aussi soumis que certaines images vidéo avaient été montrées deux fois dans les montages. L’objectif des présentations des défenseurs de Trump est de soulever des doutes raisonnables sur des points de détail, pour tenter de discréditer l’ensemble de l’argumentation des démocrates. D’ailleurs, ajoutent ces républicains, le procès a été monté trop rapidement et il est impossible de tout examiner en détail. Mais on se demande, devant une preuve aussi accablante et aussi forte, comment quelques points de détail inexacts pourraient disculper Trump.

2. La liberté d’expression est-elle plus forte que le reste ?

Les républicains tentent aussi de plaider que Trump jouit d’une liberté d’expression absolue. Mais si cette liberté d’expression est absolue, alors le crime d’incitation à l’insurrection n’existe pas non plus. Or, ce crime est bel et bien aussi inscrit dans la constitution. Et quand bien même cette liberté existerait, Trump a prêté serment pour défendre la constitution et donc pour la défendre aussi contre l’insurrection.

3. Quels sont les ultimes arguments des démocrates ?

Les démocrates avancent que si le Sénat ne démet pas Trump de ses fonctions, alors Trump pourrait revenir ou qu’un nouveau Trump pourrait surgir. Les républicains ont raison de répondre que les démocrates cherchent une victoire politique. En effet, ils ne veulent pas que la constitution soit réinterprétée pour possiblement asseoir le pouvoir d’un dictateur à la solde d’Américains racistes ou évangélistes.

4. Est-ce la fin de cette cause ?

À l’évidence, les grandes forces qui définissent la société américaine sont appelées à se confronter de plus en plus durement dans les années qui viennent. Les forces religieuses fondamentalistes et les forces racistes, contre les forces multiculturalistes et égalitaires.

5. Faut-il être pessimiste ?

Pas nécessairement. Au contraire, avec la fin de la pandémie, dans quelques mois ou quelques années, le niveau de religiosité baissera. Une certaine exubérance sociale et politique devrait survenir. Et puis, depuis son arrivée au pouvoir, Joe Biden a démontré un grand sérieux et s’est entouré de gens compétents. Enfin, les républicains sont divisés au point où plusieurs songent à créer un nouveau parti républicain. Trump a de fortes chances de gagner son procès. Mais à plus long terme, les forces qui le soutiennent sont en train de perdre la guerre.