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Très peu de transparence sur les crimes

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Montréal connaît une flambée de violence liée aux armes à feu. La dernière personne tuée par balle, dimanche dernier, était une ado de 15 ans. Mais ne comptez pas sur la police pour vous en dire beaucoup plus.

À quels endroits le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a-t-il recensé des coups de feu dans les derniers mois ? Impossible de le savoir.

Notre Bureau d’enquête a donc entrepris, cette semaine, de dresser le portrait le plus précis de la situation.

Nous avons recensé 33 événements dans les six derniers mois, en compilant un maximum d’articles médiatiques récents. En les plaçant sur une carte, on constate que les secteurs de Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension sont particulièrement dangereux.

  • Écoutez la chronique de Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d'enquête de Québecor

Voilà de l’information hautement pertinente et d’intérêt public, car les citoyens ont le droit de savoir si leur quartier est sécuritaire.

Notre portrait n’est probablement pas complet. Combien d’autres événements sont portés à la connaissance des autorités, mais n’ont pas reçu d’attention médiatique ? La vraie carte, c’est le SPVM qui devrait la publier, sachant que chaque intervention faisant l’objet d’un rapport est géolocalisée.

Journalisme de données

Le plus gros corps de police municipale au Québec fournit une petite quantité de données depuis quelques années.

Le site web de la Ville montre ainsi les endroits où se sont produits les crimes dans six catégories, dont les vols de voiture, les introductions par effraction, les méfaits (du vandalisme, par exemple) ainsi que les « infractions entraînant la mort ».

Mais rien de précis sur les incidents impliquant des armes à feu.

Un collègue du Bureau d’enquête spécialisé dans le journalisme de données me faisait aussi remarquer cette semaine que les quelques statistiques fournies par le SPVM sont imprécises. 

Ainsi, selon les infos « officielles » du SPVM, certains des lieux où l’on trouverait le plus de crimes sont des postes de quartier (PDQ) ! C’est tout simplement parce que de nombreux agents qui ont rempli des fiches d’événement ont cru bon d’indiquer l’adresse du PDQ plutôt que l’adresse du lieu où s’était produit le crime en question.

Aussi, plus de 32 000 événements ne sont tout simplement pas géolocalisés, dont 4000 en 2020 et une centaine depuis le début de cette année.

De l’amélioration

Quel contraste avec la police de Toronto, qui publie une carte où l’on peut géolocaliser non seulement les meurtres, mais aussi chaque fusillade, et même chaque agression sexuelle dénoncée !

Le SPVM fait tout de même mieux que la police de Québec, qui ne publie essentiellement aucune donnée. Et il faut reconnaître que Montréal s’est beaucoup améliorée au cours des cinq dernières années en matière de transparence. La politique de données ouvertes a été mise à jour à partir de la fin 2015 par l’administration Coderre. L’élan s’est poursuivi sous Valérie Plante, avec notamment un nouveau site web lancé en juin dernier.

Vous pouvez maintenant obtenir des statistiques détaillées sur la fréquentation des bibliothèques municipales, l’inventaire complet des arbres qui appartiennent à la Ville, et le comptage quotidien des vélos qui passent sur les pistes cyclables.

À quand plus de transparence en matière de sécurité publique ? 

Jean-Louis Fortin

Directeur du Bureau d’enquête