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Des comptes à rendre? Aucun!

USA-TRUMP-PROTESTS-FACIALRECOGNITION
Photo d'archives Des manifestants pro-Trump ont envahi le Capitole américain à Washington, le 6 janvier dernier.

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Si vous pensiez que Donald Trump allait se faire oublier, oubliez ça ! C’est la conclusion à tirer de son deuxième procès en destitution. L’assaut de ses partisans contre le Capitole ? Les policiers qui crient à l’aide ? Les parlementaires qui courent les corridors pour sauver leur peau ? Aucune importance !

L’ancien président et son entourage, au fil de quatre années d’improvisations et de tumultes, revendiquaient le statut de leader spontané et perturbateur. L’intimidation, le dénigrement et la violation des normes, voire des lois s’inscrivaient dans une façon « proche du monde » de faire de la politique.

Rien ne vaut rien

Du coup, à leurs yeux, aucune importance qu’il ait demandé un coup de main partisan au président ukrainien pour diffamer un adversaire politique.

Aucune importance que, jour après jour, il ait miné le respect de ses compatriotes pour le travail des journalistes, des scientifiques et de tous ceux qui se rabattaient sur les faits pour esquinter ses incohérences.

Aucune importance qu’il ait passé l’année 2020 à dénigrer le processus électoral – voyons plus grand encore, la démocratie américaine au grand complet ! – en inventant une fraude massive qui ne s’est jamais concrétisée.

Aucune importance qu’il ait eu recours à tous les moyens possibles pour renverser le résultat d’une élection légitime et que ses efforts aient été rejetés par les tribunaux, repoussés par les responsables électoraux et opposés par son propre vice-président.

Aucune importance que des mois de harangue, des milliers de messages agressifs sur Twitter et un ultime discours trompeur et revanchard le 6 janvier dernier aient pu allumer la bombe artisanale qu’il avait concoctée avec ses partisans.

Aucune importance qu’il ait, par la suite, laissé l’attaque du Capitole se dérouler sans répondre à l’appel de renfort des policiers débordés ni venir au secours de Mike Pence, ce loyal colistier qui avait eu l’effronterie de respecter la Constitution et de confirmer la victoire de son rival démocrate.

Aucune importance que cette insurrection ait fait au moins cinq morts, que plus de 150 policiers aient été blessés ou que les agents afro-américains qui luttaient pour contenir la foule enragée aient été foudroyés d’insultes plus racistes les unes que les autres.

Aucune importance, car c’est lui, la victime. Son communiqué l’atteste sans vergogne : « C’est un triste commentaire sur notre époque qu’un parti politique se voit accorder un laissez-passer gratuit pour transformer la justice en outil de vengeance politique. » De la part d’un homme qui a bluffé et injurié son chemin jusqu’à la Maison-Blanche, ça prend du culot.

Ce qu'il en restera

On a souvent entendu, au cours de ce procès au Sénat, que la procédure est en train de se banaliser : les futurs présidents seront menacés de destitution pour tout et pour rien.

En fait, ce n’est pas l’abus de la procédure qui inquiète, mais l’acquittement. Un des procureurs démocrates, précisant sa démarche, cherchait, disait-il, « à définir et articuler des standards du comportement présidentiel ».

Aucune ambiguïté dans le message qu’envoie son acquittement : on peut mentir, calomnier, déshonorer son serment, exalter jusqu’à la violence... et ça n’a aucune importance.