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Non, je ne suis pas rassuré

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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Hier, j’ai lu un éditorial intitulé Et vous, êtes-vous rassurés? L’auteur discutait d’un sujet qui me tient à cœur, l’éducation.

À la fin de son texte, il y avait l’invitation suivante: «Vous faites partie des enseignants, des professionnels ou des nombreux autres acteurs du milieu de l’éducation? Nous sommes intéressés à connaître votre réponse à cette question: êtes-vous rassurés?»

À titre d’enseignant au secondaire depuis 25 ans, j'ai décidé de répondre à la question.

Non, je ne suis pas rassuré.

Je ne suis pas rassuré lorsque je constate la vitesse à laquelle le dossier du plomb dans l'eau se règle. On pourrait aussi parler des purificateurs d'air... Ou encore des masques de procédure qui auraient dû être disponibles dès la rentrée...

Je ne suis pas rassuré lorsqu'on instaure un taux unique de taxation scolaire qui génère un manque à gagner de près de 1 G$.

Je ne suis pas rassuré lorsque je pense à l'instauration massive des maternelles 4 ans (loi 5).

Je ne suis pas rassuré lorsque je repense à l'adoption de la loi 12 sur la gratuité scolaire sélective (j’ai d’ailleurs participé à la commission parlementaire).

Je ne suis pas rassuré lorsque je repense à la transformation des commissions scolaires en centres de services scolaires, à la façon d’adopter la loi 40 et à la centralisation actuelle des décisions (lien 1 et lien 2).

Je ne suis pas rassuré lorsqu'on tente de me faire croire que le parascolaire va ramener les «bons» élèves dans les classes ordinaires de l'école publique.

Je ne suis pas rassuré lorsqu'on décide d'exclure les écoles privées subventionnées du projet de loi sur la laïcité.

Je ne suis pas rassuré lorsque mon ministre annonce que la cavalerie s'en vient, alors que la cavalerie, elle n'existe pas...

Je ne suis pas rassuré lorsqu’il y a plus de 2200 enseignants non qualifiés sur le terrain.

Je ne suis pas rassuré lorsque je vois des enseignants faire de la suppléance obligatoire plutôt que de préparer des cours, de corriger des copies ou d'aider leurs élèves.

Je ne suis pas rassuré lorsque je constate que la meilleure idée du patronat est de m’optimiser. Que «l’effet enseignant» constitue la solution divine dans le but de vaincre le monstre sacré du système à trois vitesses.

Je ne suis pas rassuré lorsque je dois organiser (avec 3 collègues) un vox pop cosigné par plus de 2400 enseignants afin de faire comprendre au ministre de l’Éducation que nous n'avons pas le sourire aux lèvres.

Je ne suis pas rassuré lorsqu'on me parle d'un programme de tutorat, alors que celui-ci ne respecte pas les exigences élémentaires fournies par les données probantes et que les ressources humaines et financières sont nettement insuffisantes.

Je ne suis pas rassuré lorsqu'on me présente les taux de réussite du premier bulletin, alors qu'il existe une tonne de questions auxquelles nous sommes incapables de répondre.

Je ne suis pas rassuré lorsque parmi l'équipe d'experts recrutés par le ministre de l’Éducation, il n'y a aucun enseignant.

Je ne suis pas rassuré lorsque le salut en éducation se trouve dans le livre sacré d’un seul homme...

Voilà, en bref, une partie de ma réponse à la question initiale. Et tant que je ne serai pas rassuré, je continuerai, à mes risques, à alimenter mon blogue personnel et mon blogue au Journal.

L'an dernier, je disais à la blague à des amis – tout en le pensant – qu'il serait plus efficace d'attirer un lectorat si je n'étais pas un enseignant. En prime, ma crédibilité comme «expert» en éducation augmenterait...

Et ça non plus, ce n'est pas rassurant.