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Les fonds responsables, investir vert sans sacrifier son portefeuille

Les fonds responsables, investir vert sans sacrifier son portefeuille
Marilyne Houde

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Investir «vert», ça vous dit quelque chose? On entend le terme de plus en plus et pour cause: des investisseurs se tournent vers des fonds responsables par conscience environnementale et sociale, mais aussi parce que ça tend à devenir (très) payant. Tour d’horizon.

L’investissement responsable a beau exister depuis au moins 20 ans, c’est encore tout nouveau pour bon nombre d’entre nous. Pourtant, à l’heure actuelle, plus de 50% de l’argent au Canada est investi dans des fonds responsables.

Il s’agit d’une stratégie pour faire fructifier son argent en investissant dans des fonds communs de placement (FCP) ou des fonds négociés en bourse (FNB) grâce au cours d’entreprises qui participent à des projets durables et bons pour l’environnement. En d’autres mots, vos sous font des petits grâce à des initiatives vertes. Pas pire, dit comme ça!

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Qu’est-ce qu’un fonds commun de placement (FCP)?

En achetant les parts d’un fonds commun, votre argent est mis en commun avec celui d’autres investisseurs et fructifie en fonction des gains du marché. C’est un moyen de détenir une combinaison de placements pour vos projets à long terme, comme la retraite, au moyen d’un REER ou d’un CELI. Ce type de placement est géré par un gestionnaire de portefeuille et une équipe d’analystes.

Qu’est-ce qu’un Fonds négocié en bourse (FNB)?  

À l'inverse des FCP, ce type de placement n'est pas administré par des analystes financiers et se négocie comme une action en bourse. Les investisseurs peuvent acheter et vendre des titres et ainsi reproduire le rendement d'un indice boursier. C’est parfois plus risqué à court terme, mais moins coûteux en frais de gestion qu’un fonds commun de placement.    

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Contrairement à la croyance populaire, l’investissement responsable n’est pas limité aux éoliennes et à la protection des cours d’eau. On prend en compte les enjeux sociaux comme les droits de la personne, le revenu adéquat et même la place des femmes dans les organisations (oui, oui!).

Les entreprises et organisations étiquetées comme «investissement responsable» portent l’acronyme ESG dans le jargon. «E» pour environnement, «S» pour social et «G» pour gouvernance.

«Les critères ESG sont déterminés selon un questionnaire qu’on fait remplir à toutes les compagnies cotées en bourse et on leur donne une note de bon citoyen corporatif, explique Brian Gagné, conseiller en placement à la Financière Banque Nationale et spécialiste en investissement responsable. À partir d’un certain niveau, les gouvernements et les caisses de dépôt vont investir.»

Les fonds responsables, investir vert sans sacrifier son portefeuille
Photo les archives, AFP

Investir pour la planète, mais à quel prix?

Les experts entendent bien souvent des mythes tenaces quant à l’investissement vert: «Ça ne rapporte pas», «Il n’y a pas d’argent à faire en environnement». Détrompez-vous.

«Il y a 15 ans, on ne faisait pas d’argent en investissant dans le vert, on le faisait surtout par conviction. Aujourd’hui, on se rend compte que les investissements verts sont payants et sont même plus payants que les autres types de placements» , explique Brian Gagné.

D'après lui, au cours des cinq dernières années, des classes d’actifs ESG auraient généré un meilleur rendement que des produits d’investissement comparables. 

Entre 2015 et 2017, le Canada a connu une augmentation de 41,6% des actifs d’investissement responsable (IR), selon le dernier Rapport de tendances de l’investissement responsable canadien. Dans le monde, on note une croissance des actifs d’IR de 25% entre 2016 et 2014, selon la Global Sustainable Investment Review. Bref, les fonds responsables se développent très rapidement, tant au Canada que dans le monde. 

Brian Gagné est persuadé qu’on assiste à un changement de direction fondamental et qu’il ne s’agit pas d’une simple vague. Il est convaincu que les grandes entreprises n’auront d’autre choix que d’aller dans cette direction avant de manquer le bateau.

«Les gros investisseurs ont suivi l’argent et ils sont tous allés vers l’ESG. Si une entreprise va à l’encontre des valeurs responsables, plus personne ne va y investir. C’est comme la théorie de la sélection naturelle de Darwin», illustre le conseiller en placement. 

Un avis que partage Ann-Rebecca Savard, spécialiste et conseillère certifiée en investissement responsable chez LUMOS services financiers.

«On n’a plus à sacrifier le rendement pour investir dans un bon fonds d'investissement responsable. Je crois que l’avenir des rendements est là-dedans».

Des normes floues

«Vendu!» vous vous dites? Même si, en théorie, le concept d’ESG semble sans accroc, un flou autour de sa définition et la quasi-absence de normes créent de la confusion chez les investisseurs. 

«Il n’y a pas vraiment de normes gouvernementales et chaque entreprise a un certain impact sur l’environnement, c’est impossible d’y échapper. Alors, c’est difficile de s’y retrouver», avance Michel-Olivier Marcoux, président de gestion patrimoine ASF et auteur des livres INVESTIR et Investir pour assurer son avenir.

Les conseillers et investisseurs vont aussi encourager les entreprises qui font le plus d’efforts, comme les pétrolières qui investissent dans les énergies renouvelables, par exemple.

Si on veut être certain d’investir dans les fonds les plus «verts» possible, il existe plusieurs approches dont celle de l’exclusion, qui rejette les entreprises qui ont des liens avec l’armement, le pétrole ou la pornographie, par exemple.

«Il y a des compagnies intéressantes comme Amazon et Facebook, mais pas d’un point de vue ESG, nuance le conseiller en placement Brian Gagné. Même chose pour Tesla qui mise sur les voitures électriques et la lutte aux changements climatiques, mais l’industrie du bitcoin est un désastre écologique».

«Le meilleur conseil que je peux donner aux investisseurs qui se questionnent à ce sujet, c’est de consulter son conseiller financier, ajoute Ann-Rebecca Savard. Celui-ci sera en mesure de le diriger vers une solution répondant à ses besoins. Ce ne sont pas tous les investisseurs qui sont en mesure d’étudier ça par eux-mêmes. De la même façon que l’on recommande à un malade de consulter son médecin plutôt que de taper ses symptômes sur Google, faire affaire avec un professionnel, c’est l’idéal!»

Les «Z» propulsent le vert à un autre niveau

Sans grande surprise, l’engouement sans précédent pour les fonds responsables est une affaire de génération. Plusieurs experts observent un changement de valeurs auprès des consommateurs.

«La nouvelle génération des jeunes est née dans un monde où il y a des enjeux climatiques. Il y a une transition des valeurs des consommateurs et le pouvoir d’achat est plus important. Plus la demande est élevée dans les compagnies, plus ils vendent, plus la valeur des titres augmente. Ces entreprises performent mieux que des compagnies qui ont gardé leurs vieilles mentalités», assure Ann-Rebecca Savard.

Pour en savoir plus sur les différents types de produits offerts et leurs différentes branches, consultez les outils sur le site de l’Association pour l'investissement responsable (AIR).

Sources: L’Association pour l’investissement responsable (AIR), La Sun Life

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