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Les intervenants d’urgence sont au bout du rouleau

La crise sanitaire ajoute beaucoup de stress à leur métier déjà sous grande pression

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La travailleuse sociale Julie Nadeau, dans sa maison de Lévis, se spécialise dans l’accompagnement des intervenants d’urgence.

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La pandémie commence à peser lourdement sur le moral des premiers répondants qui pratiquent depuis près d’un an leur métier déjà stressant sous une pression supplémentaire.

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« Assurément, il y a une usure qui s’installe, résume Julie Nadeau, travailleuse sociale spécialisée dans les intervenants d’urgence. La “post-pandémie”, il va falloir y réfléchir. Il y a des gens qui vont avoir des séquelles traumatiques, dont plusieurs qui ont côtoyé la mort de façon beaucoup plus récurrente. »

Paramédics, policiers, pompiers, répartiteurs d’urgences, infirmiers : de par la nature de leur travail, les premiers répondants sont appelés à réagir rapidement, sous la pression, et ce, au quotidien.

Or, à tout cela s’est ajouté un stress important lié à la crainte d’être infecté par le virus – et de contaminer sa famille ou un patient vulnérable –, en plus d’une grande lourdeur liée aux nouvelles procédures.

  • Écoutez l’entrevue de Stéphane Rainville, responsable en santé mentale pour la Fédération des employés du préhospitalier du Québec

« C’est comme une épée de Damoclès qui pend constamment au-dessus de nos têtes. Le patient juste avant était-il asymptomatique ? C’est vraiment un stress de plus », raconte un paramédic, qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles.

Car, s’il pratique le métier depuis plus de 20 ans, l’homme de 47 ans estime que lui et ses collègues sont très peu soutenus par leurs employeurs.

« Quand t’as une problématique en santé mentale, ce n’est pas là que tu as la force de te battre. On cherche à être compris, guidé, et c’est tout le contraire. Souvent, c’est refusé à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail [CNESST], et l’employeur conteste pour ne pas payer », poursuit celui qui a subi un choc post-traumatique après être intervenu auprès d’un bébé de quelques semaines qui avait été secoué.

Traumatismes

Il craint une hausse considérable des traumatismes vicariants – un choc qui se crée à l’usure, à force de côtoyer la détresse – au sein des troupes.

Selon Stéphane Rainville, responsable en santé mentale pour la Fédération des employés du préhospitalier du Québec, il faudrait que cette forme de traumatisme soit reconnue par la CNESST.

« La personne qui est dans le fond du baril, elle n’a pas toujours les moyens de se payer une thérapie. On veut lui donner les outils pour lui permettre de guérir, de revenir faire son travail qui est de sauver des vies, et non de mettre la sienne en danger », martèle-t-il.

Lourdes difficultés

À la maison de thérapie La Vigile, qui vient en aide aux intervenants d’urgence, on note une augmentation de près de 30 % des appels pour obtenir de l’aide. 

« Beaucoup ont des troubles de sommeil, de gestion des émotions, d’anxiété, de dépendance. On ressent un épuisement, de par la surcharge de travail, mais aussi dans leur vie personnelle », se désole sa directrice, Geneviève Arguin.

Et comme tout le monde, à cause des mesures sanitaires, ils sont pour la plupart privés de leurs « moyens exutoires », que ce soit le sport ou les relations sociales, poursuit-elle.

« C’est encore la santé physique au détriment de la santé mentale. Les liens sociaux, c’est le plus beau facteur de protection contre le suicide », déplore Mme Nadeau, rappelant qu’il existe une multitude de ressources, en cas de crise.

« Être un superhéros, c’est aussi être capable de mettre le genou par terre », complète-t-elle.


► Si vous avez besoin d’aide, vous pouvez appeler le Centre de prévention du suicide au 1 866 APPELLE.

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