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Le côté positif de la pandémie

Jean Pascal refait le plein d’énergie à Porto Rico

Jean Pascal
Photo courtoisie, Stéphan Larouche Jean Pascal s’entraîne depuis plusieurs mois dans le magnifique décor de Porto Rico sous la supervision de Stéphan Larouche.

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Juste à voir les photos on peut réaliser à quel point Jean Pascal trime dur. Le champion du monde de 38 ans est en camp d’entraînement depuis mai ou juin.

« On avait parlé d’une revanche contre Badou Jack à l’été. Puis, on a parlé de l’automne. On nous a donné une date pour le 20 février sur la carte de Floyd Mayweather mais le combat de Floyd est tombé à l’eau. En fait, je suis prêt à relever tout challenge sérieux mais la seule garantie que j’ai, c’est que je devrais me battre en 2021. L’idéal serait deux combats cette année », dit Jean Pascal.

Il est dans son condo à Dorado, à 45 minutes de San Juan. À travers la fenêtre et le fin rideau blanc, on voit la mer à quelques dizaines de mètres. À côté d’une des plus belles plages de Porto Rico. À côté surtout de son gym et du marché où lui et Stéphan Larouche choisissent avec soin légumes et viande.

« L’autre jour, on est allé au Costco. Les gens m’ont reconnu et j’ai signé des autographes et posé pour des photos. Ça faisait drôle. Faut dire que la boxe est avec le baseball un des sports majeurs à Porto Rico », raconte Pascal avec amusement.

Jean Pascal
Photo courtoisie, Stéphan Larouche

LA BOXE, UN MODE DE VIE

C’est leur troisième camp d’entraînement à Porto Rico. Lui et Stéphan Larouche y étaient pour le combat contre Dmitry Bivol, puis Marcus Browne, et enfin pour le combat contre Badou Jack. Ils se sentent à la maison. Sauf qu’il y a le soleil, la mer, la chaleur et que le couvre-feu est à minuit.

« De toute façon, la boxe est un mode de vie. Le couvre-feu n’a aucune importance. En vieillissant, je me connais mieux. Saine alimentation, beaucoup de repos et entraînement plus technique, ce sont les clés. Je ne suis pas ici pour festoyer », dit-il. 

Jean Pascal estime que la pandémie aura eu au moins un bon côté pour lui.

« Mon dernier combat remonte au 29 décembre 2019 à Atlanta. Depuis ce temps, je n’ai pas reçu un seul coup à la tête. C’est un repos important dans une carrière. Même quand je recommence à faire du sparring, c’est un travail très technique. On peut faire un round juste pour le jab. Ou pour une droite lancée d’un angle nouveau. Il n’y a pas de coups à la tête. Je n’ai pas besoin de me rendre jusqu’au sparring total avant l’étape finale de préparation au combat », d’expliquer Pascal.

On a beau être au soleil, on ne rit pas avec la COVID. Pascal utilise un appareil à rayons ultraviolets qui pulvérise également un nuage d’alcool et de désinfectant sur les sacs, les gants et le ring avant et après les entraînements. Pascal garde un de ces appareils dans son condo. Pour le reste, ce sont les mesures habituelles : lavage à répétition des mains et masque dans le gym, même pendant les entraînements.

Jean Pascal
Photo courtoisie, Stéphan Larouche

COURIR AU SOLEIL

Le champion est bien conscient qu’il est privilégié de pouvoir courir sur des sentiers bordés de palmiers et de se baigner dans l’océan pour se rafraîchir. Mais l’objectif n’est pas le farniente. Travail, travail et travail.

« Faut se le dire : le Seigneur donne des outils dans la vie mais il ne fera pas le travail à ta place. Huit mois en camp d’entraînement, même en adaptant un rythme pour ne pas se brûler, c’est dur. Mais en même temps, j’ai encore la passion. J’aime ce mode de vie, j’aime l’engagement, j’aime la nutrition de grande qualité, j’aime le repos nécessaire et j’ai appris à écouter mon corps, à m’entraîner différemment. En fait, je mets du gaz suprême dans mon corps, pas du gaz régulier. Le moteur apprécie », dit-il en souriant.

LE MOIS DE L’HISTOIRE DES NOIRS

On est loin du jeune boxeur qui a entamé sa carrière professionnelle le 3 février 2005. Devant 1000 personnes au Club Soda.

« J’avais knocké le gars au premier round. »

Il avait complété une brillante carrière chez les amateurs avec des médailles d’or aux Jeux de la Francophonie et aux Jeux du Commonwealth. Plus le bronze aux Jeux panaméricains. Il s’est battu aux Jeux d’Athènes en 2004 après avoir mené une première bataille avec Stéphan Larouche et l’avocat Jacques Sylvestre contre le Comité olympique canadien.

« La roue a tourné depuis ce premier combat. J’ai pris de la maturité, c’est normal. Mais j’ai surtout acquis beaucoup de fierté et de confiance en moi. La confiance est essentielle. La vraie confiance, celle qui est profonde en nous. Regarde les plus grands. Tom Brady, Tiger Woods, Michael Jordan, sans cette confiance, ils ne seraient pas les êtres d’exception qu’ils sont », de dire Pascal.

Et en cours de discussion, il ajoute en faisant référence à février, mois de l’histoire des Noirs : « Je n’ai pas progressé tout seul. Je crois que collectivement, la communauté noire a progressé à un rythme semblable. Ce n’est pas parfait, rien n’est parfait, mais on avance dans la société québécoise », de dire Pascal, toujours immensément fier de son double héritage. 

Jean Pascal
Photo courtoisie, Stéphan Larouche

PORTE-PAROLE DE LA FONDATI0N ÉQUIPE-QUÉBEC

Jean Pascal est fier et confiant. Cette fierté et cette confiance, il la met au service de la Fondation Équipe-Québec. Une fondation qui défend le principe et la mise sur pied d’une équipe nationale du Québec pour représenter le Québec sur la scène internationale. Comme le font les équipes de l’Écosse, du pays de Galles, de l’Irlande et de 32 autres nations dans le monde qui ne forment pas un pays. 

Évidemment que le contexte politique canadien rend le projet plus controversé. Les luttes de pouvoir n’ont jamais de cesse entre Ottawa et Québec.

« Le projet n’a rien à voir avec l’indépendance, la souveraineté ou le fédéralisme canadien. Il a à voir avec la Nation québécoise, dûment reconnue comme telle. Le Québec est une nation distincte, c’est déjà acquis. Pourquoi les autres nations ont-elles le droit d’être représentées par leurs athlètes et pas le Québec ? Ce serait une façon extraordinaire de promouvoir l’excellence, de briller sur la scène internationale et d’avoir des retombées sur tous les Québécois. Le sport est la fierté d’un pays. C’est un engagement sérieux », dit-il en expliquant avec soin sa démarche.

Voilà en plus que Maxim Vlasov, qui devait affronter Joe Smith Jr en fin de semaine dernière, a été déclaré positif à la COVID. Les rumeurs se sont emballées. Pourquoi ne pas remplacer Vlasov par Jean Pascal ?

Réponse du champion WBA : « Dans un monde idéal, donnez-moi trois semaines. Mais c’est jouable avec deux semaines pour compléter une préparation ».

Pas certain que Stéphan Larouche serait aussi audacieux... 

Pascal avait besoin de ce long repos  

Jean Pascal
Photo courtoisie, Stéphan Larouche

« Je suis très content de ce long repos. Jean en avait besoin. Faut pas se le cacher, la fin du combat contre Badou Jack ne s’est pas passée comme on l’avait planifiée. Je croyais que Jean avait besoin d’au moins six ou sept mois de repos de toute façon. » 

C’est Stéphan Larouche qui parle. Il fait allusion au visage de Jean Pascal, tuméfié, et à la fatigue de son boxeur après sa dure guerre contre Badou Jack. 

Mais il ajoute du même souffle qu’on arrive à l’extrême limite de cette pause d’abord bienvenue. Un camp d’entraînement aussi long, Larouche n’en a jamais connu. Mais il sait comment garder son athlète bien affûté.

« Il y a l’entraînement de base, puis l’entraînement en phase spécifique, et finalement la dernière phase qui est la préparation ultime pour un combat. J’essaie de garder Jean au niveau du spécifique. On travaille de nombreux points techniques, on travaille des coups. On développe des automatismes. Comme cette droite qui a envoyé Marcus Browne au tapis, on l’avait développée à l’entraînement. Par de très nombreuses répétitions. En fait, Jean se tient à quelques semaines d’un combat de haut niveau. C’est possible parce qu’il est un vétéran et qu’il est très conscient de ce qu’il doit faire », de dire Larouche.

Il est évident que les deux hommes trippent sur la boxe. Larouche est plus technique, plus cérébral.

« Jean est discipliné mais il reste un boxeur proche de son instinct. C’est une des raisons pour lesquelles il est si dangereux dans un ring », note Stéphan Larouche.

Si Jean Pascal a fait du chemin depuis le Club Soda en 2005, Larouche en a fait encore plus depuis le modeste club de boxe de Jonquière.

Quand même, Dorado, la ville dorée et sa plage, c’est une étape agréable à visiter...