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Les sacrifices d’une mère en affaires: être entrepreneure et ingénieure à la fois

Mois de l'histoire des Noirs

GEN-CHRISTELLE-BITEGHE
Andréanne Lemire/Agence QMI

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Dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, Porte-Monnaie a rencontré 5 entrepreneurs québécois afro-descendants qui lèvent le voile sur leur histoire, les enjeux et les défis d’un entrepreneur noir en 2021.

Fonder une entreprise, travailler à temps plein comme ingénieure tout en élevant trois enfants, c’est le portrait de vie de l’entrepreneure Christelle Biteghe. C’est à coup de sacrifices qu’elle jongle entre ses deux métiers pour parvenir à subvenir aux besoins familiaux et maintenir le développement de son entreprise d’accessoires ethniques Waly Access.  

  • 38 ans, originaire du Gabon, arrivée au Québec en 2002  
  • Propriétaire et designer de la boutique d’accessoires en ligne Waly Access depuis 2012  
  • Entreprise située à Victoriaville  
  • Ingénieure de formation - Études en génie mécanique à l’Université de Québec à Trois-Rivières    

Quels sont les principaux défis lorsqu’on est une entrepreneure femme et noire?

Pour ma part, c’est encore une petite entreprise et je fais tout. À Victoriaville, j’ai mon atelier dans mon sous-sol. J’ai seulement une couturière qui travaille avec moi et qui m’aide de temps à autre, mais je m’occupe du reste!  

J’ai aussi trois enfants. Ma dernière est âgée de 20 mois. Je dois travailler en plus de mon entreprise pour subvenir à leurs besoins. Faire les deux, c’est vraiment dur avec une famille. Je suis très active, mais à un moment donné, le corps ne répond plus. Le pire c’est que je ne suis pas la seule à avoir un travail, une entreprise et des enfants. Souvent comme femme, c’est le sacrifice qu’il faut faire.

L’autre chose, c’est que je suis issue de l’immigration. Je suis venue avec une culture et en tant qu’immigrante, on ne connaît pas les programmes auxquels on a droit pour bien démarrer et on ne sait pas comment aller chercher de l’information. Ça m’a pris du temps pour savoir comment créer un plan d’affaires, monter un site web, créer un réseau ou des occasions d’affaires... 

Est-ce un défi d’avoir établi ton entreprise d’accessoires ethniques à Victoriaville?

Pour vous dire la vérité, ma clientèle n’est pas à Victoriaville! Dans les petites villes, comme ici, c’est très difficile pour moi de vendre mon produit. J’offre des accessoires à partir de wax (tissu africain) comme des bijoux et je crois que les gens ici ne sont pas encore habitués à ce type de design. J’ai essayé d’entrer dans plusieurs boutiques et c’était compliqué. Les propriétaires de boutique me disaient que c’était beau et coloré, mais je voyais bien le manque d’intérêt.

Mes produits se retrouvent aussi sur le site web pour les artisans québécois Etsy. Le problème avec Etsy, c’est qu’ils favorisent les entreprises selon l’emplacement. Je suis donc désavantagée, car la clientèle de Victoriaville qui achète mes produits, représente qu’une très, très minime partie. 

GEN-CHRISTELLE-BITEGHE
Andréanne Lemire/Agence QMI

Comment as-tu fait pour te faire connaître à ce moment-là?

J’ai dû me tourner vers Montréal. C’est là que se trouve ma clientèle cible. Je me déplace et je participe à des salons et j’ai mon propre site web pour élargir ma clientèle. C’est comme ça que j’ai pu continuer à faire vivre mon entreprise. Je me rends très souvent en ville pour des événements qui mettent en lumière le savoir-faire du design africain et franchement, ça m’a aidé. 

Comment as-tu réussi à financer les débuts de Waly Access?

J’ai commencé avec mes économies. Je n’avais jamais fait de bijoux avant et j’ai dû acheter le matériel pour m’exercer. En vendant mes produits, je réinjectais mes profits pour pouvoir acheter davantage de matériel.

Au fil des années, ça a grossit et grossit et j’ai pris l’habitude de toujours réinjecter mes profits dans la compagnie. Dans le futur j’aimerais grandir, mais je vais devoir aller chercher de l’aide financière.

Justement, quelles sont les prochaines étapes de la compagnie?

Je sais que pour développer le potentiel de Waly Access, je dois aller chercher de l’aide, que ce soit le soutien d’une banque ou le soutien d’investisseurs et je n’aurai pas le choix d’obtenir ces ressources pour grandir. 

Comme ingénieure, j’ai pu diminuer mes heures à 20 heures par semaine. J’ai travaillé à temps plein durant huit ans et je ne dormais même pas six heures par nuit. J’ai décidé de ralentir la cadence en travaillant à temps partiel et en consacrant plus de temps à ma compagnie pour progresser.

Portrait de Christelle Biteghe dans son atelier pour des accessoires de Waly Access, à Victoriaville vendredi le 29 janvier 2021. 
ANDREANNE LEMIRE / AGENCE QMI
Andréanne Lemire/Agence QMI
Portrait de Christelle Biteghe dans son atelier pour des accessoires de Waly Access, à Victoriaville vendredi le 29 janvier 2021. ANDREANNE LEMIRE / AGENCE QMI

Il y a une fébrilité autour des mouvements #buyblack et #blackowned. Est-ce que ça te donne espoir pour l’entrepreneuriat noir?

Oui. Ces mouvements autour du Black Lives Matter ont propulsé beaucoup d’entrepreneurs noirs. Je le vois : les choses sont en train de changer et de plus en plus d’hommes et de femmes noirs décident de se lancer en affaires et c’est tant mieux! Mais je ne veux pas que ce soit juste un mouvement. Ça devrait être comme ça tous les jours.

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