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Transat condamnée à piquer du nez si Air Canada prend les commandes

Le ministre fédéral des Transports Omar Alghabra a fixé des conditions peu sévères à l’acquisition de Transat par Air Canada. En effet, dans 5 ans, cette dernière pourra faire disparaître toute trace du transporteur québécois.
Photo tirée de Facebook Le ministre fédéral des Transports Omar Alghabra a fixé des conditions peu sévères à l’acquisition de Transat par Air Canada. En effet, dans 5 ans, cette dernière pourra faire disparaître toute trace du transporteur québécois.

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Ça augure mal pour l’avenir de Transat, ses employés, ses fournisseurs et ses clients. Vraiment mal !

Chose certaine, il ne faut pas compter sur les « conditions » imposées à Air Canada dans le décret fédéral approuvant l’acquisition de Transat pour assurer l’avenir à long terme de notre chef de file au Canada dans le voyage vacances. 

En effet, le ministre des Transports, Omar Alghabra, n’exige d’Air Canada que de conserver pendant seulement cinq ans « un siège social pour l’entreprise Transat dans la province de Québec et la marque Transat pour les activités de Transat ».

Cela signifie qu’après cette période de « cinq ans », Air Canada a la liberté de faire carrément disparaître non seulement la marque de commerce de Transat, mais également le siège social de Transat à Montréal. 

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

Plancher d’emploi ridicule

Autre « condition » qui m’apparaît déraisonnable de la part du gouvernement Trudeau, c’est celle portant sur le plancher d’emplois à conserver chez Transat.

Ottawa exige : « Un niveau minimum d’emploi de 1500 employés dans le cadre des activités de tourisme de loisirs combinées d’Air Canada et de Transat serait maintenu pendant deux ans suivant la fermeture [la clôture de la transaction]. Cet engagement serait maintenu indépendamment des développements liés à la pandémie ou d’autres développements qui pourraient avoir des répercussions négatives sur le secteur aérien au cours de cette période de deux ans ».

Le hic ? Transat, à elle seule, compte 5000 employés.

Pour justifier la condition du « niveau minimum d’emploi de 1500 employés », Transports Canada rajoute : « Le niveau d’emploi dans ces domaines (tourisme de loisirs) est actuellement nettement inférieur à 1500 personnes. »

Méchante justification quand on sait qu’en raison de la suspension temporaire des vols vers les destinations vacances qui a été décrétée par Justin Trudeau, Air Canada et Transat ont été obligées d’effectuer des mises à pied massives d’ici la reprise des activités. 

On conviendra que le plancher des « 1500 emplois » est ridiculement inapproprié lorsque la situation aérienne va revenir à la normale.

ET LA CONCURRENCE ?

Ed Sims, le grand patron de WestJet, le deuxième plus grand transporteur aérien du pays, déplore vivement l’approbation gouvernementale de la vente de Transat à Air Canada, car le gouvernement Trudeau, dit-il, ne tient pas compte des conseils de son propre Bureau de la concurrence.

« L’élimination de la rivalité entre ces compagnies aériennes [Transat et Air Canada] se traduirait, selon le Bureau de la concurrence, par une augmentation des prix, une diminution des choix et des services, et une réduction importante des déplacements des Canadiens sur diverses routes où leurs réseaux existants se chevauchent. »

« Il est difficile d’imaginer une entente aussi anticoncurrentielle au sein d’une industrie où le joueur numéro un [Air Canada] achète le joueur numéro trois [Transat] sans recours importants, conclut M. Sims. »

LA SOLUTION PÉLADEAU ?

Pour que Transat devienne officiellement propriété d’Air Canada, il faut également l’approbation de la Commission européenne, dont la décision est prévue d’ici la fin juin, à la suite d’une prorogation de la date butoir du 15 février 2021.

À moins d’une nouvelle entente entre Transat et Air Canada sur une date butoir ultérieure, l’une ou l’autre peut mettre fin à la Convention d’arrangement.

Dans sa lettre ouverte « Sauvons Transat, ensemble », Pierre Karl Péladeau a réitéré samedi dernier son grand intérêt pour acheter Transat. En décembre dernier, il avait déposé une offre concurrentielle à celle d’Air Canada, mais le conseil d’administration de Transat avait mystérieusement refusé de la soumettre aux actionnaires de Transat.  

« Pour celles et ceux qui en doutent, écrit M. Péladeau, j’ai les moyens de mon ambition et je souhaite reprendre Transat pour que les Québécoises et les Québécois puissent continuer de bénéficier du choix que la concurrence procure. »

Qu’attend le gouvernement Legault pour l’appuyer dans le sauvetage de Transat ?