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CPE: le livre blanc du ministre Lacombe

Mathieu Lacombe
Photo d'archives, Agence QMI

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Signe des temps, une bourde accessoire de Paul St-Pierre Plamondon a fait plus parler la semaine dernière qu’un surprenant aveu d’échec qui aura, lui, des conséquences bien concrètes dans la vie de gens qui votent et qui payent des taxes.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, s’était engagé en février 2019 à créer 13 500 places en centres de la petite enfance dans un délai de 18 à 24 mois. Il l’avait fait devant un parterre de journalistes sceptiques, considérant la priorité accordée par le gouvernement à la création de maternelles 4 ans. À l’engagement, 2500 places seraient ajoutées l’année suivante, pour un total dépassant les 16 000.

Bilan, maintenant que le délai est dépassé? 2022 places ont été réalisées pour les enfants. Pire encore, 2127 places avaient été attribuées à des organismes du milieu pour développer des CPE, mais ont été retournées au ministère parce qu’on n’était tout simplement pas capable de venir à bout de toutes les conditions pour y parvenir. Selon l’Association québécoise des centres de la petite enfance, il faut franchir 17 étapes bureaucratiques avant de pouvoir réaliser un projet.

Et que nous a répondu le ministre responsable devant l’échec de son engagement? Le système ne marche plus! Et c’est à cause des gouvernements précédents, par-dessus le marché!

C’est étrange, parce que les libéraux en avaient eux-mêmes créé 3400 dans les deux dernières années de leur mandat...

Un livre blanc ?

Au même moment, plus de 50 000 tout-petits sont en attente d’une place dans les CPE, une situation empirée par le décrochage massif des responsables des services de garde en milieu familial. Plus de 1100 de ces milieux ont fermé depuis deux ans, dont 800 depuis le début de la pandémie. Ça crée un manque à gagner de plus de 7000 places, dans un réseau de service de garde qui en compte à peu près 91 000.

Bref, on est sérieusement en dessous, la situation est urgente, et que propose le ministre pour régler la situation ? A-t-il des idées pour alléger les processus, réduire les conditions financières pour avancer les projets et mieux accompagner les groupes de la base qui veulent contribuer ?

Non. Le ministre propose de tenir une consultation au printemps devant mener à la publication d’un livre blanc à l’automne.

Il faut quand même être mal pris. En trente ans à suivre la politique, je ne me souviens pas d’avoir vu un ministre avouer qu’il ne sait pas comment réaliser une de ses propres promesses. On croirait voir une tortue retournée sur son dos.

Blâmer l’ancien gouvernement

Mais on peut être rassurés, parce que Mathieu Lacombe nous dit des phrases savantes comme « on ne peut plus faire comme il y a 20 ans ».

C’est vraiment dommage, parce que, il y a 20 ans, on créait 10 000 places par année pour mettre le réseau en place. Les libéraux, dans leur dernier mandat, en ont créé 9000. Et encore, ils étaient réputés pour ne pas aimer les CPE, ceux-là.

Assurément, le problème s’est manifesté depuis l’arrivée de M. Lacombe au ministère davantage que sous n’importe quel autre ancien gouvernement. 

Mais bon. Le chef de la CAQ, doyen de l’Assemblée nationale, a assez vu Jean Charest à l’œuvre pour enseigner à son jeune ministre que, un coup mal pris, on peut toujours blâmer l’ancien gouvernement !