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Un ancien de la LNH à la recherche d’un toit

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Photo d'archives Jocelyn Guèvremont a passé ses trois premières saisons dans la LNH avec les Canucks de Vancouver.

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La vie après le hockey n’est pas toujours un jardin de roses. C’est particulièrement vrai pour les joueurs qui ont joué à l’époque où ils étaient à la merci des propriétaires.

Ceux-là ont dû se trouver du travail après avoir fait carrière sous les feux de la rampe. Ils faisaient comme tout le monde en mettant de l’argent de côté pour leurs vieux jours. Car il leur fallait plus que les prestations qu’ils perçoivent de la caisse de retraite de la Ligue nationale pour jouir d’une bonne sécurité financière.

Repêché après Lafleur et Dionne

Jocelyn Guèvremont
Photo courtoisie, Jocelyn Guèvremont
Jocelyn Guèvremont

Les amateurs qui ont connu le hockey de la fin des années 1960 au début des années 1980 se souviennent de Jocelyn Guèvremont. L’ancien défenseur était l’un des joueurs clés des deux grandes éditions du Canadien junior qui ont remporté la coupe Memorial en 1969 et 1970.

On retrouvait au sein de ces équipes dirigées par Roger Bédard des noms connus comme Gilbert Perreault, Marc Tardif, Richard Martin, Réjean Houle, Jean-Pierre et Paulin Bordeleau, Ian Turnbull, Bobby Lalonde, Michel Dion et plusieurs autres.

Guèvremont était hautement coté par les organisations de la Ligue nationale. La preuve : en 1971, il fut sélectionné au troisième rang du repêchage de la Ligue nationale par les Canucks de Vancouver, après Guy Lafleur et Marcel Dionne.

En 1972, il fut retenu par Équipe Canada en prévision de la Série du siècle, avec cinq autres jeunes joueurs de la LNH qui étaient Dale Tallon, Brian Glennie, Perreault, Martin et Dionne.

Seul Perreault prit part à des matchs (un but et une mention d’aide en deux rencontres), mais l’expérience fut inoubliable pour chacun d’eux.

Établi en Floride

Résidant en Floride depuis 26 ans, Guèvremont a perdu récemment l’emploi qu’il occupait dans un club de golf de Deerfield Beach. C’est un ami commun qui nous a mis en contact.

Il habite à l’hôtel actuellement, mais le tarif préférentiel dont il bénéficiait à titre d’employé du complexe prend fin le 1er mars, qui coïncide avec son 70e anniversaire de naissance. 

Guèvremont lance donc un appel aux Québécois propriétaires d’une maison mobile en Floride.

« Ce serait pour une période de six à huit mois, le temps de retomber sur mes pattes », dit-il.

« Je n’ai pas un gros budget, mais ça pourrait aider une personne qui possède une maison mobile en Floride à payer ses frais pour l’année. 

« Ça pourrait être n’importe où entre Deerfield Beach et Hollywood. »

Plus nombreux qu’on pense

Guèvremont n’est pas un cas isolé. Les anciens joueurs aux prises avec des problèmes financiers sont plus nombreux et même plus jeunes dans certains cas qu’on peut le penser.

Le Montréalais d’origine ne s’étend pas sur ses difficultés, lui qui est père de deux garçons vivant à Sainte-Rose et à Sainte-Thérèse. Or, ça prend une grosse dose d’humilité pour demander de l’aide comme il le fait. Mais il n’en veut pas au sport qui l’a fait vivre.

« Avec le Canadien junior, les joueurs touchaient une allocation hebdomadaire de 50 $ », raconte-t-il.

C’était très peu quand on sait que le petit Canadien, comme on le surnommait, remplissait le Forum.

« Mon premier contrat professionnel avec les Canucks m’a rapporté 19 000 $ la première saison (1971-1972) et 21 000 $ la deuxième année », continue-t-il.

« Puis, l’Association mondiale a vu le jour. C’est la plus belle chose qui pouvait arriver aux joueurs de la Ligue nationale. Mon salaire a grimpé à 62 000 $ à ma troisième saison à Vancouver.

« Plus tard, Jacques Demers, qui travaillait pour les Cougars de Chicago, l’équipe de l’AMH qui détenait mes droits, m’a appelé pour me demander combien il en coûterait pour me sortir de Vancouver. Je lui ai répondu le double du salaire que je touchais avec les Canucks. Ils (les Cougars) ont refusé. Ça s’est arrêté là. »

L’école du Canadien

À sa quatrième saison à Vancouver, Guèvremont a été échangé aux Sabres de Buffalo, où il a retrouvé Gilbert Perreault, Richard Martin et Normand Gratton avec qui il avait remporté les deux championnats juniors canadiens consécutifs.

Les Sabres misaient aussi sur René Robert, Trifluvien d’origine qui complétait la fameuse « French Connection » avec Perreault et Martin.

« On était aussi forts que le Canadien en 1975 (qui fut d’ailleurs éliminé par les Sabres en demi-finale cette année-là), mais on n’avait pas l’instinct du tueur », dit-il.

« C’était ce qui distinguait le Canadien des autres équipes dans ce temps-là. »

Guèvremont relate d’ailleurs une anecdote témoignant de l’esprit qui animait le Tricolore, à l’époque.

« Un soir que notre gardien Gary Smith nous avait permis de vaincre le Canadien à Vancouver, Pete Mahovlich plaisantait avec un ami à l’extérieur du vestiaire après le
match », se souvient-il.

« Henri Richard l’avait sommé de retourner au vestiaire en lui disant : « Tu riras quand on gagnera ».

Pollock voulait un « Big Four »

Guèvremont est venu près de jouer avec le Canadien.

« Plusieurs années après la transaction qui m’avait fait passer des Canucks aux Sabres, Claude Ruel m’a dit que Sam Pollock voulait m’avoir à Montréal », mentionne-t-il. 

« On avait le Big Three avec Savard, Lapointe et Robinson, m’avait raconté Claude, mais on voulait un Big Four. Avec ton talent brut, tu étais aussi bon que les trois autres. Il te restait à apprendre à bien jouer ta position, m’avait-il dit. »

De son propre aveu, Guèvremont avait des lacunes défensives.

« J’avais un bon tir et je passais bien la rondelle, mais personne ne m’a montré à faire les bonnes choses en zone défensive. »

Guèvremont a terminé sa carrière avec les Rangers de New York. Une blessure à une jambe l’a forcé à accrocher ses patins après neuf saisons chez les professionnels.

Il a ensuite touché au coaching avec la formation de Boisbriand dans la Ligue midget AAA, les Voltigeurs de Drummondville de la LHJMQ, et les Royals de Cornwall de la Ligue de l’Ontario, où il a dirigé Doug Gilmour, Ray Sheppard et Jim Kyte.

Pas mal comme parcours.   

  • Les gens qui voudraient aider Jocelyn Guèvremont à se loger peuvent l’appeler ou lui envoyer un message texte au (786) 459-6749, ou lui écrire en privé sur sa page Facebook.