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La gauche «woke», alliée du trumpisme

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Malgré les déboires du Parti républicain, certains éléments de la gauche américaine demeurent les alliés objectifs de l’extrême droite trumpiste.

Les événements du 6 janvier et leurs suites ont révélé une fracture dans le Parti républicain et des divisions dans la droite qui devraient réconforter les démocrates et réjouir ceux et celles qui se désolent du cirque qu’est devenue la politique américaine.

C’est toutefois sans compter sur certains éléments de la gauche « woke » qui, malgré les meilleures intentions du monde, contribuent à renforcer la droite réactionnaire et le trumpisme.

Culture du bannissement

Cette tendance n’est pas unique aux États-Unis, bien sûr. On vit aussi chez nous les effets de ce mouvement qui, au nom du redressement de torts réels subis par certains groupes, s’empare de bribes de pouvoir à sa portée pour ostraciser les symboles de la culture dominante et faire taire toute voix qui indispose.

Chez nous, les controverses exposées à l’Université d’Ottawa et ailleurs ne sont que la pointe de l’iceberg. Quand des administrateurs ou des politiciens mollassons cèdent aux demandes saugrenues des chevaliers de la rectitude politique, ça ne peut que faire l’affaire de la droite.

Le phénomène est présent dans toutes les sociétés occidentales, dont les États-Unis.

  • Écoutez le spécialiste de la politique américaine Luc Laliberté sur QUB radio:

Renommer l’Histoire

San Francisco est l’une des villes américaines les plus à gauche et il n’est pas étonnant d’y retrouver des manifestations particulièrement loufoques de ce qu’on surnomme le « wokisme ». 

La commission scolaire de l’endroit a récemment décidé de renommer 44 de ses écoles, nommées pour des personnages aussi « problématiques » que George Washington, Thomas Jefferson ou Abraham Lincoln. Ce même organisme a aussi convenu qu’il faudrait éliminer l’usage des acronymes, qui génèrent parfois de la confusion pour les non-anglophones. 

Si on oublie le coût exorbitant de ces changements, alors que les budgets pourraient aider les communautés minoritaires qui ont un besoin criant de services et d’infrastructures, ces mesures provoqueront inévitablement l’ire de la majorité et la braqueront contre d’autres initiatives qui favoriseraient réellement l’inclusion des groupes minoritaires.

Attiser la polarisation

La « guerre culturelle » est l’une des principales sources de mobilisation de l’extrême droite trumpiste. Le révisionnisme culturel qui anime une frange marginale du Parti démocrate est un repoussoir remarquablement efficace pour la masse d’électeurs culturellement conservateurs qui bénéficieraient objectivement des politiques économiques et sociales égalitaires de ce parti.

Les divisions internes parmi les républicains vont s’accentuer dans les prochains mois, alors que le parti devra choisir entre ce qui reste des idéaux de ses fondateurs et le populisme xénophobe et autoritaire attaché au culte trumpiste.

Le Parti démocrate devrait normalement pouvoir capitaliser sur ces divisions d’ici aux prochaines législatives de 2022 en misant sur des politiques de centre gauche qui font vraiment une différence dans la vie des gens. Il y a toutefois fort à parier que le genre d’aberration dont on a été témoin à San Francisco, sur des enjeux qui n’ont aucune portée concrète, restera un boulet à son pied.