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L’arrêt de mort du docteur Arruda

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Si le docteur Horacio Arruda a ressuscité les tartelettes portugaises, il vient peut-être de signer l’arrêt de mort de nos salles de cinéma. 

Sans popcorn et sans les innombrables cochonneries qu’on y vend à prix d’or, les salles se retrouveront avec d’autres malheureuses dépouilles dans la fosse commune que creuse la pandémie. Des victimes collatérales, comme on dit, puisque ce n’est pas le virus qui les aura achevées, mais l’interdiction d’y vendre du popcorn. 

Ironie de l’histoire, le popcorn avait sauvé le cinéma lors de la grande crise économique des années 1930. Au début du cinéma, les cinéphiles devaient laisser au vestiaire manteaux, chapeaux et sacs de popcorn qu’ils avaient achetés dans la rue. Le popcorn était interdit dans les salles pour ne pas casser les oreilles des cinéphiles. De muet, le cinéma est devenu parlant. Les bruits de bouche étant désormais couverts par les sons du film, les Guzzo de l’époque découvrirent que le popcorn pouvait être une excellente source de revenus.

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Le popcorn devint donc inséparable du cinéma. Avec le temps, les exploitants y ajoutèrent les eaux gazeuses, le chocolat, les chips, les bonbons, puis les hamburgers, les pointes de pizza, les gâteaux, etc., etc., jusqu’à ce que tout ce « junk food » constitue la moitié de leurs revenus. Les gens allaient désormais au cinéma pour se bourrer la face. Cela tiendra de l’exploit si on est obligé de porter un masque !

UNE PREUVE INDISCUTABLE

L’an dernier, au grand dam de mon ami Patrick Roy, président des Films Séville et de la distribution d’Entertainment One, j’ai écrit une ou deux chroniques appréhendant la mort prochaine des salles. Qu’elles ne puissent survivre sans popcorn et sans « junk food » constitue une preuve incontestable que la plupart n’ont plus leur raison d’être.

Elles ne mourront pas toutes. Les blockbusters tonitruants continueront encore longtemps de faire léviter les spectateurs dans des salles « hi tech » munies d’un équipement sophistiqué. Les cinémas d’art et d’essai comme celui du Musée, comme le Beaubien et quelques autres à Montréal et en province continueront d’accueillir les cinéphiles qui ne peuvent « vivre » pleinement le septième art autrement qu’en compagnie de quelques-uns de leurs semblables. Ces irréductibles s’imaginent encore que le cinéma est un art vivant.

Quant au commun des mortels (comme moi), ils ont profité de la pandémie pour équiper leur foyer d’un appareil de télévision intelligent, d’un grand écran et d’un ou plusieurs services par contournement. D’ici à quelque temps, peut-être moins d’un an, producteurs et distributeurs de films comprendront que le délai obligatoire de quelques semaines (ou quelques mois selon les pays) entre la sortie d’un film en salle et sa disponibilité sur tous les autres supports de diffusion est une mesure de protection antédiluvienne. 

Qu’ils reconnaissent enfin que le cinéma n’a pas besoin d’une salle. Il a seulement besoin de magie.

CE CHER RAYMOND LÉVESQUE

À son retour de Paris après la grève des réalisateurs de Radio-Canada en 1958, Raymond Lévesque, Marcel Dubé et moi avons formé un trio inséparable, porté davantage, je le confesse, sur les virées nocturnes que sur la chanson et l’écriture. Puis la grande chaîne de la vie et les crises du foie nous ont assagis. 

Sans que nous l’ayons cherché, notre amitié s’est effilochée lentement, puis je n’ai eu avec Raymond que de rares rencontres et quelques lettres éparses, que je conserve précieusement, car elles parlent d’un meilleur temps...