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De Jonquière au sommet du monde de la boxe

SPO-ENTRAÎNEMENT DE JEAN PASCAL
Photo d'archives Agence QMI, Sébastien St-Jean

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L’entraîneur de boxe Stéphan Larouche a donné 35 ans de sa vie à ce sport et il est loin d’en avoir terminé, alors qu’il est toujours aux côtés de Jean Pascal, actuel champion régulier WBA des lourds légers.

L’orgueil de Jonquière, qui a atteint les plus hauts sommets de la boxe professionnelle, et ce, plus d’une fois, ne s’imaginait pas connaître une telle carrière lorsqu’il a commencé à diriger des boxeurs alors qu’il était adolescent, au début des années 1980.  

Invité à l’émission JiC vendredi, le réputé entraîneur a raconté ses débuts dans ce sport, avant de revenir sur les moments marquants qui restent dans sa mémoire autant que dans celle des amateurs de boxe d’ici.

«C'est étrange, comment ça a commencé, mais ce n'était pas un plan de carrière du tout», a-t-il d’abord admis.

Joueur de hockey, Larouche boxait pour le plaisir avec des amis, dans un garage. Puis, l’un de ses amis s’est joint au club de boxe de Jonquière. Un peu plus tard, Larouche y entrait lui-même.

«À l'automne 79, j'ai fait mon premier combat au club de boxe à Jonquière. Je pesais 71-72 livres», s’est-il souvenu en souriant.

Mais rapidement, il a réalisé que le combat en tant que tel, ce n’était pas trop pour lui.

«Je suis tombé en amour avec le sport, mais plus le sport lui-même que le fait d'en faire moi-même, a-t-il expliqué. Quand j'avais un combat, je n'aimais pas ça. J'haïssais ça au bout. Mais j'aimais aider les autres, je comprenais la game. Je voyais ce qui se passait devant moi.» 

«Je me souviens d'avoir boxé avec Joe Gatti [frère du célèbre Arturo] à mon cinquième combat, a-t-il poursuivi. Je le trouvais bon et je le trouvais beau. Il faisait des moves devant moi et je me disais "wow, je connais même pas ce move-là". Je trouvais qu'il bougeait bien et je me disais qu'il allait devenir bon. Je pensais à tout ça à mesure que je boxais. Graduellement, le boss du gymnase m'a dit que j'avais peut-être une tête d'entraîneur.»

En fait, Larouche était si critique et analytique des autres boxeurs que le patron du club a fini par s’impatienter.

«Un peu plus tard, il m'a dit "si t'es si bon que ça, pourquoi tu ne te pars pas un groupe de débutants?" C'est ce que j'ai fait et dans ces débutants-là, il y avait un petit gars qui s'appelle Stéphane Ouellet qui est devenu assez bon rapidement, a-t-il expliqué. Ça m'a aussi donné la piqûre. Et puis ensuite, il y a eu Yvon Michel qui suivait Stéphane et qui voulait nous aider à le développer, et là, ça a été une histoire exponentielle.»

Larouche, avant même ses vingt ans, était déjà un entraîneur. Souvent auprès de boxeurs plus vieux que lui. Mais la route était encore longue devant lui... même s’il ne le savait pas trop et s’en tenait à faire de son mieux, prendre du plaisir et engranger de l’expérience.

«Quand on allait se battre à Montréal, on prenait l'autobus voyageur et on débarquait au terminus à Berri-De Montigny (à l'époque), et puis on prenait le métro pour se rendre au Centre Pierre-Charbonneau, où il y avait des gars de Montréal qui nous attendaient pour se battre contre nous, les touristes de Jonquière!» a-t-il relaté. 

«Je me rappelle que dans le coin d'un de nos adversaires, il y avait Abe Pervin, a-t-il ajouté. Je savais que c'était un entraîneur aux Olympiques de 1976, alors je n'étais pas battu d'avance, mais j'avais une petite idée que le gars partait avec une longueur d'avance. Je voyais ses culottes de boxe, la marque de son linge et je me disais qu'on n'était pas dans la même ligue.»

Plus tard, Larouche aura la chance de travailler aux côtés de Pervin, d’ailleurs. Une autre grande expérience qui a marqué son parcours.

Très soutenu à Jonquière, où son club et ses boxeurs génèrent beaucoup de fierté, Larouche se retrouve dans un «engrenage» qui le mène loin, comme ses boxeurs.

Des talents rares

Et des boxeurs, il en a dirigé des très bons. Stéphane Ouellet, Éric Lucas, Lucian Bute, Jean Pascal... des talents rares, qui en ont mis plein la vue aux amateurs de boxe et qui ont raflé des ceintures au passage.

«Stéphane Ouellet, c'est lui qui m'a fait connaître, ça a été dans les plus beaux moments de ma carrière amateur, a-t-il souligné. Oui, les Olympiques [en 2004], c'était magique, mais si les gens avaient vu Stéphane Ouellet chez les amateurs... à 17-18-19 ans, il était tellement bon! On était en Europe et on battait tous les boxeurs de la planète. Je n'avais pas besoin de savoir contre qui il se battait. Je savais qu'il allait gagner!»

Larouche a aussi vécu des moments intenses auprès d’Éric Lucas, qui, selon ses dires, lui a fait verser ses premières larmes en boxe professionnelle.

«Il y a eu Éric Lucas qui a travaillé dur, qui a bûché fort, qui a eu des vraies embûches d'athlète, s’est-il rappelé. Il a été blessé, il n'a jamais lâché. Il était résilient. Il regardait ses vidéos de "Rudy" et se disait qu'un jour, ça allait être lui. Et ça marche. Éric Lucas est devenu champion du monde.»

Puis, au milieu des années 2000, il y a eu Lucian Bute. Mais ça ce moment-là, son approche avait un peu changé.

«Lucian Bute, je l'ai vécu avec plus d'expérience et je me mettais en retrait lors de ses grands moments, a-t-il observé. Je voulais qu'il vive son moment, moi, j'avais vécu le mien.»

Maintenant, c’est Pascal, qu’il a retrouvé en 2015 après avoir travaillé avec lui aux Olympiques de 2004.

«Jean Pascal, c'est un défi, a-t-il lancé. On reprend une ride ensemble, la marge de manœuvre est pas très grande, nos chances de réussite ne sont pas si grandes que ça, mais si on travaille fort et qu'on y croit, on a encore de bonnes chances.»

Et le pari a fonctionné, alors que Pascal est redevenu champion du monde à l’été 2019.

Bref, l’approche de Larouche, tout au long de sa carrière, aura globalement été la bonne.

«Il y a comme une progression naturelle, là-dedans, qui est belle», a-t-il d’ailleurs observé.

Le moment le plus marquant, cela dit, est sans doute la fameuse trilogie de combats qui avait opposé Ouellet à Dave Hilton, au tournant des années 2000.

«C'était plus gros que tout ce qu'on a vu dans les dernières années au Québec, a-t-il analysé. Il y a peut-être Pascal-Bute qui a été... pas aussi gros parce que c'était un peu tard [dans leur carrière]. Mais Hilton-Ouellet, on sentait que c'était l'ancienne gang contre la nouvelle gang, le français, l'anglais, les 2000 personnes à l'entraînement public à Blue Bonnets.»

Non, ce ne fut pas ennuyant.