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Déjà la fin pour de nouveaux préposés

Des « préposés à Legault » témoignent de leur désillusion moins d’un an après avoir rêvé d’une nouvelle vie

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Précision sur le terme «embauchés »  

Dans notre édition du vendredi 19 février, nous avons présenté un reportage sur les nouveaux préposés aux bénéficiaires. En page une, nous avons résumé dans un titre qu’il «reste 6400 sur les 9500 préposés embauchés». Le ministère de la Santé, qui nous avait fourni ces chiffres, estime toutefois que nous n’aurions pas dû utiliser le terme «embauchés», car les 9500 préposés n’étaient pas embauchés au sens où on l’entend dans la fonction publique, bien qu’ils avaient tous signé un contrat en ce sens avec le gouvernement avant de commencer leur formation. Il aurait sans doute été mieux d’utiliser les termes «pré-embauchés » ou « recrutés», bien que le résultat soit un peu le même : il ne reste plus que 6400 des 9 500 préposés de la première cohorte qui ont débuté la formation. Ils font partie des 10 000 travailleurs qui ont été promis pour venir à la rescousse des CHSLD où on dénombre des milliers de morts après bientôt un an de pandémie. Nous tenions à faire cette précision étant donné une déclaration publique de l’actuel ministre de la Santé Christian Dubé. 


Avec l’intimidation et les conditions de travail déplorables, la situation est devenue intenable pour le tiers des 10 000 « PAB à Legault », qui ont déjà jeté l’éponge après six mois.

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« Je ne veux plus rien savoir de travailler pour un CISSS. C’est vraiment inhumain comme organisation », lance Marie-Neige Létourneau, une préposée aux bénéficiaires (PAB) de Lévis, sur la Rive-Sud de Québec, qui a suivi la formation accélérée l’été dernier.

Désireuse d’aider son prochain, elle avait sauté avec enthousiasme dans l’aventure. Mais ça s’est gâté lorsqu’elle est entrée en CHSLD. 

« On était les “PAB à Legault”, mis de côté, toujours envoyés sur les cas les plus difficiles. Il y avait beaucoup d’intimidation par d’anciennes préposées : je me faisais bousculer, regarder de haut, on me reprochait même d’avaler de travers », relate-t-elle, encore émotive.  

Marie-Neige Létourneau a suivi la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires, mais elle est partie en burn-out avant même de terminer sa probation en raison de l’intimidation et des conditions de travail déplorables.
Photo stevens leblanc
Marie-Neige Létourneau a suivi la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires, mais elle est partie en burn-out avant même de terminer sa probation en raison de l’intimidation et des conditions de travail déplorables.

Pas une exception

Des témoignages comme celui-ci ne sont pas rares. Des groupes ont été créés par ces nouveaux préposés sur les réseaux sociaux pour dénoncer des situations récurrentes ou même discuter du meilleur moment pour démissionner. 

Même si la situation ne semble pas s’être généralisée à l’ensemble des nouveaux PAB, le président de la Fédération de la santé et des services sociaux, Jeff Begley, confirme qu’elle est préoc-cupante.

Jeff Begley, représentant syndical
Photo courtoisie
Jeff Begley, représentant syndical

Selon les données du ministère de la Santé obtenues par Le Journal, 68 % des futurs préposés inscrits à la formation l’été dernier, au sein de la première cohorte, travaillent encore.

« Si ça continue comme ça, il va falloir en embaucher 10 000 autres l’an prochain ! » soupire M. Begley.   

  • Écoutez le témoignage de l’ex-préposée aux bénéficiaires Marie-Neige Létourneau à QUB radio   

Burn-out

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, voit toutefois les choses d’un autre œil.

« Nul ne pourrait remettre en question le succès du programme de préposés en CHSLD qu’a mis notre premier ministre sur pied », a-t-il fait savoir par le truchement de son attachée, Marjaurie Côté-Boileau.

Pourtant, l’ambiance de travail houleuse, ajoutée aux conditions de travail, a conduit Mme Létourneau à un épuisement professionnel avant la fin de sa probation.

Comme elle, plusieurs ont décidé de quitter leur travail pour ces raisons. « On m’obligeait parfois à faire seule une tâche qui demandait d’être au moins deux, d’après le plan de travail. C’était rendu dangereux pour moi ! » rapporte une autre PAB démissionnaire, qui a requis l’anonymat. 

Cette dernière tente de contester le remboursement de la bourse de 9000 $ qui lui a été remise pour la formation, puisque son employeur ne lui a pas fourni un environnement de travail convenable, malgré ses demandes répétées.    

  • Écoutez la chronique politique de Caroline St-Hilaire et Antoine Robitaille au micro de Benoît Dutrizac:    

Un tiers a abandonné le navire   

  • Candidats de la première cohorte : 9451  
  • Candidats toujours en poste : 6438*  
  • Candidats de la première cohorte qui ont abandonné la formation, qui ont démissionné ou qui ont été renvoyés : 3013  
  • Taux de rétention : 68 %   

* Une deuxième cohorte a permis d’ajouter 1163 préposés supplémentaires en CHSLD.

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), en date du 9 février 2021