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Exercer son humanité pour contrer les dérapages

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C’est avec déception qu’a été accueillie l’annonce du report de l’enquête publique sur l’hécatombe dans le CHSLD Herron. Vu les atrocités commises, c’est compréhensible.

Mais si l’on souhaite sincèrement protéger nos aînés d’autres dérives assassines, il vaut mieux ne pas fonder trop d’espoir dans les conclusions de la coroner. Son rapport contiendra assurément une série de recommandations intéressantes sur les processus organisationnels ou les mécanismes de contrôle.

Ces recommandations seront toutefois inutiles. Car ce ne sont pas les processus qui infligent des traitements ignobles aux plus vulnérables. Ce sont les personnes, certes de bonne volonté, qui les appli-quent quelquefois sans discernement.

Banalisation

Pour comprendre les comportements inhumains, il est pertinent de mobiliser le concept de la « banalisation du mal », que la célèbre philosophe Hannah Arendt a théorisé après avoir assisté au procès du criminel nazi Adolf Eichmann. Il est entendu que toute comparaison historique serait inconcevable. Mais le concept demeure particulièrement instructif.

Pour Arendt, quiconque se contente de « faire son travail » et d’obéir docilement aux ordres sans jamais s’interroger sur les conséquences de ses actes, quiconque se soumet aveuglément à l’autorité permet au mal de s’immiscer sournoisement.

Le respect des procédures est certes essentiel. C’est ainsi qu’une société arrive à de grandes réalisations. Mais toute directive doit passer par le filtre de l’humanité. Ainsi, quand la ministre McCann demandait aux CHSLD d’éviter d’envoyer à l’hôpital les patients atteints de la COVID, n’était-il pas évident que cette procédure était potentiellement mortelle ? Si oui, pourquoi l’avoir respectée ?

Bureaucratie

La bureaucratie déshumanise. Elle gomme toute notion du bien et du mal, toute moralité. Des résidents des CHSLD l’ont payé de leur vie !

Toujours exercer son humanité, maintenir une vigilance éthique constante et avoir l’audace de s’extraire du cheptel en désobéissant aux directives bureaucratiques au potentiel létal. Voilà une recommandation qu’aucun coroner n’émettra. Pourtant, elle constitue le meilleur rempart contre les dérapages !