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La distribution d'alcool artisanal freinée par la loi

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Alors que la vente en ligne devient essentielle pour bien des entreprises, des producteurs d'alcool artisanal dénoncent la Loi sur la Société des alcools du Québec qui les empêche de livrer leurs produits au Québec.

«La SAQ peut envoyer tous ses produits chez tout le monde partout au Québec par la poste et moi, je suis le producteur, je fais moi-même mes boissons alcoolisées, et je ne peux pas les rendre accessibles par ce même canal», a souligné en entrevue Nathalie Decaigny, copropriétaire du Domaine Acer, situé à Auclair dans le Témiscouata.

Sous sa forme actuelle, la Loi sur la Société des alcools oblige le titulaire d'un permis artisanal à livrer ses produits lui-même, sans intermédiaire. Ainsi, il est impossible pour un producteur d'avoir recours à un service de colis et de transport.

«À chaque conférence de presse, le premier ministre nous dit que les Québécois devraient acheter des produits québécois, il nous dit que l'on doit mettre le commerce en ligne de l'avant parce que c'est le futur. [...] Alors c'est le monde à l'envers parce qu'avec cette loi, on nous dit de livrer seulement autour de nous», a dénoncé Tony Carpinteri.

Bien que la loi existe depuis longtemps, ce n'est que récemment que le propriétaire du Vignoble Carpinteri à Saint-Ulric a découvert cette subtilité de la loi. Pour M. Carpinteri, les transporteurs comme Dicom et Postes Canada ne devraient pas être considérés comme un intermédiaire.

«Ils ne m'aident pas à vendre mon produit, ils ne font que le distribuer. Je n'ai pas d'intermédiaire», a-t-il lancé.

Plus difficile avec la distance

Selon les entreprises situées dans les régions plus éloignées, cette particularité de la loi est encore plus contraignante.

«C'est une injustice. On doit faire 1200 kilomètres pour aller porter une caisse de bouteilles de vin à Montréal, tandis que les autres vignobles qui se trouvent, disons, en Montérégie ont un bassin de 4-5 millions d'habitants autour d'eux», a souligné M. Carpinteri. «En zones urbaines, c'est déjà un problème, mais quand notre entreprise est à Auclair, dans le fin fond du Témiscouata, et que tous les bassins de population sont loin, le problème est vraiment grand», a ajouté Mme Decaigny.

Pour le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, la distance est un effectivement un enjeu. Il demande au gouvernement de faire preuve de souplesse.

«J'aimerais ça qu'au Québec, ce soit le gros bon sens qui s'applique et qu'on favorise nos entrepreneurs et nos produits locaux et que lorsqu'il y a un obstacle, qu'on le regarde ensemble et qu'on le lève, a indiqué M. Bérubé. J'aime mieux qu'on vende une bouteille de Carpinteri qu'une bouteille qui vient d'ailleurs.»

La Loi sur la Société des alcools du Québec relève du ministère de l’Économie et de l’Innovation, du ministère des Finances et de la Régie des alcools, des courses et des jeux.

Contactée par TVA Nouvelles, la Régie des alcools, des courses et des jeux indique que l'on prévoit modifier la loi à moyen terme.

«Il est prévu qu’un comité interministériel se penche sur la modernisation de cette loi, dans le cadre du Plan d’action gouvernemental en matière d’allègement réglementaire et administratif 2020-2025», a précisé Joyce Tremblay, avocate pour la Régie des alcools, des courses et des jeux.