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La PCU de Trudeau, un gros lot d’impôts pour Legault

budget Eric Girard
Photo d'archives Le ministre des Finances Eric Girard et le premier ministre du Québec, François Legault, lors du dépôt du budget, en mars 2020. La pandémie qui a immédiatement suivi a rendu les prévisions totalement obsolètes.

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À l’instar de tous les gouvernements provinciaux, le gouvernement Legault profite largement des nombreuses et alléchantes prestations que le gouvernement de Justin Trudeau a versées en 2020 aux Canadiens victimes de la pandémie de COVID-19.

Comme ces prestations sont imposables, c’est donc dire que les gouvernements provinciaux vont récupérer à même ces prestations une somme colossale en impôts sur le revenu des particuliers et en taxes provinciales à la consommation.

J’évalue à quelque 5 milliards de dollars la ponction fiscale (impôts et taxes) que le gouvernement Legault pourra percevoir sur les 36 milliards $ de prestations que le gouvernement fédéral a versés aux Québécois frappés par la COVID-19.

Outre la populaire subvention salariale d’urgence accordée aux entreprises qui gardaient leurs employés durant la crise sanitaire, voici l’éventail des prestations offertes en 2020 : la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ; la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE) ; la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) ; la Prestation canadienne de la relance économique pour proches aidants (PCREPA) ; la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE) ; les prestations bonifiées d’assurance-emploi.

Étant la province « championne » de la ponction fiscale, c’est donc le Québec qui, proportionnellement parlant, encaissera la plus grande « ristourne » provinciale sur les prestations accordées aux Canadiens en vertu du pharaonique Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19.

Ça va grandement aider le ministre des Finances Eric Girard à renflouer ses coffres. 

Et surtout lui éviter de devoir déclarer pour l’exercice financier se terminant le 31 mars prochain un déficit supérieur à celui de 15 milliards de dollars qu’il avait prévu dans sa mise à jour de l’automne dernier.

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal Journal de Québec, sur QUB radio:

La facture

Comme aucun impôt provincial ni fédéral n’a été retenu sur les prestations encaissées, une grande portion des bénéficiaires vont se retrouver avec une facture d’impôts à payer d’ici le 30 avril prochain, date limite pour produire ses déclarations de revenu de l’année fiscale 2020.

Concernant les soldes d’impôts de l’année 2020 impayés, le ministre des Finances Eric Girard a emboîté le pas à la ministre du Revenu national, Diane Lebouthillier, qui a récemment annoncé que les bénéficiaires des prestations de soutien liées à la COVID-19 n’auront pas à payer d’intérêts sur toute dette fiscale impayée de l’année d’imposition 2020 avant le 30 avril 2022.

Même traitement de faveur de la part du gouvernement Legault : « Les citoyens qui ont reçu des prestations d’aide en lien avec la COVID-19 n’auront pas à payer d’intérêt sur leur solde d’impôt 2020 pour une période d’un an. Cette mesure, précise le ministre Girard, vise à simplifier la vie de ceux qui ont été éprouvés par la pandémie. »

Entre nous, c’est bien la moindre des choses que le gouvernement Legault accepte de ne pas charger d’intérêt sur les soldes d’impôt provincial des prestataires de la COVID-19. Il est question ici d’impôt provincial que le gouvernement du Québec perçoit sur les prestations octroyées par le gouvernement fédéral.

Que le gouvernement Trudeau récupère en impôts et taxes une petite portion des centaines de milliards qu’il a accordés en soutien aux victimes de la COVID-19, c’est pleinement justifié. Après tout, c’est lui qui paye la facture.

L’erreur de Trudeau

Permettre aux provinces de percevoir de l’impôt provincial sur les prestations fédérales versées aux victimes de la COVID-19, je trouve cela carrément injuste pour l’ensemble des contribuables canadiens.

Justin Trudeau aurait tout simplement dû réduire le montant brut des prestations en fonction de l’impôt provincial qui allait être perçu.

On se serait retrouvé avec des prestations non imposables au provincial.

Qu’est-ce que cela aurait changé ?

La facture totale des prestations fédérales aurait été nettement moins élevée que la facture actuelle. C’est l’ensemble des contribuables canadiens qui en auraient bénéficié, et non les gouvernements provinciaux.