/opinion/columnists
Navigation

Le français au Québec: une langue sans pays

Manifestation Loi 101 / 11-10-06
Photo d'archives Avons-nous perdu la passion pour notre langue ?

Coup d'oeil sur cet article

Il faut boire le calice jusqu’à la lie. Autrement dit, subir année après année les statistiques du recul du français au Québec.

L’inexorable baisse du français, l’universitaire Charles Castonguay, statisticien entêté, un missionnaire en quelque sorte, l’a décrite en analysant les résultats de tous les recensements de Statistique Canada parus depuis 50 ans. Il fait paraître cette semaine son ouvrage, Le français en chute libre : la nouvelle dynamique des langues au Québec.

Dans le contexte politique actuel, marqué par la pandémie, les débats sur la langue sont des enjeux électoralistes. Le projet de loi de la ministre Mélanie Joly est déposé comme par hasard au moment où Justin Trudeau se tâte à l’idée de déclencher une élection qui lui accordera dans le meilleur des cas un gouvernement majoritaire ou le même statut minoritaire qu’actuellement. Auquel cas, son avenir à long terme dépendra de la fin de la pandémie.

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Curzi au micro de Benoît Dutrizac sur QUB radio:

Au Québec, le premier ministre Legault, dont le cabinet compte des membres que l’avenir du français n’excite pas vraiment, freine son jeune et fringant ministre, Simon Jolin-Barrette, qui piaffe d’impatience pour lancer son projet amélioré de la loi 101.

Obstacles

Les défenseurs de l’avenir du français au Québec rencontrent des obstacles titanesques. D’abord, la cote affective pour la langue n’est plus assurée. L’amour du français n’est pas déposé en héritage dans le berceau des enfants à leur naissance, comme ce fut le cas pendant les années lyriques du nationalisme qui a débouché sur les deux référendums.

Répétons-le. Le français avait plus de chances d’être défendu dans un Québec qui aurait voté oui au référendum. Autrement dit, le fédéralisme choisi par les Québécois entrave l’évolution du français.

La démographie est un autre obstacle. L’effondrement du taux de natalité survenu chez les francophones nous oblige à accueillir des nombres plus importants d’immigrants afin d’assurer la survie du Québec.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Minorisation francophone

La loi 101, en forçant les nouveaux arrivants à inscrire leurs enfants à l’école française, freine en quelque sorte une assimilation à l’anglais. Mais la loi 101 n’est plus assez contraignante et, sans l’obligation pour les immigrants et les francophones de poursuivre leur scolarité jusqu’à la fin du cégep en français, l’on peut facilement prévoir le glissement vers la minorisation des francophones.

Qui peut reprocher aux nouveaux immigrants de refuser de prendre fait et cause pour le français ? Ils ont choisi le Canada et ils sont allergiques aux tensions dues aux relations Québec-Canada. Plusieurs ont vécu dans leur pays d’origine des conflits ethniques et le « rêve canadien » les habite.

Les jeunes Québécois, dit-on, sont dépouillés des complexes de leurs parents nationalistes. Leur pays, c’est la technologie, leurs frontières sont les réseaux sociaux et leur langue, c’est le sabir anglais généralisé à la grandeur de la planète.

D’où la question suivante : comment une langue peut-elle survivre sans la protection d’un pays pour la défendre et l’imposer à l’intérieur de ses frontières ? L’on n’a qu’à regarder l’état du français au Canada anglais pour le comprendre.