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Liberté académique: pourquoi Legault a tort

Les deux côtés de la médaille.
Photos courtoisie et capture d'écran McGill Les deux côtés de la médaille.

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Vous vous souvenez d’Andrew Potter ?

Il s’était distingué en partageant ses élucubrations sur le Québec alors qu’il était en train d’exercer sa liberté académique. Il était, en fait, responsable d’un institut à l’Université McGill dont le mandat était d’étudier le Canada ! Pour ses efforts, il a « été démissionné » par McGill.

Si je reviens à cet incident (désolé, monsieur Potter), c’est que François Legault, à l’époque, n’avait pas été très tendre envers M. Potter. En fait, il avait traité de « torchon » l’article dans la revue Maclean’s que celui-ci avait écrit.

Les mots qui blessent

Quand les mots blessent, ce n’est pas parce qu’on est en train d’agir dans un cadre académique que la blessure cesse d’exister.

J’étais alors chef de parti à Ottawa et j’avais aussi critiqué l’article pour ses coins tournés ronds et ses affirmations et généralisations sans fondement. C’était blessant et insultant, et j’en ai vraiment pris ombrage comme Montréalais et comme Québécois.

François Legault a tiré profit de quelques cas médiatisés au cours des derniers mois pour nous écrire via Facebook qu’il allait défendre la liberté académique.

Vous voyez, il est persuadé que les gens qui disent qu’ils sont profondément blessés par « le mot en “n” » sont des militants radicaux. Que nos œuvres historiques sont en péril s’ils ont gain de cause et peuvent insister pour qu’on n’utilise pas ce mot dans le cadre de leur cours universitaire.

M. Legault semble vouloir décider pour les autres le moment où ils ont le droit de se sentir blessés. Il a dépêché son excellente ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, afin d’aller rencontrer les universités pour commencer à dire que cette situation est devenue intolérable et qu’il faut... défendre la liberté académique.

Contradiction

Il existe une contradiction fondamentale dans l’approche de M. Legault.

D’un côté, il exprime un souhait des plus noble : défendre le droit d’avoir des opinions et analyses qui déplaisent. D’un autre, il souhaite mettre au pas ceux et celles dont l’opinion est différente que la sienne.

Après l’affaire Porter, nombreux étaient les critiques et analystes dans d’autres provinces à exprimer leur accord, sinon avec le texte même de Potter, du moins avec son droit de le publier. Aujourd’hui, pour être conséquent avec ce qu’il affirme, M. Legault devrait défendre M. Potter. Il aurait tort de le faire.

C’est pour ça qu’il a aussi tort de s’immiscer dans la liberté académique. Les libertés fondamentales comme la liberté de religion et la liberté d’expression ne sont pas des vues de l’esprit. Elles sont des valeurs fondamentales qui nous définissent en tant que société. Mais M. Legault nous a habitués à sa tendance à parler en faveur des libertés un jour et d’agir contre, le lendemain.

La loi 21 enfreint une liberté fondamentale : la liberté de religion. M. Legault se défend en disant qu’il veut juste une société laïque. En fait, il veut décider ce qu’est une pratique religieuse, protégée ou pas. Il en va de même de son incursion dans le domaine de la liberté académique. Il est pour, tant que c’est lui qui décide quelles idées sont à bannir.