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Prêt à quitter, même s’il adore son travail

Un préposé déplore les promesses brisées du gouvernement et le climat de travail toxique

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Un des «préposés à Legault», chimiste de formation, songe à retourner à son ancienne carrière même s’il a eu un coup de foudre pour sa nouvelle profession «humaine et vraie». L’ambiance dans le réseau et les «fausses promesses» risquent d’avoir raison de son dévouement.

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Hamid (nom fictif) a choisi d’aller suivre la formation accélérée de préposé aux bénéficiaires en CHSLD après avoir été mis au chômage par son employeur du secteur pétrolier.

Arrivé au Québec depuis une quinzaine d’années, il y a vu une bonne façon de redonner à sa terre d’accueil. Croyant aider le temps qu’il faudrait, il a plutôt découvert un métier qu’il aimait profondément dans un CHSLD de l’est de Montréal.

«Au début, je me disais honnêtement que je retournerais à mon ancien travail quand ce serait fini. Mon patron m’a toujours dit qu’il allait me reprendre. Mais quand j’ai rencontré ces gens-là [les bénéficiaires], il y a eu un lien. J’aime ces gens-là. J’ai vu la vie qu’ils vivent. Il y a beaucoup de choses qui m’ont changé», confie Hamid.

Ambiance difficile

Le nouveau préposé a toutefois découvert rapidement les affres du réseau de la santé, un système qu’il qualifie «d’à bout de souffle». 

«J’ai vu des gens qui sont des robots. Ils n’ont plus aucun sentiment pour les personnes avec qui on travaille. [Les résidents] ont besoin d’amour, d’aide, mais les employés sont devenus des machines», raconte le préposé.

L’ambiance de travail s’est aussi rapidement détériorée à l’intérieur des CHSLD où ont été déployés les préposés formés l’été dernier. Ils ont été identifiés comme étant une menace souligne Hamid.

«Les anciens nous appellent ‘’les chouchous à Legault’’, mais pourtant on n’a rien volé», s’indigne-t-il. «Moi ça ne m’affecte pas trop, je fais mon travail, mais pour la majorité c’est difficile.»

Le préposé assure que le mot se passe à travers les nouveaux. Plusieurs quitteront à la fin de leur année d’engagement avec Québec afin d’éviter de rembourser la formation.

«Tout le monde est très déçu. [...] Beaucoup vont quitter et moi aussi j’y pense. J’ai jusqu’à octobre pour prendre ma décision».

Promesse brisée

Ce qui a le plus choqué Hamid, c’est de voir la promesse d’un salaire à 26$ de l’heure du premier ministre Legault s’effriter avec le temps. Le salaire garanti est devenu une prime assurée, qui s’est ensuite transformée en prime temporaire; «un manque de respect» pour ceux qui se sont engagés croit le préposé.

«On sent que les politiciens ont le droit de changer les règles du jeu. [...] Pour eux 6$ de l’heure, ce n’est peut-être pas beaucoup, mais avec trois enfants, ça fait une différence», soupire l’homme qui a contacté les Normes du Travail à cet effet. «Ils ne peuvent rien faire, c’est le gouvernement», ajoute-t-il, désabusé.

«Moi, j’ai des principes. Je n’accepte pas ça. [...] S’ils nous confirment que les primes restent, c’est sûr que je vais rester parce que j’aime mon travail, j’aime ces gens et je me sens utile.»

Pas le seul

Une collègue d’Hamid a elle aussi le sentiment de «s’être fait avoir». Magasinant pour l’achat d’une propriété, celle qui était linguiste dans son ancienne vie déplore l’épée de Damoclès que représentent les primes.

«Ça se peut que je perde environ 12 000$ par année du jour au lendemain», s’indigne-t-elle, trouvant inacceptable de voir toute l’énergie et l’argent investi par Québec pour former des employés qu’on ne sait pas garder.

«Pour le gouvernement, d’enlever la prime ou de laisse la situation aller, ça revient à voir tous les efforts qu’on a faits, tout l’argent qu’on a investi, tomber à l’eau parce que plusieurs vont quitter le milieu», souligne cette préposée.

«À travers les discussions qu’on a entre collègues, on réalise qu’il y en a un paquet, je dirais la moitié, qui pensent à partir à la fin de l’année», ajoute-t-elle, insistant sur l’aridité du climat de travail. «Tout le monde est à bout».

«Tout sera à recommencer. Et ce sont les résidents qui vont payer».