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Viré pour des dépenses controversées

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a montré la porte à un ancien haut dirigeant québécois

Hôpital Général de Lakeshore
Photo Chantal Poirier et capture d’écran, Provincial Health Services Authority Benoît Morin (en mortaise) a passé trois ans à la tête du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, de 2015 à 2018. Ses bureaux se trouvaient à l’hôpital du Lakeshore de Pointe-Claire.

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Un ex-cadre du réseau de la santé québécois vient d’être congédié en Colombie-Britannique après un scandale de dépenses exagérées et d’achat de masques controversé durant la pandémie.

Un an à peine après avoir été nommé à la direction de l’autorité des services de santé provinciaux, Benoît Morin s’est fait montrer la porte la semaine dernière par le ministre de la Santé.

Celui qui a dirigé le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal de 2015 à 2018 a dépensé des sommes excessives pour l’aménagement des bureaux qu’il occupait à Vancouver. 

Selon les médias de la Colombie-Britannique, il aurait notamment fait faire des travaux pour obtenir une meilleure vue sur Vancouver.

Contrat douteux

Un rapport de la firme EY le pointe aussi du doigt pour avoir conclu un contrat douteux de 7 millions $ avec une firme montréalaise pour des masques médicaux. En début de pandémie, il a aussi fait appel aux services d’un traiteur pour offrir des repas fins à son personnel (voir plus bas).

« Ce sont des préoccupations graves, et j’apprécie le fait qu’on me les ait soulevées », a affirmé le ministre de la Santé de la province, Adrian Dix, en conférence de presse, la semaine dernière.

Le ministre Dix a annoncé le départ de M. Morin le jour même où il a pris connaissance de la version finale du rapport de la firme juricomptable.

Indemnité de départ

Malgré les circonstances de son départ, M. Morin aura quand même droit à une indemnité de fin d’emploi équivalente à environ neuf mois de salaire.

Selon Damien Contandriopoulos, professeur en sciences infirmières à l’Université de Victoria, le congédiement a été accueilli dans les milieux de la santé de la Colombie-Britannique avec un « mélange de surprise et de déception » à l’égard de celui qui a aussi dirigé Héma-Québec pendant moins d’un an.

Certaines personnes se sont dites attristées du fait, explique-t-il, que cette situation se soit passée dans le secteur public.

Lors de son passage au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, la gestion de M. Morin n’a pas fait l’objet de critiques dans les médias.

Sous sa gouverne, le CIUSSS s’est toutefois opposé devant les tribunaux au dévoilement d’informations au sujet de détournements de fonds de plus de 400 000 $ par un ex-cadre de l’hôpital St. Mary, Magdi Kamel. 

L’affaire a été contestée par les avocats représentant notre Bureau d’enquête et se trouve actuellement en délibéré devant la Cour suprême.

– Avec Sarah Daoust-Braun


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Des frais excessifs et des masques contrefaits

Le renvoi de Benoît Morin a eu lieu après plusieurs révélations sur sa gestion à la tête d’une grande agence de santé publique en Colombie-Britannique. Voici ce qu’on lui a reproché.

  • Après avoir dépensé 17 millions $ en rénovation des bureaux de l’autorité des services de santé de la Colombie-Britannique, Benoît Morin a demandé l’ajout de travaux supplémentaires non justifiés de 400 000 $. Selon CBC, M. Morin souhaitait obtenir une meilleure vue sur Vancouver et les montagnes environnantes à partir de son bureau situé au 14e étage de l’immeuble.
  • Au début de la pandémie de COVID-19, alors qu’on demandait aux travailleurs de la santé de faire des sacrifices, l’équipe de direction de l’organisme de M. Morin a eu droit aux services d’un traiteur qui leur préparait des repas raffinés avec, au menu, toasts à l’avocat, steaks, salade niçoise au saumon et crêpes à la ricotta, au citron et aux petits fruits. La facture pour les contribuables aurait atteint 30 000 $ à 40 000 $.
  • M. Morin aurait instauré un climat de travail difficile au sein de son équipe de direction. Au moins quatre cadres supérieurs sont partis en raison de frictions avec lui. 

Masques contrefaits

Outre ces manquements, Benoît Morin a effectué des démarches personnelles au printemps dernier, selon le rapport d’EY, auprès de la firme montréalaise Luminarie pour se procurer sept millions $ de masques de protection non conformes au nom de son organisme.

Il s’agissait de masques chinois KN95, dont certains étaient contrefaits. L’autorité des services de santé a décidé de ne pas poursuivre la compagnie après avoir été dans l’impossibilité de se faire rembourser. Cette décision imputable à M. Morin a suscité beaucoup de controverse au sein de l’organisme.

Certains ont même cru que celui-ci avait des liens personnels avec la compagnie, ce qui ne s’est pas avéré. Entre-temps, Luminarie s’est placée sous la protection de la Loi sur la faillite. La compagnie avait également conclu plusieurs contrats avec le gouvernement québécois, notamment un pour 250 000 écouvillons qui se sont révélés non conformes.