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Des Québécois perdent la vue à cause du délestage

Près de 2000 patients attendent une opération pour le glaucome

GEN-HELENE-DUBOIS
Photo Agence QMI, Marc DesRosiers Hélène Dubois, 78 ans, accompagnée de sa nièce et aidante naturelle, Mélina Beausoleil (à gauche), a dû déménager dans une résidence pour aînés à Gatineau, tellement son glaucome avait fait baisser sa vision.

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Les rendez-vous médicaux manqués et les opérations retardées des milliers de patients atteints de glaucome depuis le début de la crise sanitaire ont causé chez certains une perte de la vue permanente. 

« Quand j’ai réussi à avoir un rendez-vous, c’était trop tard. Je ne vois plus de l’œil droit et il n’y a rien à faire », laisse tomber Jacques Poirier, de Gatineau, qui subit aujourd’hui les revers du délestage en ophtalmologie.

L’aîné de 79 ans est l’un des 108 000 Québécois souffrant de glaucome, une maladie « due à une pression élevée dans l’œil qui endommage le nerf optique », résume le Dr Paul Harasymowycz, ophtalmologiste et président fondateur de la Fondation du glaucome du Québec.

« La pandémie a bouleversé tous nos suivis, ajoute l’ophtalmologiste et chirurgien au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) Georges Durr. Le glaucome est sournois. Il ne se guérit pas, mais on peut contrôler sa progression qui cause bien souvent une perte de vision. »

Près de 2000 patients attendent toujours une opération reportée par le délestage dans le réseau public.

« Ça faisait déjà une secousse que ça traînait, et mon œil gauche s’en allait aussi », raconte M. Poirier, qui, devant l’incertitude, a décidé de se faire opérer au privé, en janvier, pour 2000 $.

Moins d’autonomie

Hélène Dubois, atteinte de glaucome depuis 20 ans, devait quant à elle rencontrer un spécialiste en mars pour diminuer la pression très élevée dans son œil gauche. Puis, la COVID-19 est arrivée.

La Gatinoise de 78 ans n’a pu obtenir un rendez-vous que quatre mois plus tard, à Montréal, où elle apprend qu’elle devra subir une greffe de la cornée.

« Je restais toute seule en appartement. Mais à la fin juillet, je ne voyais plus grand-chose. J’ai dû déménager dans une résidence pour personnes âgées », souffle-t-elle.

Mme Dubois a pu être opérée le 18 novembre dans la métropole. Elle a retrouvé 75 % de sa vision, mais le délestage lui aura fait perdre une bonne partie de son autonomie.

Partout dans la province 

Pour éviter ce genre de débordements, le Dr Harasymowycz souhaite que des interventions chirurgicales rapides dites « micro-invasives » soient offertes partout dans la province et non seulement dans les centres hospitaliers universitaires à Montréal, à Québec et à Sherbrooke.

« Il n’y a aucun doute que si cette chirurgie-là avait été disponible à la grandeur du Québec, des patients n’auraient pas perdu la vue [...] parce que dans les cas de glaucome, quand on repousse trop l’opération, il est trop tard. Le patient devient aveugle. »