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Walmart veut ouvrir plus de cliniques médicales au Québec

La multinationale espère percer peu à peu ce juteux marché dans la province

Horacio Barbeito
Photo courtoisie, Walmart Le PDG de Walmart Canada, Horacio Barbeito, est en poste depuis le 26 août 2019. Il a amorcé sa carrière comme stagiaire.

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Le géant américain Walmart veut déployer son réseau de cliniques médicales de franchisés dans ses magasins au Québec, a confirmé au Journal son PDG canadien dans une rare entrevue. 

« On teste et on pilote la proposition des soins de santé du futur », a résumé Horacio (Haio) Barbeito, PDG de Walmart Canada, en entretien au Journal.

Comme l’actuel PDG de Walmart International, Doug McMillon, qui a commencé à travailler là-bas à 17 ans dans un entrepôt, le numéro 1 canadien de la bannière, Haio Barbeito incarne lui aussi l’"American Dream". 

Au fil des ans, le haut dirigeant de l’entreprise a gravi un à un les échelons du géant du détail et s’est hissé au sommet de la hiérarchie de l’une de l’entreprise, qui vaut plus de 391 milliards de dollars américains en Bourse.

Il y a deux ans, Haio Barbeito a pris la tête de Walmart Canada, après des années passées dans divers pays d’Amérique du Sud.

« Ça a été un long voyage. J’ai débuté il y a 25 ans quand Walmart a commencé en Argentine. J’ai commencé comme un acheteur stagiaire. Je n’étais même pas un acheteur», a raconté l’homme d’affaires.

Aujourd’hui, le dirigeant canadien entend pousser le concept de "One-stop shop" pour offrir des produits et des services au même endroit, ce qui passe par le déploiement de cliniques.

« Le Québec est une province très importante pour nous. On a 71 magasins. On a plus de 15 000 associés, dont 2500 ont été embauchés durant la pandémie au Québec», souligne Haio Barbeito.

Dix cliniques

Au Québec, Walmart opère déjà une dizaine de cliniques de soins de santé dans ses magasins à l’aide de franchisés.

Parmi elles, on retrouve cinq cliniques dentaires et deux cliniques médicales Jack Nathan dans ses magasins et trois KW Optique de lunettes de prescription.

D’ailleurs, après les États-Unis, les Walmart canadiens pourraient bientôt offrir des injections au botox parce que jeudi dernier, Jack Nathan s’est payé une entreprise ontarienne qui offre ces services.

Quand on demande au numéro 1 de la bannière vedette américaine s’il le déploiement de son offre de cliniques fait partie de ses priorités au Québec, il répond par l’affirmative sans la moindre hésitation. 

« Oui, parce que les "One-stop shop" vont exiger que l’on offre des produits, mais également des services atour de l’expérience en magasin. C’est quelque chose que l’on regarde pour le futur », confirme le haut dirigeant.

« Une bonne chose »

Pour Marcel Boyer, chercheur au CIRANO, les ambitions de nouveaux joueurs comme Walmart sont bienvenues au Québec.

«A priori, c’est une bonne chose. Un peu plus, et même beaucoup plus, de concurrence serait bon pour notre système de santé», analyse le professeur émérite au Département de sciences économiques de l’Université de Montréal.

En janvier dernier, un « Netflix de la Santé » québécois, baptisé Olive, a vu le jour en offrant un accès à distance à un médecin 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Ces derniers mois, l’offre de service en ligne comme Dialogue a explosé avec la pandémie, ce qui devrait réjouir les Québécois, selon Marcel Boyer.

«Walmart et Amazon, et d’autres entreprises locales, peuvent amener plus de concurrence, ce qui ferait du bien au système de santé actuelle. En France, le quart des lits d’hôpitaux sont à but lucratif», a-t-il conclu.


Dans le monde, Walmart emploie quelque 2,2 millions de personnes. Au pays, ses employés gagnent plus que le salaire minimum dans toutes les provinces, selon l’entreprise.

Des relations difficiles avec les fournisseurs ?  

Le grand patron de Walmart Canada estime avoir de bonnes relations avec ses fournisseurs québécois, même si l’Union des producteurs agricoles (UPA) l’accuse d’étouffer les plus petits avec ses frais.

« Je ne vois pas de problème. Je ne vois pas de court-circuit chez nos fournisseurs. Nous avons d’ailleurs notre rencontre la semaine prochaine, et nous nous attendons à une participation record », a indiqué au Journal Horacio Barbeito, PDG de Walmart Canada.

En septembre dernier, Le Journal a révélé que l’UPA avait demandé au Bureau de la concurrence du Canada d’ouvrir une enquête sur les « frais exorbitants » de Walmart.

Pour l’UPA, les « frais de développement des infrastructures » de 1,25 % et de « développement du commerce électronique » de 5 % pour les produits vendus sur le site de Walmart.ca ou de l’un de ses partenaires ne passent pas.

Depuis, une rencontre a eu lieu entre l’UPA et le Bureau de la concurrence avant Noël, mais le Bureau a refusé vendredi de dire si une enquête est ouverte.

3,3 milliards $ de produits d’ici

Or, pour M. Barbeito, l’histoire est tout autre. 

« On a plus de 500 fournisseurs québécois. On achète pour plus de 3,3 milliards de dollars de produits québécois chaque année », a-t-il rappelé.

M. Barbeito précise que Walmart fait affaire avec ses fournisseurs « un à un » et remet en question la hausse de frais de 6,25 % avancée par l’UPA.

« Les frais dont nous avons discuté un à un avec eux ne sont qu’une infime partie de notre investissement de 3,5 milliards de dollars. Ce n’est qu’une négociation régulière que l’on a », a ajouté le haut dirigeant.

Rappelons qu’en novembre dernier, le ministre québécois de l’Agriculture, André Lamontagne, a fait savoir qu’il présiderait un comité qui pourrait déboucher sur un code de conduite pour minimiser l’impact des frais.

Pas question de faire disparaître les caissières    

« On ne verra pas un magasin entièrement robotisé. On verra un mélange », a confié au Journal Horacio Barbeito, PDG de Walmart Canada.

Alors qu’Amazon et Couche-Tard testent des magasins sans caisse, le géant américain du détail Walmart préfère au contraire continuer de miser sur des êtres humains dans ses magasins.

En novembre dernier, Alain Bouchard, fondateur et président exécutif du conseil d’administration de Couche-Tard, avait évoqué son concept « sans friction » où l’on entrerait et sortirait sans avoir besoin de passer par la caisse.

Mais pour Walmart, pas question pour le moment d’aller dans cette direction. Les contacts humains sont là pour rester en magasin, souligne-t-on. 

« Notre modèle d’affaires est différent. On est une entreprise de personnes », a ajouté M. Barbeito.

Même si des centres de distribution de Walmart pourraient être bientôt entièrement automatisés, le géant du détail exclut l’idée de se passer des employés.

« On veut que la technologie soit mise au service de nos associés et de nos clients », a expliqué M. Barbeito.