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Accès difficile à internet : au Nunavik, des jours sans service

Et lorsque l’internet est fonctionnel, le réseau est à des années-lumière des normes minimales

Accès difficile à internet : au Nunavik, des jours sans service
PHOTO COURTOISIE/ADMINISTRATION RÉGIONALE KATIVIK

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Des communautés éloignées du Nunavik peuvent passer des jours sans accès à l’internet. Même la ville principale de la région, Kuujjuaq, peine à avoir une connexion digne de ce nom.

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Le Nunavik est de loin le parent pauvre en matière de connexion internet au Québec. 

Etienne Sorel est spécialiste en technologie de l’information. Originaire de Chambly, il travaille depuis près d’une dizaine d’années à Kuujjuaq. 

Il est bien au fait de la situation, car il a été pendant huit ans administrateur du réseau et des systèmes pour l’Administration régionale Kativik. 

Le vendredi 4 décembre dernier, vers midi, il fait un test de vitesse du réseau internet local, dont il partage les résultats avec l’Agence QMI. 

Très loin des normes

Résultat : 1,65 Mbit/s en téléchargement et 0,47 Mbit/s en téléversement, à des années-lumière des cibles minimales fixées par le CRTC à 50 Mbit/s en téléchargement et à 10 Mbit/s en téléversement. 

Il faut dire que les quelque 2800 habitants de Kuujjuaq comptent sur une capacité très limitée en matière d’accès internet, avec seulement six émetteurs satellites pour un total de 120 Mb en téléchargement que se partagent tous les abonnés. 

Par moments, « c’est épouvantable ! Il est très difficile de réussir à fonctionner dans ces conditions », admet celui qui agit maintenant comme coordonnateur de l’informatique pour la commission scolaire du Nunavik. 

Qui plus est, sa facture internet frise les 100 $ par mois pour une vitesse maximale de 4 Mbit/s en téléchargement et de 0,5 Mbit/s en téléversement avec une limite de 30 Gb de données. 

Demande trop grande 

Comme à certains autres endroits au Québec, la pandémie de COVID-19 a davantage mis en lumière les problèmes d’accès internet au Nunavik.

Le principal fournisseur local, Tamaani, a eu beau augmenter le niveau de bande passante, le réseau ne peut tout simplement plus supporter la demande à l’heure actuelle. 

« La situation ici est très grave, pour ne pas dire critique », souligne Sarah Rogers, journaliste au Nunatsiaq News, un journal spécialisé dans la couverture du Nunavut et du Nunavik. 

Etienne Sorel.
PHOTO COURTOISIE
Etienne Sorel.

Même si plusieurs projets sont sur la table, l’amélioration du réseau internet au Nunavik n’est pas pour demain, ce pour quoi Etienne Sorel préfère prendre la situation avec un grain de sel. 

« J’imagine qu’on s’habitue. En tout cas, ça pratique la patience », philosophe-t-il. 

Coincée à Montréal faute d’internet

Accès difficile à internet : au Nunavik, des jours sans service
PHOTO COURTOISIE / Mark Brazeau

Une jeune Inuite est restée coincée à Montréal à la fin de 2020 parce que, de son village nordique de Kangiqsualujjuaq, elle n’aurait pu terminer sa formation universitaire à distance en raison de la piètre qualité de l’internet au Nunavik.  

« Si je n’étais pas demeurée à Montréal, j’aurais compromis ma dernière année universitaire », soutient Andrea Brazeau, étudiante en éducation à McGill.  

Le réseau internet est tellement lent et peu fiable au Nunavik qu’il est impossible, selon elle, de faire des recherches sur la Toile, de télécharger de gros documents ou d’assister à des cours sur des plateformes comme Zoom.  

« Internet peut arrêter de fonctionner complètement à tout moment », illustre la jeune femme de 23 ans.  

2000 fois plus lent  

Installée dans son appartement à Montréal, Andrea Brazeau a effectué récemment un test comparatif de vitesse avec son père Mark, posté à la maison familiale de Kangiqsualujjuaq. Le résultat est à couper le souffle avec une réponse 2000 fois plus rapide dans la métropole que dans le village nordique.  

« La technologie fait partie de notre quotidien. C’est un besoin de base qui a un impact majeur sur l’éducation, la santé et les transactions électroniques. [Au Nunavik] c’est un problème réel qui touche tout le monde », soulève-t-elle.  

L’étudiante a donc écrit une lettre en octobre au premier ministre du Québec, François Legault, pour lui rappeler sa promesse électorale de fournir un accès internet haute vitesse à tous les Québécois, y compris les communautés autochtones, d’ici 2022.