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Blanche Leblanc : 99 ans et impatiente de rejouer aux cartes

Toujours pleine de vie, Blanche Leblanc, aimerait bien retrouver les petits plaisirs auxquels elle avait toujours accès avant la pandémie.
Photo Agence QMI, Lucie Charest Toujours pleine de vie, Blanche Leblanc, aimerait bien retrouver les petits plaisirs auxquels elle avait toujours accès avant la pandémie.

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Blanche Leblanc, commence à avoir des fourmis au bout des doigts. Après un mois de confinement dans sa chambre à la Résidence Lucien-Gaudet, une RPA de 20 places située à Ville-Marie, au Témiscamingue, elle a accès à la salle à manger depuis le 9 février, mais pas à ses quatre collègues de cartes.

«C’est tout ce qui nous restait comme contact humain jouer aux cartes, déplore Mme Leblanc, une fière Témiscamienne qui a soufflé ses 99 bougies en octobre dernier. On a construit un pays et aujourd’hui on nous traite comme des déchets enterrés vivants.»

En 1940, elle a été parmi les premiers colons à s’établir à Laforce, dans l’est du Témiscamingue. Blanche Leblanc est de ces femmes qui ont fait leur place et contribué à la société avant même de connaître l’existence du mot féminisme. Elle a été commissaire scolaire dans les années 1970, et s’est impliquée à la Table de concertation pour personnes âgées du Témiscamingue (TCPAT) à compter de 1982. Elle en a d’ailleurs été présidente pendant 12 ans.

Blanche Leblanc avait profité d'un bain de foule de Philippe Couillard, à la Foire Gourmande à Ville-Marie en août 2014, pour lui rappeler qu'il devait faire attention à ses décisions concernant les aînés. M. Couillard était en compagnie de Luc Blanchette, député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, et de Guy Bourgeois, député de Abitibi-Est.
Photo Agence QMI, Lucie Charest
Blanche Leblanc avait profité d'un bain de foule de Philippe Couillard, à la Foire Gourmande à Ville-Marie en août 2014, pour lui rappeler qu'il devait faire attention à ses décisions concernant les aînés. M. Couillard était en compagnie de Luc Blanchette, député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, et de Guy Bourgeois, député de Abitibi-Est.

Un café avec Philippe Couillard

Dans le cadre de ses fonctions, à la TCPAT, Mme Leblanc avait reçu des mains de Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, le prix «Impact sur la communauté» lors d’une cérémonie au Capitole, à Québec, en mai 2005. Elle lui avait fait la bise et lui avait dit : «Je vous embrasse pour que vous vous souveniez de moi. C’est beau les belles paroles, les belles promesses, mais il faut venir sur le terrain voir comment ça se passe, de quoi on a besoin.»

Pris de court, le ministre lui avait promis de venir prendre un café avec elle quand il viendrait au Témiscamingue. Promesse qu’il a tenue deux ans plus tard. Leur route s'était croisée une troisième fois, en août 2014, à la faveur d'une visite de M. Couillard à la Foire gourmande de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-Est ontarien, elle n'avait pas hésité à lui rappeler ses devoirs envers les aînés.

Vieillir un deuil à la fois

Malgré ses hauts faits d’armes, Mme Leblanc avait été forcée de remettre sa démission de la présidence de la TCPAT alors qu’elle avait 90 ans, car elle venait de perdre son permis de conduire. Ce n’était toutefois pas son premier deuil, car son mari était décédé plusieurs dizaines d’années auparavant.

En perdant son permis de conduire, son autonomie et forcée de mettre de côté ses implications sociales, Blanche Leblanc a été contrainte de faire un autre deuil, celui du bingo. Chaque semaine, elle conduisait 65 km pour aller jouer au bingo à New Liskeard, en Ontario, de l’autre côté du lac Témiscamingue, avec des amies.

Ne pouvant plus conduire, elle avait troqué ce loisir hebdomadaire pour des parties de cartes quotidiennes. D’être privée par le confinement de cette ultime activité lui laisse aujourd’hui un goût amer.

Blanche Leblanc a malgré tout encore une soif de vivre inaltérable et n’hésite toujours pas à dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas.

«Le confinement, ça ne résonne pas de la même façon pour tout le monde, se désole-t-elle. Ce sacrifice d’un an pour un jeune..., il a le reste de sa vie devant lui. Mais pour nous, ça se peut très bien qu’on soit plus là après le confinement. Moi, à chaque jour, je peux mourir. Mais là, même si je respire encore, ça fait un an que j’ai arrêté de vivre.»

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