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Les pots cassés de la diplomatie américaine

Iran Flag in the Wind Above Skyline of Tehran
Photo Adobe Stock Historique, l’accord avait pour but de dissuader l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire.

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Tout est à refaire à Washington. Des quatre années de Donald Trump à la Maison-Blanche, bien peu semble mériter d’être préservé. Certainement pas sa politique à l’égard de l’Iran, une des grandes menaces pour la paix dans le monde.

Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, l’ancien président a minutieusement détruit la bonne volonté diplomatique qu’une administration à l’autre – avec quelques solides ratés comme l’invasion de l’Irak en 2003 – était parvenue à édifier sur la gloire de la libération de l’Europe du fléau nazi en 1945.

Poussé par un réflexe d’opposition systématique aux accomplissements de la présidence de Barack Obama, Donald Trump avait retiré les États-Unis de l’accord international sur le programme nucléaire iranien. Peu importe que son secrétaire d’État et son secrétaire à la Défense y fussent opposés.

L’objectif de cette entente, à coup sûr imparfaite, visait à empêcher l’Iran de développer l’arme nucléaire. Elle avait une limite dans le temps et ne s’attaquait pas à d’autres préoccupations concernant le régime des ayatollahs, mais au lieu de fonctionner dans l’ombre et la méfiance, les diplomates avaient réussi à créer une charpente à partir de laquelle des progrès pouvaient être envisagés.

METTRE LE MAXIMUM POUR RIEN

L’administration Trump a fait le choix d’une politique de « pression maximale », appuyée par une petite poignée d’ennemis jurés de l’Iran : Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Cherchant à isoler encore davantage les Iraniens, tout pourparler a été suspendu et les sanctions économiques ont été renforcées au point de même menacer les partenaires des États-Unis s’ils osaient faire affaire avec la République islamique.

Le résultat de cette intransigeance ? Un échec complet, à moins qu’on se réjouisse des misères accrues que les Iraniens ordinaires endurent au quotidien. Libérés des contraintes de l’accord délaissé par les Américains, les responsables iraniens ont repris l’enrichissement de l’uranium, étape normale vers la fabrication d’une bombe, même si Téhéran s’en défend.

Les militaires se vantent maintenant d’avoir forgé le moteur de missile balistique « le plus puissant » et, selon Jake Sullivan, le conseiller à la Sécurité nationale du président Biden, leur soutien aux activités terroristes au Moyen-Orient, « loin de s’atténuer, s’est accéléré dans certains domaines ».

UN AUTRE GÂCHIS À CORRIGER

Finis les tweets provocateurs initiés par un commentaire agressif sur une quelconque chaîne de télé, l’administration Biden est revenue cette semaine à la diplomatie de base : si les Européens lancent l’invitation, Washington se rassoira à la table des pays qui avaient conclu l’entente initiale, dont l’Iran. Chargés d’affaires, envoyés spéciaux et autres ambassadeurs s’efforcent maintenant de recoller les morceaux d’une structure déjà fragile, mise à mal par l’ancien intimidateur-en-chef. Il faudra de la patience, de la bienveillance et probablement même un peu de chance. C’est le prix à payer pour avoir laissé un chien courir dans un jeu de quilles. La méfiance est mutuelle, mais on peut certainement adopter à l’égard de Téhéran l’attitude de Ronald Reagan envers le Kremlin : « Trust, but verify » – faire confiance, mais vérifier. Au point où nous en sommes, nous n’avons pas vraiment le choix. 

L’accord sur le nucléaire Iranien de 2015