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Opus 7: les belles choses d’Alain Lefèvre

Alain Lefèvre
Photo courtoisie

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En avril 2019, bien avant que la pandémie frappe, Alain Lefèvre était au Domaine Forget dans Charlevoix pour enregistrer Opus 7. Un nouvel album de compositions où il interprète les pages d’un roman imaginaire et qui propose une trame sonore qui cadre parfaitement avec ce que l’on vit en ce moment.

Un disque où l’on retrouve sept préludes qui permettent de s’extirper du bruit ambiant et du monde actuel.

« C’est fou. Je ne sais pas si c’est de la prémonition. J’ai composé ces pièces bien avant la pandémie. J’agis avec mon cœur. Je suis un homme de cœur », a-t-il lancé de sa résidence en Grèce, par un après-midi anormalement froid et avec Athènes paralysé par la neige.

Le pianiste québécois est de plus en plus à l’aise d’enregistrer ses œuvres. Ce qui n’a pas toujours été le cas. 

« Il y a beaucoup d’artistes qui ont beaucoup de certitudes. Ils sont sûrs d’eux et fiers de ce qu’ils font. Moi, et je le dis sans fausse modestie, c’est tout à fait l’inverse », a-t-il précisé.

Alain Lefèvre ne doute pas de lui. Il se demande si ce qu’il fait est bien. 

« J’ai joué les grands compositeurs et j’ai de la difficulté à dire que j’en suis un. Je ne dis pas que ce que je fais, c’est des grandes tounes, mais ce que j’écris est fait avec virtuosité. Quelqu’un qui voudrait jouer ces pièces devra beaucoup travailler. C’est tout mon bagage de musique classique que je mets au service de mes compositions », a-t-il ajouté.
 

Un romantique

Opus 7 est le septième album de compositions d’Alain Lefèvre et son troisième avec Warner Classics.

« Je doutais de moi lors de mes premières compositions. Je me demandais si on avait besoin d’un autre compositeur. J’ai ensuite constaté que mes œuvres ont vécu, lorsque des Chinois, des Japonais, des Coréens et des Russes se sont mis à les jouer », a-t-il fait savoir.

Alain Lefèvre est un romantique. On retrouve, avec des titres comme Force fragile, Dernier souffle, Amour fou et Clair obscur, des images, des coups de cœur et des histoires qu’il met en musique.

« Je suis un romantique. Je veux croire à l’amour, aux beaux sentiments et à une forme de justice. Je sais que c’est utopiste, mais c’est ce qui m’anime. Dernier souffle est une pièce sur un amour sur le point de mourir. Amour fou fait référence à un homme et à l’amour, qu’il n’a jamais pu avoir et qu’il reçoit de son chien », a-t-il expliqué.

Une seule pièce n’a pas été enregistrée au Domaine Forget de Charlevoix. Il s’agit du titre Mati capturé en studio, à Athènes, avec Thanasis Polykandriotis. 

« On a fait ça ensemble. Thanasis est une des plus grandes légendes en bouzouki. Le mélange piano-bouzouki est très rare et ce fut une expérience musicale fantastique. J’avais envie, avec cette pièce, de rendre hommage à ce peuple extraordinaire que sont les Grecs, et qui sont les pères de la démocratie », a-t-il raconté.

Une vie simple

L’auteur, compositeur et interprète explique que ces compositions étaient une sorte de médication pour calmer ses propres angoisses.

« Les gens ont tous les droits d’être écœurés de ce bombardement d’informations qui vient de partout. Nos gouvernements, quels qu’ils soient, doivent réaliser une chose très importante, et c’est que le monde n’en peut plus. Si tu savais le nombre de jeunes qui sont au bord du précipice, parce qu’ils n’en peuvent plus. Et ça, c’est la réalité à laquelle on doit faire face. La période que l’on vit est difficile pour tout le monde », a-t-il fait remarquer.

Avec Opus 7, Alain Lefèvre veut démontrer que les belles choses existent. 

« Je suis un homme de paix. Je n’aime pas les conflits. Ça ne veut pas dire que je suis un “tata”. Il y a, en ce moment, une très grande fatigue. On doit toujours préserver une dose d’espoir dans une société pour qu’elle puisse survivre », a-t-il exprimé.

Alain Lefèvre a vu, comme la majorité des artistes, tous ses engagements être annulés. Il n’a aucun revenu depuis 12 mois. 

« C’est tough et c’est terrible, mais ma vie est simple. Je travaille mon piano, je fais du sport et je cuisine. Il y a beaucoup d’artistes qui se sont mis en scène dans leur salon, mais je ne me sens pas capable de faire ça. J’ai toujours été ce qu’on pourrait appeler un écureuil prudent. Je ne suis pas un gars qui aime flamber son argent. Je me suffis de peu et mes bonheurs sont simples. Ça ne veut pas dire que je suis un “cave”. Je ne ressens pas le besoin d’avoir trois voitures. Je ne sais même pas conduire », a-t-il laissé tomber.