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La Chambre des communes reconnaît un «génocide» en Chine

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Une motion visant la reconnaissance d’un «génocide» contre les minorités musulmanes en Chine et réclamant la relocalisation des Jeux olympiques de Pékin en 2022 a été adoptée à la Chambre des communes, lundi après-midi.

L’ensemble des députés des partis d’opposition ainsi que de nombreux libéraux ont voté en faveur de la motion des conservateurs. Cependant, le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, et les membres du cabinet ont préféré s’abstenir «au nom du gouvernement du Canada».

La motion a été amendée par le Bloc québécois afin d’y inclure une mention voulant que les Jeux olympiques d’hiver de Pékin prévus pour 2022 soient déplacés «si la République populaire de Chine continue ce génocide» qui vise tout particulièrement la minorité ouïghoure habitant la région du Xinjiang.

  • Écoutez l'entrevue de Caroline St-Hilaire avec François Audet, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal et directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire à l’UQAM, sur QUB radio: 

Le ministre Garneau a défendu la position du gouvernement après le vote, réitérant sa demande pour une enquête par un «organisme international et indépendant composé d’experts juridiques».

«Le vote libre au Parlement du Canada garantit que chaque député peut prendre une décision fondée sur les données probantes disponibles. Pris ensemble, ces points de vue formeront le point de vue du Parlement», a-t-il toutefois émis par communiqué.

De son côté, le chef conservateur Erin O’Toole a qualifié la position de Justin Trudeau de «honte» pour le pays, jugeant «inacceptable d’avoir zéro vote de son cabinet».

Le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe à l’origine de l’amendement sur les Jeux olympiques, a salué le vote des élus. «Le courage de tenir tête à un régime génocidaire a triomphé de la peur de le mettre dans l’embarras», a-t-il déclaré.

Les ex-olympiens Lyne Bessette et Adam van Koeverden, tous deux devenus députés libéraux, ont voté contre l’amendement du Bloc pour la relocalisation des Jeux olympiques.

La Chine gronde

Même si la motion n’a rien de contraignant et revêt une valeur symbolique, la reconnaissance d’un «génocide» par le Canada pourrait envenimer les relations avec la Chine, qui détient depuis deux ans deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig.

Lundi matin, les conservateurs ont tenu une conférence de presse lors de laquelle une femme a été invitée à témoigner du traitement qu’elle aurait subi lors de son passage dans un des camps de concentration de la région de Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. Elle y a notamment décrit sa stérilisation forcée et les douleurs permanentes qui la suivent toujours, ainsi que des nombreuses scènes de torture, d’humiliation et de viols collectifs auxquelles elle a assisté.

Rappelons que de multiples documents et reportages journalistiques font état d’une entreprise systématique et concertée de l’État chinois pour la suppression de la minorité musulmane du pays.

Dans une déclaration publiée dimanche sur le site web de l’ambassade de Chine au Canada, le gouvernement chinois se défend point par point des allégations qui pèsent contre le pays. La Chine rejette du revers de la main l’existence de «camps de rééducation», de «stérilisation forcée» et de quelconque «travail forcé».

«Nous demandons instamment à la partie canadienne de prendre au sérieux la position formelle de la Chine, de respecter les faits, d'écarter les préjugés et de corriger les erreurs, d'annuler immédiatement les motions d’intérêt, de cesser de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine par quelque moyen que ce soit, afin de ne pas causer de nouveaux dommages aux relations entre la Chine et le Canada», est-il écrit.

De nombreux pays ont reconnu que la Chine enfreint systématiquement les droits de la personne, sans toutefois aller plus loin.

Seuls les États-Unis qualifient officiellement la situation dans le Xinjiang comme un «génocide» depuis le 19 janvier dernier. Le Royaume-Uni a refusé de faire de même le mois dernier, même si lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères a déclaré que l’ONU devrait agir pour des atteintes aux droits de la personne sur une «échelle industrielle».