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Les chips Yum Yum sont «dans les patates»

Selon les Producteurs de pommes de terre du Québec, le fabricant de chips ne paie pas assez pour le légume

GEN - FRANCIS DESROCHERS
Photo Martin Alarie et courtoisie Francis Desrochers, ici dans sa ferme de Saint-Paul de Joliette, est maintenant habitué à se frotter à Yum Yum, la seule entreprise québécoise qui produit des croustilles. Le président des Producteurs de pommes de terre du Québec constate que l’entreprise maintient la ligne dure pour la 3e fois en six ans quant aux prix de la patate à croustille.

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Ça brasse dans le monde de la patate au Québec. La seule entreprise québécoise qui produit des croustilles, Yum Yum, ne s’entend pas avec les producteurs locaux sur le prix à payer pour leurs pommes de terre.

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À coups d’avocats, les deux parties ont dû se résoudre à débattre de la question pendant quatre jours, cette semaine, devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. C’est la troisième fois depuis 2014 que la Régie est impliquée.

« En six ans, on va avoir donné à peu près 3,5 millions $ à Yum Yum », avance le président des Producteurs de pommes de terre du Québec, Francis Desrochers. 

Au Québec, deux usines seulement produisent des croustilles. Celle de la multinationale Frito-Lay, à Lévis, et celle de Yum Yum, à Warwick. 

En moyenne, depuis 2014, Yum Yum paie 21 % moins cher que Frito-Lay pour ses patates achetées auprès de producteurs québécois. Personne ne conteste ce chiffre, puisque des contrats sont signés et que des grilles de prix sont établies. 

Mais, chez Yum Yum, pas question de parler de 3,5 millions $. 

« Je ne suis pas d’accord, on ne peut pas faire de comparaisons. On a de bonnes relations avec nos producteurs, mais c’est certain que c’est plus difficile de négocier avec leur syndicat », dit la grande patronne de Croustilles Yum Yum et d'Aliments Krispy Kernels, Valérie Jalbert.  

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Une question d’équilibre

Le Québec compte 235 producteurs de pommes de terre, dont une petite vingtaine se spécialisent dans le marché de niche de la croustille, qui demande des variétés à coloration parfaite et donc, plus de technique et d’investissement.

Aucun n’a voulu prendre la parole publiquement. 

« Dans le passé, certains ont perdu des contrats avec Yum Yum pour avoir parlé aux médias », avance l’un d’eux sans vouloir révéler son identité. Il avance qu’en moyenne, un producteur qui fait affaire avec Yum Yum laisse 150 000 $ sur la table chaque année. 

Cet argent, plaide leur syndicat, est essentiel afin que les producteurs se modernisent, qu’ils augmentent leur rendement et demeurent profitables. 

Yum Yum, de son côté, assure qu’elle ne peut payer davantage que leur coût de production.

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L’expert mandaté par l’entreprise devant la Régie, Daniel-Mercier Gouin, l’a bien souligné. Si cet argent provient des programmes de sécurité du revenu dont bénéficient les agriculteurs, a-t-il plaidé, il doit aussi bénéficier à Yum Yum. 

On parle ici entre autres de l’assurance-récolte ou du programme Agri-stabilité, des aides de l’État qui permettent aux producteurs de contrer les effets des sécheresses et autres intempéries. 

Ces subventions offrent une certaine stabilité aux agriculteurs, ainsi qu’une façon d’investir dans l’avenir. 

« Si je n’ai pas de gain de productivité, je n’aurai pas de rentabilité, comment veux-tu que je transfère à la relève ? Ça ne marche pas ! », lance Francis Desrochers. 

En maintenant les prix au plus bas, « ils nous gardent à genoux », dit-il. « On veut que Yum Yum offre aux producteurs des conditions et des prix comparables à ce qu’on retrouve sur le marché. On ne leur en demande pas plus », plaide M. Desrochers. 

Chez Yum Yum, on ne veut pas commenter davantage.

« On s’en remet à la Régie et par respect pour le processus, je n’en dirai pas plus », indique Valérie Jalbert. 

Avenir incertain

La PDG fait fi de la gravité de la situation, pense-t-on chez les Producteurs de pommes de terre du Québec. 

Pour eux, c’est carrément l’avenir de l’industrie qui est en jeu. 

« Je veux bien avantager Yum Yum, mais à un moment donné, on en a fait assez. Les producteurs sont tannés, ils voient des opportunités ailleurs. S’ils lâchent la patate de chips, Yum Yum pourrait être incapable de faire rouler son usine. C’est ça qui leur pend au bout du nez », observe leur président.

La décision de la Régie est attendue au cours des prochaines semaines.