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Le long parcours d’Alex Barré-Boulet

Jamais repêché dans la LNH, il y a joué son premier match avec le Lightning de Tampa Bay lundi dernier

Alex Barré-Boulet
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Alex Barré-Boulet

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Lorsqu’il a appris qu’Alex Barré-Boulet disputerait son premier match dans la LNH avec le Lightning de Tampa Bay, lundi, Dominic Ricard n’a pu s’empêcher de sourire. Ironiquement, lors de la saison 2013-2014, l’ancien directeur général des Voltigeurs de Drummondville l’avait offert à toutes les équipes de la LHJMQ, mais personne n’en voulait !

Les Voltigeurs avaient repêché Barré-Boulet en sixième ronde du repêchage de la LHJMQ de 2013, après que ce dernier eut joué la majorité de la saison avec l’Express de la Rive-Sud au niveau midget espoir.

« Je me souviens comme si c’était hier qu’il y avait eu une pause après la cinquième ronde et on parlait rapidement au début du sixième tour. Il y avait un défenseur qu’on aimait en plus d’Alex, et on hésitait beaucoup. On était dans une position où on voulait ajouter du renfort immédiat à notre équipe, et mon assistant-directeur général Yanick Dumais m’avait finalement convaincu de choisir Alex parce qu’il était sûr qu’il aurait une bonne saison midget AAA et qu’il aurait une bonne valeur sur le marché des transactions pour nous aider à nous améliorer », s’est remémoré l’ancien directeur général, aujourd’hui agent de joueurs. Les Voltigeurs avaient donc jeté leur dévolu sur Alex Barré-Boulet qui, à ce moment, faisait 5 pi 7 po, mais seulement 138 lb.

« À 15 ans, il faisait partie des meilleurs au Québec pour son sens du hockey, ses aptitudes de passeur, mais aussi de marqueur. Par contre, il était petit et frêle, et son coup de patin était une lacune », se rappelle Ricard.

À son premier match dans la LNH, lundi dernier, Alex Barré-Boulet a été utilisé pendant 12 min 11 s, dont 3 min 20 s en avantage numérique, mais n’a pas inscrit de point.
Photo d’archives
À son premier match dans la LNH, lundi dernier, Alex Barré-Boulet a été utilisé pendant 12 min 11 s, dont 3 min 20 s en avantage numérique, mais n’a pas inscrit de point.

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Barré-Boulet s’était ensuite présenté au camp d’entraînement des Voltigeurs la saison suivante et, malgré une belle prestation, avait été retourné au niveau midget AAA avec les Commandeurs de Lévis.

Là-bas, il s’était imposé parmi les meilleurs attaquants du circuit.

« On avait décidé de le renvoyer au niveau espoir l’année d’avant parce qu’on avait beaucoup de vétérans et on croyait que c’était mieux pour son développement, se remémore quant à lui Adam Thériault, qui dirigeait les Commandeurs de Lévis à l’époque de Barré-Boulet. L’année suivante, il est arrivé et il était dominant. Il formait un trio avec Samuel Blais et Justin Bernier. Grâce à son sens du jeu, il était autant capable d’alimenter ses coéquipiers que de marquer. »

Comme Dumais l’avait prédit, les Voltigeurs semblaient donc avoir en leur possession une pièce intéressante à offrir aux autres équipes afin d’obtenir du renfort immédiat. 

« Chaque fois que j’avais une négociation, je parlais de lui et personne n’en voulait, prétextant qu’il était trop petit et qu’il ne patinait pas assez vite. On ne voulait pas nécessairement s’en débarrasser, mais pour obtenir un joueur de qualité, il faut donner. Finalement, on l’a gardé », ajoute Ricard, qui, bien humblement, avoue comprendre leur opinion de l’époque, lui qui, en 2008, avait préféré un choix de 5e ronde à Yanni Gourde en retour de l’attaquant Steven Cacciotti !

Barré-Boulet est arrivé la saison suivante à Drummondville et, à 17 ans seulement au sein d’une équipe qui entamait un processus de reconstruction, s’est imposé comme le premier joueur de centre de l’équipe.

« Ce n’était pas facile pour lui parce qu’il devait déjà affronter les meilleurs trios adverses. On était en reconstruction et c’était notre meilleur joueur, alors les autres équipes mettaient constamment leurs meilleurs éléments sur lui », se souvient quant à lui l’entraîneur des Voltigeurs lors des deux premières saisons de Barré-Boulet dans la LHJMQ, Martin Raymond.

Le joueur de centre termine quand même avec 51 points en 68 matchs, mais sa principale lacune, son coup de patin, continue d’effrayer les équipes de la LNH, qui ne le réclament pas au repêchage de l’été suivant.

« Je me souviens que dès le début, j’avais rencontré Alex et je lui avais dit que s’il voulait jouer dans la LNH, il allait devoir améliorer son coup de patin. On avait même engagé un entraîneur de power skating personnel qui venait travailler à chaque semaine avec Alex sur cet aspect de son jeu », ajoute Raymond.

PROGRESSION CONSTANTE

Barré-Boulet n’a par la suite jamais arrêté de progresser, complétant son stage junior avec une saison de 116 points en 65 matchs, un sommet dans la ligue, avec l’Armada de Blainville-Boisbriand en 2017-2018. Le Lightning de Tampa Bay lui a par la suite fait signer un contrat professionnel.

Après deux saisons fructueuses dans la Ligue américaine de hockey avec le Crunch de Syracuse, il a finalement obtenu sa première chance lundi dernier d’enfiler le chandail du Lightning dans une victoire de 4-2 face aux Hurricanes de la Caroline.

« Benoit Groulx [l’entraîneur du Crunch de Syracuse] m’avait dit après un mois seulement à le diriger qu’Alex jouerait dans la LNH et qu’une fois qu’il monterait, il ne le reverrait plus avec son équipe », raconte Dominic Ricard.

L’avenir nous dira s’il avait raison.