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Jean-Rony Poteau : Le chef black qui ne fait qu’une bouchée des préjugés

Mois de l'histoire des Noirs

GEN-JEAN-RONY-POTEAU
Joël Lemay / Agence QMI

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Dans le cadre du Mois de l’Histoire des Noirs, Porte-Monnaie a rencontré 5 entrepreneurs québécois afro-descendants qui lèvent le voile sur leur histoire, les enjeux et les défis d’un entrepreneur noir en 2021.

À ses débuts, le chef Jean-Rony Poteau fait face aux préjugés. D’un côté, sa famille croit qu’un homme n’a pas sa place derrière les fourneaux et de l’autre côté, il se fait dire que les Noirs en cuisine ont une réputation de paresseux. Malgré les critiques, le chef-traiteur poursuit ses objectifs de faire grandir son entreprise dans l’espoir de changer les mentalités.   

  • 34 ans, d’origine haïtienne  
  • Propriétaire 3 couteaux Traiteur depuis 2016, à Montréal  
  • Formation à l’École hôtelière de Montréal Calixa-Lavallée  
  • Unique ambassadeur IGA d’origine afro-descendante     

Quels sont les principaux enjeux et défis lorsqu’on est un entrepreneur noir dans le milieu de la restauration?

L’un des grands enjeux est auprès de ma famille, comme c’est très culturel. Ma mère ne voulait pas que je cuisine. Pour elle, les hommes n’ont pas leur place derrière les chaudrons. Lorsque j’ai annoncé à mes parents que je me dirigeais en cuisine, ils ne m’ont pas adressé la parole pendant un mois. 

Lorsqu’on est Noir, on est beaucoup catégorisé en cuisine. On nous prend pour des gens qui n’ont pas d’expérience et qui sont lents. On me disait : « Wow, pour un Noir, t’es pas pire! »

Aux débuts de 3 couteaux Traiteur, l’un de mes partenaires était blanc. Il s’occupait du service à la clientèle et c’est lui qui allait chercher les clients. Pourquoi? Parce que ça passait mieux. Ça me fait mal de le dire, mais c’est une réalité, même au sein de la communauté noire. 

Comment as-tu été capable de financer les débuts de ton entreprise? As-tu reçu de l’aide pour démarrer?

On m’a toujours dit de commencer avec ce que tu as. Think big but start small. On a chacun mis 1000$ de nos poches pour acheter du matériel. On a aussi mis les fonds de 324$ pour le permis de traiteur et on a enregistré notre compagnie. À mes débuts, j’ai pris une partie de la garde-robe de chez moi et ensuite j’ai sacrifié la salle de jeux des enfants pour entreposer mon stock

J’ai eu de l’aide de gens merveilleux sur ma route. L’un des chefs qui m’a engagé me permettait d’emprunter sa cuisine dans l’hôtel pour préparer mes plats et il faisait passer ma commande de bouffe sur celle de l’hôtel pour que ça me coûte moins cher. J’ai eu tellement de belles opportunités que 3 couteaux Traiteur était destiné à briller.

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Joël Lemay / Agence QMI

Tu as commencé modestement en travaillant pour des chaînes de restaurants et des hôtels. Comment as-tu su que tu devais lâcher ton emploi et te consacrer uniquement à ton entreprise?

Tout a commencé en 2016. Il y a un gars qui m’a approché pour le projet et mon cousin a embarqué avec nous. 3 couteaux Traiteur était né. De fil en aiguille, on a commencé à avoir des contrats. C’était beaucoup de bouche à oreille. Ça a commencé à fonctionner, mais en 2018, mes associés ont décidé d’abandonner le projet. C’était trop intense et c’est quelque chose que mes associés voulaient faire uniquement à temps partiel. 

À l’hôtel où je travaillais, j’ai pu prendre un 21 semaines sans solde. Ça m’a permis de prendre des contrats pour 3 couteaux Traiteur en solo, en engageant du staff pour mes événements. J’ai donc démissionné de mon poste parce que mon agenda se remplissait très vite. Je voyais que je pouvais faire 3 couteaux à temps plein et il y a avait un engouement particulier pour mes brunchs à domicile. À l’été 2019, j’ai fait le chiffre d’affaires de mes 15 derniers mois en 3 mois! Ça roulait!

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Joël Lemay / Agence QMI

Quels sont les conseils que tu partagerais à d’autres entrepreneurs noirs du milieu de traiteur?

Lorsqu’on est Noir, on m’a toujours dit qu’il fallait toujours faire quatre fois plus que les autres et c’est vraiment le cas. En tant que personne noire, je trouve qu’on est toujours montré du doigt. Je m’assure que mes capsules vidéos soient toujours le plus soigné possible et je fais des recettes très variées inspirées de ma culture. Faites aussi de belles présentations avec vos plats! Lorsqu’on est excellent, on nous remarque. 

Je connais beaucoup de traiteurs haïtiens qui n’ont pas véritablement la formation adéquate. Prenez le temps d’aller à l’école et prenez le temps d’acquérir de l’expérience. Ça fait toute une différence. Il faut montrer que la communauté noire, qui n’est jamais prise au sérieux, est également capable d’offrir du haut de gamme.

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